Après le front républicain, la gauche des 13/14 doute de la main tendue de la droite

Actualité
le 30 Nov 2020
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Promis par la droite avant son duel avec le RN, le grand conseil citoyen des 13/14 doit offrir une représentation à la gauche, qui s'est retirée pour barrer la route à Stéphane Ravier. Mais, alors que la première réunion se fait attendre, la méthode de sélection des membres par l'ex directeur de campagne Gérard Chenoz irrite déjà.

Jérémy Bacchi et Michèle Rubirola le 29 janvier. (Image LC)
Jérémy Bacchi et Michèle Rubirola le 29 janvier. (Image LC)

Jérémy Bacchi et Michèle Rubirola le 29 janvier. (Image LC)

L'enjeu

Une des listes a déjà claqué la porte, mécontente du profil marqué à droite de certains membres, une autre, arrivée 5e, s'étonne de ne pas avoir été invitée à y participer.

Le contexte

Après les régionales 2015, une instance similaire avait été mise en place par Christian Estrosi. Elle avait été abandonnée en 2017 après seulement deux réunions plénières.

Le grand conseil citoyen des 13/14 est-il enterré avant même sa première réunion ? Après le retrait de la gauche au second tour, cette instance visait à donner écho à une autre voix que l’opposition RN pendant les six années de mandat à venir. “Il est important que des milliers d’électeurs aient une tribune dans le secteur et y restent acteurs”, défendait David Galtier, la tête de liste de Martine Vassal (LR) dans La Marseillaise. Prévue le 2 novembre en visioconférence, la première réunion a été reportée à l’annonce du reconfinement. Elle devrait se tenir avant Noël si le déconfinement est maintenu au 15 décembre.

Mais déjà, un premier candidat assure qu’il n’y mettra pas les pieds : “Je ne participerai pas à ce grand conseil dévoyé et j’appelle tous les camarades de gauche à en faire de même”, a lancé Julien Rossi sur Facebook, lui qui portait les couleurs de la liste de Samia Ghali dans ce secteur. “Après son élection en juillet à la mairie de secteur, Marion Bareille nous avait promis que ce serait immédiat. L’immédiat étant quand même très long, j’ai relancé. Et là c’est Gérard Chenoz [ex adjoint au maire et directeur de la campagne LR, ndlr] qui me rappelle pour me dire que c’est lui qui le présidera et m’expose la liste des personnalités”, précise-t-il à Marsactu.

Un porte-parole de la campagne de Martine Vassal parmi les membres

Communiquée par la mairie des 13/14 à Marsactu, cette liste comprend 18 membres, dont seulement cinq étaient candidats de gauche. Le reste est qualifié de “think tank LR” par Julien Rossi, qui zoome sur la présence de Joseph Arakel, porte-parole de la candidate Martine Vassal sur les thématiques sociales. On y trouve aussi l’ex directrice de cabinet du maire LR des 9/10, reconvertie dans la “start-up sociale” Synergie family ou l’ex adjoint au maire Michel Bourgat. D’autres profils sont moins marqués, tels que l’ancien maire des 13/14 époque Vigouroux, Pierre Rastoin, la militante des Flamants et fondatrice de l’association Avec Nous Fatima Mostefaoui, des présidents d’associations environnementales, de la Banque alimentaire… “Je pense qu’il y a une volonté, mais je peux me tromper. Je vais aller voir comment ça se passe, il ne faut pas toujours être dans le non”, commente Fatima Mostefaoui.

À la mairie des 13/14, on assure d’ailleurs qu’il ne s’agit que “d’une première partie, la liste n’est pas définitive. La première réunion doit servir à la compléter en fonction des propositions de chacun.” Quant à Joseph Arakel, “il n’a jamais été engagé en politique auparavant, il faut regarder au-delà des étiquettes. Il faut regarder son action sociale et économique sur le secteur [via sa fondation et le groupe dont il est le PDG, ndlr].”

“On s’est arrêtés aux deux listes qui s’étaient retirées”

On ne laisse pas la possibilité à la gauche d’assurer elle-même sa représentation, c’est la majorité qui choisit ses interlocuteurs.”

