Arrêt de l’activité de la décharge de Palama : les habitants craignent un répit temporaire

Actualité
le 25 Oct 2024
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Les camions sont désormais sommés de faire demi-tour devant l'ancienne carrière de Palama. Les associations, habitants et élus ont obtenu l'arrêt de l'enfouissement de déchets BTP dans ce secteur du 13e arrondissement, mais le projet d'extension du site menace cette accalmie.

Au sommet de la décharge de Palama, la revégétalisation n
Au sommet de la décharge de Palama, la revégétalisation n'a pas commencé. (Photo : IM)

Au sommet de la décharge de Palama, la revégétalisation n'a pas commencé. (Photo : IM)

Ici, les oliviers plantés dans les jardins dépassent des hauts portails, cachant à demi villas et bastides. Les cigales, les oiseaux et les papillons peuplent la garrigue et les pinèdes. Malgré le calme environnant, les habitants du quartier de Palama déplorent les conséquences de l’installation de stockage de déchets inertes (ISDI), située à quelques centaines de mètres de certaines maisons. Depuis 1998, la société Commercialisation décharge et travaux publics (CDTP) permet à de nombreuses entreprises d’enfouir leurs déblais.

Chaque jour, des véhicules chargés de gravats, de terre et de pierres traversent le quartier de Château-Gombert, une zone résidentielle limitée à 30 km/h, depuis des chantiers de Marseille et des communes alentours. Ils montent ensuite la piste artificielle jusqu’au sommet de la colline de déchets, déposent ici leur fret, et repartent, pleins de poussière.

Ces va-et-vient incessants de camions se sont finalement arrêtés, mardi 22 octobre, après que la question est une nouvelle fois revenue aux débats du conseil municipal marseillais. Un répit, donc. Mais jusqu’à quand ? Depuis plus de vingt ans, les associations, les comités d’intérêt de quartier (CIQ) et les riverains du 13ᵉ arrondissement alertent les institutions sur la décharge de la société CDTP, située dans l’ancienne carrière de Palama. “C’est leur mode opératoire. Ils suspendent leur activité puis font régulariser leur infraction”, assure Monique Bercet, présidente de l’association Colinéo, qui œuvre pour la protection de l’environnement.

Cette décharge est bien connue de la préfecture, qui refuse de la régulariser en 2016 et demande à l’époque la remise en état. Mais une décision du Conseil d’État tranche en faveur de CDTP l’année suivante, et l’enfouissement continue.

une situation illégale

La semaine dernière, l’urgence de la situation a été de nouveau mise en lumière par les élus, puisque le 14 octobre, l’activité devait s’arrêter. Le 17, le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi interpelle le préfet concernant une “situation illégale” : les camions continuent de se rendre sur le site malgré l’interdiction. Le lendemain, on en parle en conseil municipal : “Cette affaire-là est grave. Un jour, il va y avoir un accident”, convient le maire, Benoît Payan.

Si la décharge est revenue aujourd’hui sur le devant de la scène, ce feuilleton dure depuis les années 1970. Au départ, la carrière de Palama, déjà gérée par la société CDTP de Jean Grandi et sa sœur Yvonne Rapin, sert originellement à l’extraction de granulats. Puis, à partir de 1998, cette activité cesse pour laisser place à un “réaménagement de site”. Commencent alors les dépôts de déblais BTP : les camions se succèdent et une colline se forme. Elle atteint aujourd’hui 286 mètres, selon Jean Grandi, le gestionnaire du site.

Pour déverser leur chargement, les camions empruntent une piste artificielle. (Photo : IM)

L’extension Palama 2

Ce business rapporte. “C’est environ 200 euros par camion, selon le tonnage”, assure Frédéric Pinatel, président du CIQ de Château-Gombert. Entre 2001 et 2015, le chiffre d’affaires de CDTP s’élève au total à 9,4 millions d’euros, selon un document judiciaire que Marsactu a consulté. Fin 2023, la société demande donc une extension, baptisée “Palama 2”, comme le rappelle La Marseillaise. L’objectif ? Prolonger l’exploitation jusqu’en 2043. La capacité de stockage de ce site de cinq hectares serait de 778 000 m³. Du sommet de la colline, le propriétaire, lunettes pilote sur le nez, désigne l’étendue peuplée de pins : “Ce sera là. J’ai 85 ans, j’ai encore le temps de continuer.”

