Avec l’été, pour les Roms, le retour des expulsions et bien peu de solutions

Actualité
Lisa Castelly
7 juillet 2017 2

Au moins 250 personnes issues de la communauté rom ont été expulsées de leurs lieux de vie à Marseille cette semaine. D'autres expulsions devraient se dérouler dans les jours et les semaines à venir dans le département. Et à chaque fois, le manque de solution de relogement reste la norme.

Évacuation d'un bâtiment vide où les associations souhaitaient pouvoir loger des familles sans abris. (LC)

Chaque été les images se ressemblent. Après la fin de la période scolaire, des familles entières sont jetées à la rue, de bon matin, avec les enfants sous le bras et quelques affaires dans des baluchons de fortune. Souvent, prévenues à l’avance de l’intervention de la police, la plupart sont déjà parties à l’heure dite.

C’est un tel tableau qui a eu lieu jeudi matin, boulevard Magallon (15e), juste en face du métro Bougainville. Dans un grand bâtiment industriel abandonné vivaient depuis février 2016 près de 250 personnes. La veille de l’expulsion, certains s’étaient installés dans un autre lieu vide dans le secteur, dont ils ont aussi été délogées. Selon nos informations, vendredi matin, au lendemain de leur mise à la rue, plusieurs familles venue de ce squat évacuées étaient de nouveau chassées d’un nouveau lieu dans les quartiers sud, à l’autre bout de la ville. « Ces familles sont harcelées par la police, interdites de poser leurs valises », résume Fathi Bouaroua, représentant de la Fondation Abbé Pierre dans la région. Le préfet délégué pour l’égalité des chances n’était pas disponible pour répondre à nos questions ce vendredi, il indique en revanche par communiqué qu’il recevra les associations ce lundi.

La question soulevée par ces dernières est celle de la mise à l’abri, de l’impossibilité pour le système d’hébergement d’urgence de prendre en charge les familles expulsées et en situation de mal-logement. Sur 250 expulsées boulevard Magallon « une petite dizaine » a bénéficié d’un hébergement temporaire à l’hôtel selon Fathi Bouaroua. Les associations, comme Rencontres tsiganes, demandaient à l’État de stabiliser le squat de la rue Magallon, avec l’installation de points d’eau et un ramassage des ordures. Mais la demande d’expulsion, formulée par la mairie, propriétaire des lieux et qui, ironie du sort, souhaite y installer la future unité d’hébergement d’urgence, a douché ces espoirs.

Tentative de réquisition de bâtiment vide

Après une manifestation lundi, les associations référentes sur ces questions, avec à leur tête la Fondation Abbé Pierre, Médecins du monde ou encore la Cimade ont décidé de passer à l’action ce vendredi. En début de matinée, des militants ont investi un bâtiment vide dans le quartier des Cinq-Avenues (4e), les anciens locaux l’institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de la Blancarde, où, d’après leurs dires, des personnes squattaient depuis quelques jours. Avec l’appui de la communauté Emmaüs de la Pointe-Rouge, c’est une vraie installation qui se met très vite en marche, avec des étagères, des canapés, lits pour bébé, vaisselle et ustensiles de cuisines déchargés pour remplir le grand bâtiment des trois étages.

La pancarte à destination des voisins accrochée sur la grille du bâtiment vide occupé quelques heures par des familles et associations. (LC)

Mais dès 10 h 30, la grille de l’établissement est bloquée par des fonctionnaires de police, ne laissant plus personne entrer. Ce qui, dans un premier temps, n’empêche pas les militants d’espérer que leur « réquisition solidaire » arriver à terme. « On ne veut pas faire ici une occupation illégale, mais négocier une occupation, avec un loyer. Il n’est pas question de faire ici un grand foyer, mais d’y installer des familles, qui veulent que leurs enfants mangent et aient un toit sur la tête, explique alors Jean-Régis Rooijackers, co-responsable de la mission bidonvilles chez Médecins du monde. On n’en peut plus de voir des enfants mis à l’hôtel, puis sortis de l’hôtel, à la rue… » 

Quelques familles et sans domicile fixe isolés, une poignée, ont en effet été invités à venir poser leur valise dans ce lieu réquisitionné par des associations d’ordinaire plus légalistes. « On propose des solutions qui ne sont pas entendues, alors on se retrouve à faire de la délinquance solidaire », résume Jean-Régis Rooijackers. « On a décidé de ne pas laisser seules les personnes qui s’étaient déjà installées ici. On veut dire à l’État qu’il y a à Marseille suffisamment de lieux publics et para-publics pour résoudre le problème de l’hébergement », complète Fathi Bouroua. Selon les estimations de la Fondation Abbé Pierre, 12 000 personnes vivent à la rue à Marseille et 74 000 logements seraient inoccupés.

