[Comment ça va le Bar du peuple ?] “Nous n’avons pas les reins solides”

Interview
le 2 Nov 2020
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Durant le premier confinement, Marsactu avait suivi les "premiers de corvée" qui continuaient à travailler. Pour cette saison 2, nous nous intéressons chaque jour à celles et ceux que la crise économique frappe avant la crise sanitaire. Aujourd'hui Sadia Chellah, patronne de bar.

À l’angle du cours Lieutaud et du quartier de Noailles, se dresse le Bar du peuple, modeste enseigne un peu défraîchie. Géographiquement près des établissements branchés du cours Julien, il en est loin dans l’esprit : c’est un bar de quartier. Ceux qui franchissent la porte sont accueillis d’un “mes choupis” lancé par la truculente patronne Sadia Chellah. En octobre, le bar a réussi à rester ouvert durant le couvre-feu grâce à une licence IV des années 80 qui ne distinguait pas restaurants et bars avec quelques sandwiches. Mais le rideau s’est à nouveau baissé pour au moins cinq semaines et la tenancière ne sait plus comment s’en sortir.

Comment ça va Sadia Chellah ?

C’est difficile car je fais partie des commerces qui n’ont pas les reins solides. Cela fait 26 ans que je gère le bar et 26 ans que je suis en bail précaire avec tacite reconduction. Je paie 1800 euros de loyer pour mon bar de 30 mètres carrés et la petite terrasse. Le propriétaire peut m’écarter du jour au lendemain. Un recommandé avec accusé de réception et je dégage ! Là, il me reste toujours des dettes du premier confinement : près de 10 000 euros entre les loyers et l’Urssaf à payer. Heureusement, le propriétaire accepte que je paie petit à petit mais je ne l’ai pas eu depuis le reconfinement. Il sait que je ne vais pas pouvoir payer, je ne sais pas comment il va réagir.

Personnellement, vous vous en sortez comment ?

Je travaille toute seule, je n’ai pas d’employé et mon mari est conjoint-collaborateur. On se paye avec le bénéfice qu’on dégage, 1200 à 1500 euros par mois selon les années. On n’a pas la folie des grandeurs, on vit modestement donc d’habitude ça suffit. Là j’ai zéro euro qui rentre. Mon mari touche environ 120 euros de retraite mais on va pas aller loin avec ça. Et quand je ne travaille pas, j’ai rien. En tant que gérante libre, je n’ai pas le droit au chômage : j’ai l’impression d’être comme les gens au black qui n’ont de l’argent que quand ils travaillent. Et pendant ce temps, il faut toujours payer le loyer de la maison, l’université pour mon fils et tout ça. Alors maintenant, toute la journée, je fais de l’administratif. Là, j’ai décidé de voir toutes les assurances pour essayer de gratter un peu d’argent. J’ai changé de banque pour avoir moins de frais.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous fait espérer ?

J’ai un peu d’espoir d’avoir un crédit garanti par l’État avec des remboursements qui commenceraient en 2022. J’espère qu’on va repartir au bout d’un moment. Vous savez, ça fait 26 ans que je suis là, j’ai pas fait d’études, alors, qu’est-ce que je ferais d’autre ? Et puis j’adore mon travail, j’adore le rapport que j’ai avec les gens. Travailler dans un bar c’est souvent mal vu mais moi je l’aime bien mon bar. J’ai une clientèle où il y a toutes les origines. Il y a des dentistes, des acteurs, des pauvres… Jeudi soir, les gens ont pleuré pour moi quand j’ai dû fermer et depuis, je reçois plein de messages de soutien. J’adore cette relation, je sais qu’ils vont tous venir quand je vais rouvrir. Le jour de mon retour après le premier confinement, j’avais des dizaines de gens qui m’attendaient avec des T-shirt “Bar du peuple”, je n’étais même pas au courant ! J’ai des clients formidables, ils avaient fait une cagnotte, ça m’a permis d’acheter un frigo.

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Commentaires

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  1. Gabriel CHIESA Gabriel CHIESA

    Hé Salut !

    on trouve comment le lien pour la cagnotte ?

    merci

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  2. Lola Contal Lola Contal

    Vive le Bar du Peuple ! On sera là à la réouverture !

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  3. Jacques89 Jacques89

    Merci JML pour la sincérité de ce témoignage. Ça rappelle de bon souvenirs où le bistrot était un prolongement de la famille.

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