Jean Grandi, le propriétaire du site, devant le massif de l’Étoile. (Photo : IM)

Contactée à ce sujet, la préfecture précise que “le dossier est toujours en cours d’instruction par la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL), donc à ce stade aucune communication ne peut être apportée sur ce projet”.

Frédéric Pinatel a découvert, à la fin de l’année 2023, cette demande d’enregistrement à l’entrée du site, placardée sur un panneau. Il fulmine : “Jean Grandi m’a menti.” Pourtant, en 2015, le propriétaire assure dans La Provence que “d’ici deux ou trois ans, la colline sera cédée à la municipalité”. Plusieurs fois, l’installation est épinglée par la préfecture pour son manque de sécurisation, de végétalisation, ou pour le type de déchets stockés. Malgré cela, l’activité continue, elle obtient même des autorisations temporaires d’exploitation, qui étendent la date limite du 1ᵉʳ avril jusqu’au 14 octobre 2024.

“C’est un désastre pour tout le monde”

Au grand dam des habitants vivant à proximité. Carine Galdi habite en haut du chemin des Xaviers, une longue pente qui mène au site. “Cette carrière, c’est un désastre pour tout le monde”, souffle cette boulangère. En cas de fortes pluies, des coulées de boue ruissèlent de la décharge jusqu’à chez elle, et passent sous son portail. Des traces persistent dans la petite cour, devant sa maison. “J’ai dû acheter une pompe de chantier 200 euros pour évacuer ces eaux boueuses”, s’indigne son compagnon.

Jean Grandi, le propriétaire du site, assure quant à lui que “ces coulées de boue ne viennent pas de l’installation”, et que le bassin de rétention installé à l’entrée de la carrière suffit à contenir l’eau en cas d’orage. “L’eau se décante et les éléments restent au fond de ce bassin”, affirme l’entrepreneur de 85 ans.

Au-delà des inondations, les résidents de Château-Gombert et du chemin de Palama déplorent avant tout les allées et venues de semi-remorques. “Il passait cinquante, parfois soixante camions par jour. Ça fout le oaï, déjà qu’on a du mal à circuler…”, se désole Dominique*, l’une des habitantes du coin. “Ils roulent à bien plus de 30 km/h et passent devant l’école primaire de la Parade et le centre commercial, sans interruption”, témoigne encore Frédéric Pinatel. Alors que dans un arrêté préfectoral pris en juin 2024, des horaires de circulation, évitant l’accueil et la sortie de l’école, sont établis.

le manque de végétalisation

Au milieu du massif de l’Étoile, le site fait tache : le plateau où les derniers camions ont déversé leurs déchets reste nu. Un plateau planté d’oliviers doit pourtant être créé au sommet de la colline pour le 1ᵉʳ novembre 2024. Pour le moment, de nombreux bouts de plastique, tuyaux ou ferrailles dépassent des amas de terre. Le chef d’exploitation, Pascal Varraso, avoue : “Quelquefois, il y a peut-être du plastique dans les camions. Mais vous savez comment c’est, ils montent et font n’importe quoi…”

Des fils, de la ferraille ou des bouts de plastique dépassent de la colline. (Photo : IM)

Sur les flancs de la colline, notamment sur le remblai sud, visible depuis l’accès au site par le chemin prolongé de Palama, on trouve du thym, du romarin, des arbousiers, des frênes… “Nous avons planté 900 arbres et 1200 arbustes et plans de différentes compositions ce mois-ci, pour recréer la garrigue environnante”, assure le propriétaire. Accélérer cette végétalisation, c’est envoyer un signal clair à la préfecture, pour tenter d’obtenir rapidement l’extension de la décharge.

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Commentaires

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  1. Cedric Dudieuzere Cedric Dudieuzere

    Il n’y a pas que Jeremy Bacchi qui a alerté le préfet. Certains élus suivent ce dossier et se mobilisent depuis beaucoup plus longtemps …

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