Mohammed Bensaada, tête de liste Unir!

En attendant, cette composition oublie la liste Unir!, menée par Mohammed Bensaada et soutenue par EELV et la France insoumise. Le candidat y voit “une forme de mépris pour nos 1400 voix [5,87 % des exprimés, ndlr], dont une partie leur a aidé à gagner au second tour. Mais on va dire que c’est un oubli…” “Au départ on est partis avec ceux qui avaient laissé leur place volontairement, ce qui était un geste important”, confirme Gérard Chenoz, qui assure cependant que la porte est ouverte. Ce qui pose alors la question d’ouvrir à d’autres listes, celles de Josepha Colin (DVD) et Marie-Florence Bulteau-Rambaud (LREM) qui ont réalisé un score similaire à celui d’Unir!.

Mais au-delà de leur omission, c’est la méthode, celle de faire son marché parmi les candidats de deux listes pour en retenir cinq, qui heurte. “J’étais 2e sur la liste du Printemps marseillais, manifestement je n’étais pas la bienvenue”, s’étonne Florence Masse (PS), qui n’a pas été contactée. De même pour les conseillers départementaux divers gauche du secteur, Haouaria Hadj-Chick, Geneviève Tranchida et Christophe Masse. “On ne laisse pas la possibilité à la gauche de s’organiser et d’assurer elle-même sa représentation, c’est la majorité qui choisit ses interlocuteurs”, regrette Mohammed Bensaada. Qui se dit toujours partant pour l’intégrer. “Avec la façon dont ils ont été élus, ils ne peuvent pas s’en passer. Mais il faudra voir s’il y a un objet réel ou si c’est uniquement symbolique, car on a autre chose à faire que de donner une légitimité à cette majorité.”

Le premier élément reçu n’est pas pour rassurer Julien Rossi. Il dit avoir peu goûté le communiqué de Marion Bareille à propos de la gestion de la crise sanitaire et sociale adressé pour avis aux membres pressentis. “Le conseil n’est pas installé, on ne s’est jamais vus, je ne sais même pas si les gens sont d’accord – moi en tout cas j’ai dit que cela me posait question – et derrière on nous dit que l’on vient de fracasser la mairie centrale. Bien sûr qu’il y a des gens de qualité, mais je trouve que cela fait beaucoup.”

Le précédent raté de la conférence régionale d’Estrosi

À la mairie du 13/14, on souhaite une instance qui puisse “être force de propositions, une table ronde des projets, l’idée n’est pas d’en faire une tribune d’expression politique.” Gérard Chenoz développe, en imaginant une fréquence bi-mensuelle sur des sujets tels que l’avenir du théâtre Athéna dans le parc de Château-Gombert, “le projet de tiers-lieu de Ricard, ou l’association Poumon vert qui veut nous parler de son projet de tram des collines”. Vieux grognard du gaudinisme, ex président de la Soleam qui se dit “retraité” de la politique, il entend “fabriquer le fonctionnement en marchant. Si on veut un truc qui dure dans le temps, il ne faut pas mettre des règles trop strictes.”

Julien Rossi espère construire un conseil hors de la mairie des 13/14 pour rassembler la gauche.

Dans toutes les têtes,  il y a le précédent constitué par la conférence régionale consultative mise en place par Christian Estrosi, après le retrait de la liste socialiste aux régionales 2015. Elle avait tenu deux séances plénières en un an et demi, entrecoupées de portes claquées, avant d’être abandonnée par Renaud Muselier à son arrivée à la présidence de la région. “Ce n’est pas tout à fait superposable. Au niveau local voire micro-local, je suis persuadé que des choses peuvent remonter par l’opposition”, commente Mohammed Bensaada. “C’est sûr que s’il n’y a plus personne du monde politique, on verra ce que l’on fait. Mais je crois que la liste de Jérémy Bacchi restera, ils sont dans une logique de coopération”, estime Gérard Chenoz.