Douze voitures de police

Cette tentative-là ne sera pas la bonne : à 12 h 30, pas moins de douze véhicules de police sont stationnés devant la grille de l’ancien IFSI pour sonner la fin de l’occupation. « Les policiers ont estimé que la flagrance était constituée. Nous avons décidé de ne pas nous opposer à l’évacuation par la force, il y a des enfants », concluera Fathi Bouaroua après avoir passé plusieurs heures dans le bâtiment bouclé. Pour procéder à l’évacuation d’un lieu occupé sans décision de justice, la police doit en effet s’assurer que ses occupants y sont depuis moins de 48 heures, ce qui était le cas d’après les fonctionnaires. Quelques militants et mal logés s’emploient donc à sortir les meubles et autres objets déchargés le matin même. Les spectateurs, militants et riverains curieux sont frappés par l’ampleur du dispositif de police qui en dit long, à leurs yeux, sur les tensions actuelle dans le dialogue avec l’État. « Vous avez qu’à les prendre chez vous », finira par lâcher un policier à des militants qui l’interpellaient.

Une « erreur d’aiguillage » dans le choix du lieu aura plombé la tentative : le bâtiment n’est pas public comme le croyait les associations, et le propriétaire n’a pas manifesté le désir de le laisser occupé. Sur le trottoir face à l’ancien centre de formation vide, les familles, plusieurs enfants en bas âge et au moins une femme enceinte, sont assis, dépités. Après quelques heures d’espoir, c’est le retour à l’errance. La préfecture précise dans son communiqué que « la mise à l’abri des personnes vulnérables (a) été proposée » mais que « les associations n’ont pas formulé de demande de mise à l’abri ».

À Aubagne, quelques espoirs et beaucoup d’efforts

Toujours dans la métropole, à Aubagne, une autre expulsion se prépare pour les jours qui viennent. Une soixantaine de personnes s’apprêtent à quitter le terrain qu’elles occupent depuis plus d’un an et demi. Suivies de très près par un collectif de bénévoles, ces familles ont entrepris de nettoyer leur campement en demandant à la métropole de leur fournir des bennes à ordures, qui leur en a confié deux. Mais pour certains des habitants de ce camp, un espoir de stabilisation existe.

« Cinq familles vont être logées à l’hôtel, car elles bénéficient d’un parcours logement encadré par la préfecture, suite à un diagnostic social qui a attesté de leurs efforts d’insertion », explique Roland Bourglan, de la Fondation Abbé Pierre. Plusieurs occupants du terrain ont en effet suivi des formations, obtenu des contrats d’insertion et même, pour certains, des contrats à durée indéterminée. Les cinq familles suivies par la préfecture se verront d’abord proposer un logement à l’hôtel, avant d’accéder à un hébergement plus pérenne, dans des délais qui restent à confirmer. Mais pour l’heure, le souci de Roland Bourglan est de faire en sorte que les familles acceptent l’étape inconfortable de l’hôtel, alors que d’autres ont trouvé des squats plus accueillants.

Si la nouvelle de cet accompagnement a été accueillie avec joie par les familles et les bénévoles, la pression est forte. C’est la première fois que des Roms en bénéficient à Aubagne. « Les offres du préfet nous donnent du boulot supplémentaire », reconnaît Roland Bourglan, qui prévoit de consacrer une bonne partie de son été à l’accompagnement administratif de ces familles, avec comme objectif « la réussite de ces parcours ».

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commentaires

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  1. Treblig Treblig

    Pas de commentaires…. Je ne suis pas surpris
    Qui veut vivre à côté…Les bénévoles ?

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  2. Dominique Idir Dominique Idir

    Bonjour Marsactu,
    Nous aimerions savoir ce que le préfet a proposé aux associations lorsqu’il les a reçu le lundi 10 juillet 2017.Nous n’avons aucune nouvelle dans la presse .
    Nous suivons avec intérêt toutes les évacuations sans respecter la circulaire du 26 août 2012 pour les familles qui exercent un emploi bien compromis par ces expulsions à répétition.
    Nous notons un retour en arrière par rapport à certaines avancées précédentes.
    Pouvez vous nous tenir au courant des propositions du préfet suite à cette réunion
    et vous renseigner si la circulaire du 26 août 2012 est toujours d’actualité?
    Je vous remercie
    Dominique Idir

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