Attrape-moi si tu peux dans la Nerthe

Reportage
le 21 Août 2021
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Sur l'A55 et la D9 au niveau de Châteauneuf-les-Martigues on peut régulièrement apercevoir des petits troupeaux de chèvres errantes. Bucolique pour beaucoup, leur présence est aussi source de nuisances. Les communes alentours et une association dédiée à ces animaux essaient de résoudre ce problème sans vraiment y parvenir.

Deux chèvres surplombant un enclos de capture. MDO

Deux chèvres surplombant un enclos de capture. MDO

“Prudence troupeaux de chèvres sauvages errantes”. Le panneau est clair, mais on parvient tout de même à être surpris par une trentaine de chèvres bicolores se promenant sabots à sabots sur la D9. Pas affolées par les véhicules qu’elles prendraient presque pour des compagnons de route, elles traversent non loin du Magic Park Land d’Ensuès-la-Redonne. Il y a dix ans, 60 chèvres broutaient l’herbe du massif de la Nerthe. Aujourd’hui on dénombre quelque 500 individus éparpillés entre Ensuès-la-Redonne et Martigues.

L’origine de ces chèvres n’est pas tranchée. D’aucuns parlent de boucs et de chèvres abandonnées par un éleveur ou par des particuliers. D’autres avancent l’hypothèse d’un test de la carrière voisine : elle aurait voulu déterminer la nocivité des poussières générées sur des caprins puis les aurait relâchés. Impossible d’éclaircir le mystère. Malgré leurs visages innocents et le côté divertissant de leur présence pour les conducteurs, ces chèvres sauvages posent de vrais problèmes de sécurité sur les axes qu’elles traversent parfois comme la D9 et l’autoroute A55 mais aussi sur les cultures alentours.

Les vignes sous pression

Installé entre deux rangées de vignes gorgées de juteux raisins, José Pigaglio, le président de la coopérative vinicole la Venise provençale, explique découragé que les chèvres “viennent jusque derrière la cave en faisant des dégâts considérables sur les terrains”. Le longiligne président déambule entre les cépages de syrah, carignan et grenache qui serviront à faire de l’AOP Coteaux d’Aix-en-Provence et en grande majorité du rosé. Entre deux bourrasques de mistral, il montre les dégâts d’une virée impromptue des bêtes. Une parcelle de vignes dénuée de fruits à deux semaines des vendanges apparaît derrière une petite butte en pierres. La colère gronde du côté des vignerons.

Les vignerons estiment avoir perdu huit hectares de culture à cause des chèvres.

Joël Fouque, un autre adhérent à la coopérative vinicole, a récemment alerté la mairie de Martigues. Il réclame des actions concrètes suite à des dégâts sur son exploitation située à Saint-Julien-les-Martigues, en contrebas du massif où les chèvres ont leurs habitudes. Sur tous les terrains de la coopérative la perte globale serait de 8 hectares sur 180. Derrière ses lunettes noires, Joël Fouque raconte, amer, qu’il a récemment installé “un kilomètre de clôture électrique pour 1500 euros” sans savoir si le résultat serait au rendez-vous. “La clôture coûte une fortune et ces bêtes-là passent au travers donc c’est peu utile”, assure pour sa part Patrick Lévêque, président de la chambre d’agriculture. Le sujet des clôtures électriques permet de saisir les effluves de tension ambiante.

Derrière les buissons, une parcelle de vigne mangée par les chèvres. (Photo MDO)

Des solutions déjà mises en place

“Certains viticulteurs m’ont dit qu’avec, ils n’avaient plus de problème”, assure Sylvie Vidal, qui préside l’association Chèvres de notre colline, fondée en 2016. Avant cela, d’autres solutions ont été explorées. En 2011 ,la préfecture décide d’éliminer toutes les chèvres sauvages, au grand dam de la Fondation Brigitte-Bardot qui intervient. En accord avec la préfecture l’association est créée pour éloigner le troupeau des axes routiers, mais aussi effectuer un contrôle sanitaire régulier certifiant de la bonne santé des animaux.

L’association défend ainsi une approche qui n’existait pas jusque-là. Elle prône la castration des boucs puis le relâchement et le contrôle de ceux-ci dans le massif. Plus de 130 boucs ont été castrés depuis le début de l’opération, il y a plus de 5 ans, aux frais de la Fondation Brigitte-Bardot. Afin de réguler le troupeau 26 femelles ont ainsi déjà été données à la fondation.

