Michea Jacobi vous présente
Le nouveau piéton de Marseille

Yoles, yachts et autres navires

Chronique
Michea Jacobi
14 juillet 2016 0

Michea Jacobi est un artiste marcheur qui arpente la ville et, de temps en temps, en fait la chronique. Ecrivain, graveur, dessinateur, il fait un inventaire à hauteur d’homme des curiosités qu’offrent la ville et ses paysages. Il trie ce qu’il voit en suivant les 26 lettres de l’alphabet. Il a ainsi accumulé des garages à la lettre G, des usines pour le U… Pour la lettre Y, il a recensé les yoles et autres yachts, eux-mêmes classés de A à Z.

« Brusquement le fond de la mer s’est abaissé. Naturellement ce phénomène provoque un violent appel d’eau : voici qu’à l’horizon parait une vague. Fuyant le centre-ville et ses pots de fleurs tueurs, les premiers arrivés sur le port la voient tout de suite au loin, cette vague. Ils la trouvent assez grande. Ils trouvent qu’elle avance un peu vite.

Elle est un mur haut comme un gros immeuble, profond comme trois immeubles et long comme deux cents, rué vers la côte à la vitesse d’une locomotive en bousculant et propulsant loin au-dessus de lui, entrechoqués, toutes les barques de pêche et les bateaux de plaisance sur son passage. Voltigent les Solange-IV et les Marie-Martine, adieu Cephalonic, bye-bye Double Nelson… du bout de sa crête, à travers l’air, le raz de marée vient même d’expédier un petit pétrolier jusqu’à la zone industrielle… »

Ainsi Jean Echenoz décrit-il, dans son roman Nous trois, les conséquences d’un tremblement de terre à Marseille. On comprend que le prix Goncourt a, tel le promeneur ordinaire, succombé à la fascination des noms inscrits à la proue des embarcations amarrées aux quais du Vieux-Port. L’onomastique maritime constitue en effet un domaine lexical d’une variété peu commune. Prénoms, dieux grecs et romains, saints de tout acabit, géographies insulaires ou pas, marins et capitaines célèbres, nations, villes et villages, jeux de mots, vocabulaire régional, poissons plus ou moins aimables, évocation plus ou moins directe des espérances dont les plaisanciers ont chargés leurs bateaux, … tout est bon à baptiser un navire et toutes les fantaisies sont permises. Et si on ne veut pas s’intéresser aux noms des esquifs, on peut toujours, comme l’écrivain marseillais Christian Estèbe, chercher la trace de ses amours dans leur immatriculation : Toutes les barques s’appellent Emma, dit le titre de son dernier roman.

Au moment où le MuCEM présente avec Parade une impeccable armada de maquettes, le piéton vous propose donc, à la lettre Y (comme yoles, comme yachts), une promenade alphabétique et lexicale naturellement incomplète. Vous y reconnaîtrez peut être une embarcation familière, et vous trouverez bien, un jour ou l’autre au long des pannes phocéennes, le temps paresseux de l’enrichir (envoyez vos contributions à l’adresse alphabet@marsactu.fr).

(Pour une navigation optimale, cliquez sur les deux flèches qui s’affichent en haut à droite en survolant ce portfolio et découvrez les photos de Michea Jacobi en plein écran)

À lire ou à voir

Jean Echenoz, Nous trois, Éditions de Minuit

Christian Estèbe, Toutes les barques s’appellent Emma, Finitudes

Dominique Confolent, Des navires, des noms, une tradition, Corlet

Exposition PARADE, du 29 juin au 24 octobre 2016, au Mucem J4, niveau 2 (Espace de 800 m2), scénographie de Stéphan Muntaner

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Michea Jacobi
Michéa Jacobi est graveur et écrivain. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages. Chroniqueur à Marseille l’Hebdo pendant plus de dix ans, il a rassemblé ses articles dans un recueil intitulé Le Piéton chronique (Éditions Parenthèses) et il a écrit pour le même éditeur une anthologie littéraire Marseille en toutes lettres.


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