Dominique Milherou vous présente
Marseille insoupçonnée

Au Frioul, les derniers vestiges du pont transbordeur

Chronique
Dominique Milherou
22 juillet 2017 0

Arrivé à Marseille il y a quelques années, Dominique Milherou a vite fait de faire de la ville son terrain d'exploration. Féru de tourisme, d'histoire et de lieux insolites, il a déjà amassé dans son site "Tourisme Marseille" des centaines de fiches explicatives qui ont autant à apprendre au voyageurs de passage qu'aux marseillais de naissance. Tout au long de l'été, il partage avec les lecteurs de Marsactu quelques uns de ses endroits préférés.

C’était le 22 août 1944… L’armée allemande faisait sauter dans un incroyable fracas le pont transbordeur, construit en 1905. L’objectif des Nazis ? Obstruer le port lors de la bataille de Marseille. Mais seul le pylône Nord s’abat dans les eaux du Vieux-Port. Le reste s’écroulera le 1er septembre 1945, à la suite de la mise à feu de 400 kg d’explosifs. Alors que l’on pensait toute trace du pont définitivement disparue, on découvre avec surprise sur les îles du Frioul, une des quatre embases du pont, blanche, en pierre de Cassis… Elle sert aujourd’hui de banc et de jardinière ! Elle restera certainement le dernier vestige de ce pont, le nouveau projet de transbordeur de l’architecte nantais Paul Poirier venant tout juste d’être définitivement refusé par la municipalité.

Les nazis ont dû s’y reprendre à deux fois, une première en 1944, et la suivante en 1945, pour faire tomber le pont transbordeur.

Pourquoi ces vestiges ont-il terminé leur vie au Frioul plutôt qu’au Vieux-Port, cela reste encore un mystère. C’est sur ces quatre embases que reposaient les deux pylônes massifs de 86,60 mètres de haut et de 240 tonnes chacun du pont transbordeur.

On peut les apercevoir sur l’île de Ratonneau en bifurquant à droite du chemin de Saint-Estève avant le centre sportif Le Blanc. On découvre alors, intacte, la forme circulaire d’une embase servant de banc, ornée en son centre de plantes méditerranéennes. D’autres parties sont encore présentes juste à côté, disséminées en de nombreux morceaux servant de sièges panoramiques sur la rade de Marseille.

Les restes des embases du pont transbordeur se sont retrouvées sur les rives du Frioul. (images Google maps, archives, et DM)

Mais revenons au commencement et l’histoire du pont transbordeur…En France, on accorde cette invention à Ferdinand Arnodin. Ce système de pont avait pour intérêt de ne pas perturber le trafic maritime. Il consistait à faire passer d’une rive à l’autre une nacelle suspendue à l’armature métallique du pont. Le transbordeur de Marseille était du type « à contrepoids et articulations ». Inauguré le 15 décembre 1905 il fut construit en dix-neuf mois pour relier les quais du Port et de Rive-Neuve.

Dans l’esprit des Marseillais de l’époque, le pont transbordeur était la tour Eiffel de la ville. D’autres le considéraient comme un gâchis, et on vit certains peintres omettre de représenter cet « amas de ferraille » sur une peinture illustrant le Vieux-Port.

A 50 mètres au-dessus de la mer, le tablier de 239 mètres reliait les deux pylônes. Une nacelle de 120 m² et de 20 tonnes réalisait ainsi la navette entre les rives en 1 minute 30.

A son sommet se trouvait un restaurant de poissons où l’on pouvait déguster bouillabaisse et langoustes ! Mais dans les années 1930, il ne servait plus que de décor de cartes postales, faute de moyens pour assurer son entretien.

Carte postale d’archives.

Le retour du pont transbordeur ?

Depuis 2008, l’architecte nantais Paul Poirier tente de relancer un projet de pont… Une « rue aérienne » de 14 m de large, 230 m de long, installée à 60 m au-dessus de la mer, qui traverserait de nouveau le Vieux-Port…

Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille, séduit par l’idée, va dans le sens de ce projet dans sa campagne électorale et une pré-étude est votée pour étudier le nouveau franchissement au conseil municipal du 9 décembre 2013.

Ce serait selon l’architecte « non pas un monstre de fer cette fois mais un pont transbordeur qui épouserait son temps », construit avec un béton performant, le Bfuhp.

Des ascenseurs et des escaliers sont imaginés sur chaque rive. Le pont transbordeur ferait aussi la part belle aux commerces avec comme autrefois la présence d’un restaurant panoramique.

Son ouvrage, qui coûterait autour de 70 millions d’euros, serait autofinancé. Et la société se rembourserait par un droit de passage (1 euro la montée).

Quelques années après, en 2017, l’architecte Paul Poirier lançait une pétition sur le site Change.org adressée au maire de Marseille présentant ses arguments pour la construction du pont lui rappelant sa promesse électorale. Mais en juillet 2017 le maire a dit définitivement non au projet sous sa mandature privilégiant le téléphérique de la basilique de Notre-Dame de la Garde.

On se contentera donc des derniers vestiges du pont transbordeur, discrètement ancrées sur le Frioul.

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