[C’est mon data] Le plongeon de 27 millions en deux ans des subventions aux associations

Décryptage
Julien Vinzent_
4 Oct 2018 0

Ça grince ici, ça ferme là, mais quel est le tableau global ? À l'occasion du débat "Associations : l'état d'urgence", Marsactu s'est attaché à chiffrer la baisse des subventions accordées par les grandes collectivités. Celle-ci atteint près de 27 millions d'euros en deux ans.

Babel Med Music2©Jean de Pena

Babel Med Music2©Jean de Pena

Coupes sombres, coupes claires. La baisse des subventions s’illustre le plus souvent par des cas particuliers. Les radios associatives, C’est la faute à Voltaire, l’accueil de jour Marceau ou encore Babel Med : les associations le font savoir lorsqu’elles sont touchées, parfois mortellement. Mais des cas ne font pas une généralité. Pour une coupe, combien de reconductions à l’identique, combien de nouvelles bénéficiaires ?

Interrogé sur telle ou telle situation, le président du conseil régional Renaud Muselier (LR) revendique le plus souvent ses choix politiques, sur fond de rigueur budgétaire, mais ne se risque pas à afficher un objectif global. Après son élection à la tête du département en avril 2015, Martine Vassal (LR) a été plus claire. Son premier budget a été bâti sous le signe d’une réduction de 20 % des politiques dites “facultatives”, sauf la culture, pour laquelle la saignée a été limitée à 10 % (lire notre article). Or, les associations sont les principales bénéficiaires de ces politiques.

Les chiffres que nous avons compilés confirment ce plongeon. Entre 2015 et 2017, la coupe atteint près de 10 millions d’euros au département des Bouches-du-Rhône, soit – 10%. A la région, sur la même période (au cours de laquelle la majorité a basculé de la gauche vers la droite), la baisse est de 17 millions, soit -12 %. À la ville de Marseille le montant est resté stable entre 2015 et 2018, après une légère baisse en 2014 (1,8 millions, soit -2,8 %).

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Parcours du combattant

Ces chiffres sont le fruit de recoupements faits par nos soins dans les méandres des milliers de pages de compte-rendus publics par la collectivité. Malgré un poids économique indéniable – 61 000 emplois dans les Bouches-du-Rhône – les associations n’ont pas le droit à leur ligne budgétaire personnalisée, dans les documents officiels comme dans les outils de communication. Et pas davantage dans les fameuses plateformes open data vantées par les collectivités.

La Ville de Marseille propose cependant un total qui inclut toutes les“subventions versées aux organismes privés”, ce qui comprend (à la marge) des versements à des entreprises et des particuliers. La stabilité affichée surprendra peut-être certaines structures. Mais ce maintien apparent a ses subtilités et montre toute la difficulté de notre travail d’archéologie dans les finances publiques. Le principal mouvement s’opère en réalité dans la nature des soutiens accordés : les subventions octroyées sur dossier, ont été réduites de 12,7 millions, au profit des financements de “partenariat”. Ceux-ci incluent essentiellement des activités para-publiques, par exemple en matière d’hébergement d’urgence, de crèches, de centres sociaux ou d’enseignement artistique…

Ailleurs, nous avons dû suivre un parcours du combattant, pour arriver à vous proposer un chiffre.  On trouve même parfois des pièges pour le néophyte. Au département, il existe une ligne budgétaire “vie associative” mais elle ne représente qu’une très faible part des subventions aux associations, qui sont aussi financées via les autres politiques : culture, sports, insertion sociale, économie, etc.

A l’arrivée, nos chiffres souffrent donc sûrement quelques imperfections à la marge. Surtout, notre panorama oublie tous les financements de l’État, via ses services déconcentrés ou la politique de la Ville par exemple, qui elles aussi viennent abonder les caisses du monde associatif. Enfin, nous avons renoncé à plonger dans la jeune métropole (27 millions d’euros de subventions distribuées en 2017), issue de six intercommunalités différentes.

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