Dominique Milherou vous présente
Marseille insoupçonnée

Tombé dans l’oubli… L’ermitage des Aygalades

Chronique
Dominique Milherou
19 Août 2017 0

Arrivé à Marseille il y a quelques années, Dominique Milherou a vite fait de faire de la ville son terrain d'exploration. Féru de tourisme, d'histoire et de lieux insolites, il a déjà amassé dans son site "Tourisme Marseille" des centaines de fiches explicatives qui ont autant à apprendre au voyageurs de passage qu'aux marseillais de naissance. Tout au long de l'été, il partage avec les lecteurs de Marsactu quelques uns de ses endroits préférés.

Vous êtes sûrement passé des centaines de fois en voiture devant cette curiosité architecturale troglodyte sans peut-être y prêter attention. Pourtant cette grotte et ses vestiges archéologiques surplombant l’autoroute A7 au niveau de la Viste, côté conducteur en direction de l’Ouest, constituent l’une des premières implantations de l’ordre du Carmel en France au 12ème siècle.

L’ordre du Carmel est l’un des rares, sinon le seul, ordre monastique à ne pas se référer à un fondateur charismatique, mais à un prophète de l’ancien testament : Élie (VIIIe siècle avant J.C.). Ce prophète et son disciple Élisée sont considérés par les Carmes comme les pères spirituels de l’ordre.

Depuis le prophète Élie, des ermites à la recherche de Dieu, occupaient les grottes du mont Carmel, à Jérusalem. Albert, patriarche de la ville, leur donna une règle de vie en 1209, que l’on peut considérer comme la date de création des Carmes. Au déclin des croisades et après la reconquête des lieux saints par les Arabes en 1187, ils émigraient en Europe en 1238.

La grotte ermitage des Aygalades, vue depuis la colline d’en face. Photo : Dominique Milherou.

D’après le frère Louis-Marie de la congrégation des Carmes de Montpellier, l’arrivée de l’ordre à Marseille sur le site d’ « Aqua lata » (eaux répandues) date de 1244, ce qui en ferait peut-être la plus ancienne installation en France. Le choix des Aygalades est déterminé par la présence de nombreuses sources. Le mot latin « aqua » a donné en vieux français « aigue » et en provençal « aigo », tout proche d’Aygalades. Dès l’époque romaine, un aqueduc et des conduits souterrains en partaient pour alimenter des jardins.

Quatorze ans après l’ascension de Jésus, Marie-Madeleine, disciple du Christ qui le suivit jusqu’à ses derniers jours, est chassée de Jérusalem avec sa sœur Marthe, son frère Lazare et quelques femmes. Débarqués aux Saintes-Marie-de-la-Mer en Camargue, Marie-Madeleine se serait, selon la légende, abritée dans l’ancien ermitage des Aygalades lors de son parcours vers la Sainte-Baume.

D’après monseigneur Édouard-Adolphe Cantel en 1874, le plus ancien titre mentionnant le Carme des Aygalages a été établi le 27 août 1260 par l’Evêque de Marseille. Cependant, plusieurs traces de legs datant de 1248 ont été retrouvées. Frère Louis-Marie rapporte qu’après l’occupation de l’ermitage, le site a été complété par la construction d’une église non terminée en 1268.

Aujourd’hui, seule reste la façade orientale de l’église de l’ermitage, située côté autoroute. Elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 31 août 1992 et d’une inscription depuis le 2 septembre 1994.

Dès 1689, la grotte faisait partie du domaine acheté par la famille Guillermy dont la Bastide se trouvait en contrebas avant que l’autoroute ne les séparent pendant la deuxième guerre mondiale.

Vues de l’ermitage depuis le sentier qui y mène et l’intérieur. Photo : Dominique Milherou.

Aujourd’hui on peut accéder au site à proximité de la savonnerie du Midi en traversant le cimetière des Aygalades. Au fond se trouve une grille que vous trouverez peut-être ouverte… Un sentier parallèle à l’autoroute à flanc de falaise, vous fait alors traverser par endroit des amas de détritus, une végétation dense et des cabanes de fortune abandonnées… Un parcours peu rassurant mais qui vaut le détour pour atteindre après quelques minutes le site de la grotte ermitage relativement propre mais qui mériterait une restauration et une valorisation comme a pu en bénéficier à quelques centaines de mètres de là le domaine de la cascade des Aygalades.

L’autel à l’intérieur de l’ermitage. Photo : Dominique Milherou.

Il ne reste plus que quelques pans de mur et un autel qui abritait à une époque une statue… Le site est parsemé de quelques bougies fanées. De la grotte on se prend alors à méditer sur ce défilé bruyant et ininterrompu de voitures passant indifféremment devant ce trésor oublié et isolé.

SOURCES Wikipédia & Paul Courbon chroniques-souterraines.fr
PHOTOS Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com & archives

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire