Malika Moine. vous présente
En quête de sauvage

[En quête de sauvage] À la recherche du Molosse de Cestoni

Chronique
le 10 Oct 2026
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Après avoir exploré les cuisines des Marseillais puis les ateliers d'artistes, la dessinatrice Malika Moine sort au grand air à la recherche de la faune et la flore au cœur de la ville. Dans ce nouvel épisode, elle sillonne Marseille pour repérer des gîtes de Molosses de Cestoni, une espèce de chauve-souris méditerranéenne aussi rare que précieuse.

Le Molosse de Cestoni. (Illustration Malika Moine)
Le Molosse de Cestoni. (Illustration Malika Moine)

Le Molosse de Cestoni. (Illustration Malika Moine)

Depuis toujours, au crépuscule ou à la nuit, l’été, baladant ou sur mon balcon au quatrième étage, j’entraperçois, furtives et rapides, les chauves-souris sillonner le ciel. Mystérieuses et discrètes, longtemps mal-aimées et décriées, il m’a semblé qu’elles méritaient bien une chronique ! C’est pourquoi, quand la LPO m’a parlé du Groupe Chiroptères de Provence qui, depuis trente ans, étudie et protège les chauves-souris, j’ai rêvé de les rencontrer. Quand Alexia Etlin est descendue de Saint-Étienne-les-Orgues pour repérer les gîtes de Molosses de Cestoni à Marseille, j’ai presque sauté dans sa voiture pour sillonner la ville avec elle afin d’en savoir plus…

Tête en l’air, Alexia cherche les mises bas possibles de Molosses de Cestoni. Comme beaucoup des 1 500 espèces de chauves-souris au monde, les Molosses sont de plus en plus rares et aujourd’hui protégés… « Les femelles nichent dans les joints de dilatation — ou joints interstitiels — entre les immeubles et dans les volets roulants des fenêtres. » Certains gîtes ont été repérés il y a plusieurs années, mais aucun n’est avéré habité actuellement. La chercheuse est là aujourd’hui pour confirmer les données anciennes et peut-être trouver de nouveaux gîtes. Il faudra revenir de nuit pour attester la présence des Molosses. « C’est une des seules espèces de chiroptères que l’on peut entendre, les néophytes les prennent pour des grillons… Ses petites crottes, qui tombent en poussière lorsqu’on les écrase et constituent un fantastique guano, peuvent aussi confirmer leur présence. » Elle ajoute : « Pour cette espèce, c’est hyper difficile de créer des gîtes artificiels en hauteur, alors autant préserver les existants… »

La première localisation vers les Cinq-Avenues n’est plus valable : la fissure a été comblée, non pour empêcher les chauves-souris de nicher, juste pour “faire propre”. À l’origine, les espacements entre les immeubles étaient construits pour que si l’un bouge, il n’impacte pas son voisin. Pourquoi cette sagesse de nos prédécesseurs est-elle oubliée ?

On reprend la route, direction un autre point GPS, l’occasion d’en apprendre davantage sans cesser de guetter de possibles mises bas « en hauteur — ça permet l’envol des petits. En falaises, les Molosses nichent jusqu’à 500 mètres de haut et peuvent monter à 1 600 mètres très rapidement ! Mais, s’ils se posent à terre, ils ne se relèvent pas… Jusqu’à mi-septembre, on est en période d’envol des jeunes. » Alexia est passionnée par cette chauve-souris, car « il y a encore plein d’inconnues et on découvre des choses en permanence ».

Jusqu’à 30 ans d’espérance de vie

Par exemple, apprendre que « les Molosses vivent en colonie de 20 à 400 femelles d’une même famille, mères, grand-mères, arrières grand-mères, tantes, cousines… qui peuvent vivre jusqu’à trente ans », m’estourbit. Et n’oublions pas que les chauves-souris sont les seuls mammifères volants… « La moitié seulement des femelles arrive à mener sa gestation à terme et elles ne font qu’un seul petit par an. Ces derniers restent sans doute autour d’une année avec leur mère. Les mâles partent ensuite, solitaires… À leurs deux ans, ils retrouvent les femelles pour copuler, et repartent jusqu’à l’année suivante. Mais, cet âge est approximatif, tant les espèces de chauves-souris sont différentes les unes des autres et la recherche en est à ses débuts. Il y a 40 % de pertes post-natales. La principale menace est la destruction des gîtes. Mais, il y a aussi les prédateurs : les chouettes, les gabians et surtout les chats… La pollution au plomb comme dans les immeubles niçois empoisonne et tue les jeunes. On a perdu presque la moitié des chauves-souris ces dix dernières années ! », alerte Alexia.