Une centaine de chèvres confiées à des éleveurs

En 2021, la mairie de Châteauneuf-les-Martigues a procédé à deux captures d’ampleur.

Ce mardi 17 août, 98 chèvres errantes sont parquées dans la zone de quarantaine sur un terrain agricole de Châteauneuf-les-Martigues. Un terrain qui appartient par ailleurs à Roland Mouren, maire divers droite de la ville. Capturées plus tôt dans l’été, elles attendent fébrilement l’embarquement dans le camion d’un éleveur de Saint-Martin de Crau. Elles rejoindront son troupeau, qui sert régulièrement à débroussailler champs et abords de route. Dans ce petit hangar, les employés municipaux et les services vétérinaires s’affairent à baguer les animaux. Roland Mouren se félicite de l’opération : “C’est la meilleure solution, car on évite l’abattage, on protège les chèvres contre les accidents tout en favorisant la biodiversité en les donnant à des bergers qui pratiquent l’éco-pastoralisme.” C’est la deuxième capture effectuée cette année, sur décision municipale. Avec à terme l’objectif de venir à bout de ce troupeau hors de contrôle.

Pour l’association Chèvres de nos collines, ces transferts ne sont pas la solution. Sylvie Vidal l’affirme : “Les prélèvements ponctuels de toutes les chèvres sont des leurres, il suffit qu’un couple s’échappe et ça repartirait.” Au beau milieu du foin et des cris de chèvres le maire de Châteauneuf-les-Martigues martèle que “si c’est pour les castrer et les relâcher ça ne sert à rien, la seule solution, c’est de les faire adopter à un éleveur”. Une référence au travail que mène l’association, jugé inefficace par le maire, puisque la population de chèvres ne cesse d’augmenter. Mais pour Sylvie Vidal, la prolifération de l’espèce malgré les castrations tend à prouver que des particuliers profiteraient de l’occupation actuelle pour relâcher dans les collines des boucs adultes. “Il y a plus de boucs ce qui est complètement anormal”, s’indigne-t-elle.

Chèvres errantes capturées dans le camion d’un éleveur de Saint-Martin de Crau. (Photo MDO)

L’option consensuelle du berger

Mais une solution pas encore testée pourrait convenir aux vignerons, à l’association et même à certains maires. Chèvres de notre colline prône l’embauche intercommunale d’un berger pour discipliner le troupeau. Il aurait pour mission de fidéliser les chèvres vers un enclos central. Avec pour avantage notamment de les diriger vers des espaces où elles pourraient s’avérer utiles dans la lutte contre les incendies. “Ici les chèvres ne mangent pas beaucoup les chênes kermès alors que c’est le plus inflammable”, déplore le président de la coopérative vinicole José Pigaglio, qui préfèrerait qu’elles s’éloignent des belles grappes de raisins pour rejoindre le haut du massif.

Ce projet d’un berger qui réunirait les nombreux petits troupeaux a pris de l’épaisseur. Michel Illac, maire d’Ensuès-la-Redonne, qui a récemment accueilli un enclos sur sa commune en partenariat avec la Fondation Brigitte-Bardot et l’association Chèvres de notre colline se dit favorable à cette troisième voie, contrairement à son homologue Roland Mouren. “Ça peut être une solution en gardant une quantité limitée de chèvres”, éclaircit précautionneusement le maire sans étiquette. L’édile d’Ensuès qui se présente comme “le sage” du dossier veut prendre “le meilleur de chaque solution pour arriver à une solution acceptable pour tout le monde”.

Une réunion en sous-préfecture devrait avoir lieu à l’automne avec le nouveau sous-préfet d’Istres Régis Passerieux. D’ici là, les caprins n’ont pas fini de narguer les autorités et les agriculteurs. Au-dessus du terrain de capture, dans le vallon de Valtrède au bout d’une piste cahoteuse bordée par les chênes kermès, les pins d’Alep et les pieds de vignes, trois chèvres alpines savourent leur sursis.

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Commentaires

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  1. kukulkan kukulkan

    Laissez ces quelques centaines de chèvres vivre sur ce vaste territoire et cloturez les espaces sensibles !

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