[C’est sa tournée] Jean Lassalle, Mister Bea(r)n de la politique

Reportage
Benoît Gilles
13 Avr 2017 2

Bon dernier dans les sondages, le député du Béarn et candidat à la présidentielle, Jean Lassalle s'offre un long bain de foule devant micros et caméras en quête de temps d'antenne pour "les petits candidats".

Le lieu, comme toile de fond voire comme prétexte. Dans une campagne nationale, la ville d’accueil des candidats n’est bien souvent qu’un théâtre. Pour couvrir la présidentielle depuis Marseille, Marsactu a choisi de les mettre sur la grille. À chaque déplacement, nous vous raconterons leur venue par le prisme de thèmes imposés. Ce mercredi, Jean Lassalle arpentait les rues de Marseille, d’embrassades en selfies, sûr d’offrir des instants parfaits pour le suivi médiatique.

Le cadre

Le candidat des champs descend à la ville. Bon dernier des 11 prétendants dans les sondages, le député béarnais multiplie les déplacements avec sa petite équipe de campagne. À Marseille, c’est la rencontre avec les Français qu’il veut illustrer. Peu de gens pour l’accueillir en gare Saint-Charles, mais le candidat de la France rurale et du retour de l’État ne s’en offusque pas. Quand on ne vient pas à lui, il interpelle les gens directement, touche, embrasse et tutoie dès les premiers instants. « C’est un ‘you’ à l’anglaise », justifie Philippe Metzger, le secrétaire général de sa campagne tout en levant un œil inquiet sur son candidat qui s’éloigne. « Monsieur le président, l’interpelle-t-il tout en glissant pince-sans-rire : C’est pour qu’il s’habitue… » Il mettra plus de trois-quarts d’heure à atteindre le parking.

Cela sent fort l’urine. Forcément, ça lui inspire un commentaire. « Ah, je vois qu’il y a des gens comme moi qui pissent dans les coins », avant d’ajouter en aparté : « Quand je critique, je commence toujours par ma propre pratique. » Le cadre est posé.

La séquence

« Ce matin, je lui ai dit de se réjouir. Jusque-là, les sondages l’annonçaient inférieur ou égal à 0,5% des intentions de vote. Pour la première fois, ils ont enlevé l’inférieur. On progresse », sourit un des proches du candidat. Plus qu’une dernière ligne droite, les 12 jours qui le séparent du premier tour sont l’unique occasion de faire décoller une candidature qui risque de verser dans la rubrique insolite des campagnes présidentielles de la cinquième république. « Il adore la rencontre, le contact. Il va chercher les électeurs les uns après les autres », assure Pascale, son épouse qui répond sans sourciller à une passante curieuse qui lui demande si elle le connaît : « Oui, depuis 30 ans au moins. » Le mari est en train de faire le fou sous un drapeau tricolore juste devant le snack le Splendid, sur la Canebière.

L’homme paraît fantasque, imprévisible mais la stratégie de communication n’est jamais loin. En entrant dans la campagne officielle, les médias audiovisuels ont l’obligation de respecter une égalité stricte du temps de parole. Quoi qu’il fasse – et surtout s’il donne dans la minute récréative – le candidat aura une belle couverture média et l’occasion de faire passer une ou deux idées de son programme.

Le fixeur

Dans tout déplacement, il faut l’homme du cru qui prévoit les étapes, le fixeur, pour reprendre un terme du jargon journalistique. C’est un conseiller municipal marseillais de la majorité Gaudin qui joue ce rôle. Ancien président des jeunes UDF, le patron de la brasserie des Templiers dit être un adepte de longue date de l’élu béarnais. « J’ai toujours dit que s’il réussissait à atteindre les 500 signatures, je le soutiendrai dans sa campagne. C’est un homme de convictions, au service de ses concitoyens, qui avait un métier avant de faire de la politique. Surtout, c’est un candidat qui veut réconcilier les Français plutôt que les opposer ». Pour l’heure, Frédéric Jeanjean blêmit à chaque fois qu’il regarde le tableau de marche de la visite de campagne : son poulain a déjà deux heures de retard et, de selfie en embrassade, cela ne risque pas de s’améliorer.

Elu municipal, Frédéric Jeanjean pilotait la visite du candidat. Photo : B.G.