Elle se réjouit toutefois d’une prise de conscience qui amène les décideurs à réagir. « On a démarré plein de projets avec la Ville de Marseille, la métropole, le Parc régional des calanques. Au mois d’octobre, on participe à l’Atlas de la biodiversité communale, avec pour objectif de diminuer l’éclairage public qui perturbe beaucoup d’espèces. Certaines fuient la lumière qui en attire d’autres comme les insectes… dévorés par… les chauves-souris ! »

Superstitions

Exclusivement insectivores, elles nous sont précieuses. « Elles peuvent manger des centaines de moustiques par jour ! Les chauves-souris nous sont sacrément utiles ! On peut dès lors s’étonner de la mythologie occidentale négative des chauves-souris, assimilées aux sorcières et aux vampires. Une autre de ces superstitions prétendait que les chauves-souris se mettent dans les cheveux des filles qui sortent la nuit ! Là, on voit la manipulation quand on sait que tous les chiroptères utilisent l’écholocation — une sorte de radar — pour se repérer dans l’espace et pour chasser. »

Un autre truc fou à propos des Molosses : « L’emplacement des gîtes est transmis de mère en fille. » Je m’inquiète, car la troisième mise bas subodorée, vers le palais de Justice, s’avère également devenue défavorable…

On reprend la voiture jusque vers les Catalans. Là, c’est pas sûr, mais un gîte est possible. Ouf.

Le Molosse de Cestoni. (Illustration Malika Moine)

On redémarre vers un autre point GPS, mais le joint de dilatation a là encore été bouché, sauf en haut. « Pas folichon. » Alexia raconte encore : « Ce sont les seules chauves-souris qui n’hibernent pas. Les Molosses bougent tout le temps, préférant des zones à d’autres selon les saisons. L’hiver, ils quittent les falaises pour la ville, car il y est plus facile de trouver des températures au-dessus de 17° dans les gîtes. » Avec ses collègues, ils ont réussi à en capturer quelques-uns à Nice où ils ont trouvé 500 gîtes. Ils leur ont mis des émetteurs pour repérer et comprendre leurs déplacements. « Une partie est allée en automne au nord de l’Italie, certains sont partis au sud, peut-être en Sardaigne, beaucoup sont restés sur le littoral, de l’Italie à Marseille, une solitaire est partie à Embrun… le Molosse est méditerranéen. Peut-être y en a-t-il au Maghreb, on ne sait pas encore… » Il est heureux qu’il n’y ait pas de police aux frontières pour les chauves-souris et les oiseaux… On devrait prendre exemple.

« À Marseille, j’essaie de repérer un endroit type où elles gîtent, comme un type architectural d’immeuble propice. » On se dirige maintenant vers le Vélodrome. Là, arrêt impromptu. Sous un pont, une travée. « Elle paraît parfaite », jubile Alexia. Comme je m’inquiète des vibrations, elle me rassure : « T’inquiète, elles s’adaptent. Le seul problème, c’est si on modifie ses habitudes. » Elle sort sa frontale, « l’outil indispensable au chiroptérologue » et observe avec ses yeux de lynx. Moi, je n’y vois rien. « Ça peut être hyper-favorable. »

Tout est à faire à Marseille et si vous, lecteurs de Marsactu, vous vous prenez au jeu de repérer des gîtes possibles, comme des joints de dilatation, informez le GCP.

Si une chauve-souris entre chez vous, ouvrez la fenêtre, éteignez la lumière et quittez la pièce, elle sortira bientôt…

Si vous trouvez une chauve-souris à terre, mettez-la dans un carton avec des trous pour respirer et un tissu pour qu’elle s’y cache et contactez SOS chauves-souris PACA (au 07 81 32 44 16)… Ils vous donneront des consignes au cas par cas.

Enfin, pour l’actualité, ce samedi 10 octobre, il y a “Le jour de la Nuit” au Muséum d’histoire naturelle, avec un atelier de nichoirs l’après-midi et une balade nocturne au coucher du soleil sur le parvis. Inscriptions au 04 84 54 97 89.

Malika Moine.
Malika Moine fait du reportage dessiné depuis près de 20 ans. Elle traite aussi bien des sujets d'actualité que des sujets plus légers autour des bars et restaurants notamment sous le nom de Croquis croquants.

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