L’invité surprise

C’était un pari au sein de la rédaction, aussitôt connu le programme du candidat à Marseille : qui serait le représentant des associations et commerçants de Belsunce ? Ali Timizar, patron de bar place Louise-Michel et accessoirement soutien de Solange Biaggi ? Ou Omar Djellil, militant politique et associatif à multiples casquettes, désormais ancré chez LR et salarié du Samu social de la Ville ? Les deux.

Omar Djellil (à gauche) et Ali Timizar, (à droite), offrent des fraises au candidat. Photo : B.G.

Respectivement, président et secrétaire général du CIQ (une entité que Jean Lassalle n’arrivera ni à identifier, ni à épeler correctement), les deux hommes avaient préparé une table avec « fraises de pays » et thé à la menthe pour le candidat. « Nous t’accueillons en ami plus qu’en homme politique. D’ailleurs ici tout le monde ne votera pas pour toi », prévient Omar Djellil, qui se présente comme ancien compagnon de route de l’UDF et voit Marseille comme une ville centriste.

La quidam

Pour cette rubrique peu remplie dans nos précédents exercices, Jean Lassalle laisse l’embarras du choix. Chaque inconnu croisé est l’occasion d’un bout de conversation, d’une blague lâchée, d’une anecdote. Il y a ce facteur croisé sur la Canebière qui se plaint de la prime dérisoire qu’il perçoit pour la distribution de la propagande électorale. Après chaque conversation, l’équipe du candidat se précipite sur le quidam croisé pour lui faire signer un accord pour le droit à l’image, « si jamais nous le prenons pour notre clip de campagne. Le CSA est intransigeant là-dessus », assure son attachée de presse. Le postier ne veut pas, il vote blanc. Du coup, elle le photographie pour être sûre qu’il n’apparaisse pas.

Tête à tête entre Ginette, la doyenne et Jean Lassalle. Photo : B.G.

Ginette aussi aura le droit de signer sa décharge. À 92 ans, elle est présentée comme la doyenne de Belsunce. « J’y vis depuis 70 ans ». Elle patiente depuis deux heures et aura droit à son tête-à-tête avec le candidat. Elle ne semble pas vraiment le connaître et préfère parler du quartier « qui n’est plus comme avant ». Mais au moment des prises de parole, elle se souvient quand même d’un maire qui a compté pour elle : « Comment il s’appelait déjà ? » « Gaston Defferre ? », tente Jean Lassalle. – « Oui, c’est ça. Lui, c’était un boss, il tenait la ville. Pas comme Gaudin… Il a tout gâché… » – « Mais non, il est bien Gaudin », rétorque Jean Lassalle. Ginette secoue la tête. Elle n’en démordra pas.

Pris au mot

De Marseille, Jean Lassalle maîtrise les clichés qu’il ressert à l’envi : il s’enquiert de l’état de l’OM dont il avoue ne rien savoir et deux heures plus tard, entonne un vigoureux « allez l’OM » sur le bon air. Il glorifie la porte de la Méditerranée, « cette ville où on parle toutes les langues, mêmes les plus anciennes », salue la coexistence pacifique des communautés d’origine, la lecture de Pagnol par le papa berger, Le comte de Monte-Cristo, etc.

« J’aime Marseille, j’ai toujours aimé Marseille. La première fois, j’y suis arrivé en auto-stop à mes 20 ans », explique-t-il au cœur de Belsunce. Cinq minutes auparavant, il s’engouffrait dans un hôtel de la rue des Petites-Maries assurant qu’il y a dormi en arrivant il y a 40 ans. Bon client, il entonne devant les caméras (et à deux reprises) un chant de berger béarnais censé rendre hommage à la ville qui borde « notre terre-mère [sic], la Méditerranée… » Avec les taxis, les hôteliers, il prône « le retour à une économie de production » avant de penser « l’allègement des charges qui vous étranglent ».

À Belsunce, c’est de dialogue méditerranéen dont il est question. « Cela fait quatre siècles que notre diplomatie s’est focalisée sur un axe Est-Ouest alors que c’est l’axe Nord-Sud qu’il faut privilégier. Et il faut commencer par arrêter la guerre et redonner du pouvoir à la France. Cela passe par une grande diplomatie en Méditerranée ». Il se fait lyrique : « Vous préparez le retour à l’humain en tournant le dos à l’hystérisation de la vie qui nous accable ». Quelques minutes auparavant, du fond du bar, un homme l’interpellait : « si tu paies mon café, je vote pour toi… »

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