“Il faut une passerelle avec la gouvernance municipale”

Du côté de Julien Rossi, on s’attelle plutôt à reproduire l’idée en dehors de la mairie de secteur. “Mes colistiers sont partants, j’ai vu que Mohammed Bensaada a fait un communiqué dans ce sens là, j’ai été contacté par des associations, des citoyens de la Busserine. Sur les trois listes de gauche on a 144 personnes, si on rajoute des citoyens, on a déjà de quoi faire une équipe de combat.” “On est une douzaine sur la liste à être dans cette optique, d’une vraie association de gauche plutôt qu’une opération de communication”, confirme Florence Masse. Avec l’objectif de s’adresser davantage à la mairie centrale qu’à celle du secteur. “Ils n’ont pas d’élus sur ce territoire, il faut une passerelle avec la gouvernance municipale. La victoire a été pour nous un bonheur. Mais aujourd’hui le Printemps marseillais doit se tourner vers le nord-est…”

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Commentaires

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  1. Freddo69 Freddo69

    Fallait pas se retirer…
    Le retrait de Julien Rossi a donné à Martine Vassal un nombre de voix non négligeable. Et a bien failli faire perdre la mairie à Michelle Rubirola.
    Ils ont privé les électeurs du 13/14 d’un vrai choix au second tour…

    Et maintenant on doit se farcir la team vassal pendand 6 ans.

    Merci bien

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    • 147 147

      Oui sans compter les lourdes conséquences sur la Métropole. Pour exemple, le vice-président en charge de la politique de la ville est un élu LR du 13-14.

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    • Assedix Assedix

      C’est Jérémy Bacchi et non Julien Rossi qui porte la responsabilité d’avoir retiré la liste PM.

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    • kukulkan kukulkan

      perso je trouve ça très beau de s’être retiré et d’avoir gagné quand même ! plus de FN en mairie de secteur ce n’est peut être pas important pour vous mais pour toutes les minorités ça l’est !

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  2. BRASILIA8 BRASILIA8

    si les élus faisaient confiance aux électeurs plutôt que de se livrer à ces”combines” du genre je me retire au nom d’un prétendu front républicain mais en échange …
    on n’en serait pas là
    c’est aux électeurs de décider pas aux partis politiques

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    • julijo julijo

      Aaah le “front républicain” Aaaaah le “vote utile” !!!!! On a pourtant les preuves, historiques, récentes, multiples que ça ne profite à personne, jamais aux électeurs concernés, et à peine à l’élu propulsé !
      Et effectivement ça provoque des envies de combines peu ragoutantes et incompréhensibles parfois pour l’électeur.
      Je trouve ces “retraits” de candidats pour “faire barrage” est une idiotie politique.
      Preuve en est, c’est donc chenoz qui est semble-t-il en pilotage de l’opération !!!!!
      Hé ho, “chenoz” !!!! c’est pas le perdreau de l’année…il a une histoire dans la vie des marseillais..il y a des traces.. ils sont devenus amnésiques à “gôche” ?????

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  3. petitvelo petitvelo

    Après avoir constaté ce que LR fait en remerciement du “front républicain” pour les dernières régionales, il fallait être bien naïf pour y croire … mais il s’agissait peut-être de calculs plus complexes que le nouveau sénateur Bacchi pourrait nous détailler.

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  4. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    Nul doute qu’il n’y a aucune arrière-pensée quand la droite prétend “tendre la main” à une gauche qu’elle a décrite comme une bande de voyous désireux de mettre le chaos à Marseille. Il y a des affiches et des propos qui ne peuvent pas s’oublier, même et surtout s’ils reflètent une perte de sang froid durant la campagne électorale.

    Cette dernière a été l’occasion pour la droite de nous faire de jolis mensonges sur sa conversion à la démocratie participative, après avoir montré et démontré pendant un quart de siècle son mépris pour toutes les structures associatives où se trouvent des citoyens.

    Le fait que la “main tendue” soit incarnée par Chenoz en dit long sur la crédibilité de cette démarche.

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  5. vékiya vékiya

    Quand la “gauche” va t-elle comprendre que cette stratégie de front républicain n’aura jamais de réciprocité. Sauf permettre à Bacchi d’être sénateur, c’est déjà pas mal pour lui. C’est une main tendue dans la gueule.

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  6. Manipulite Manipulite

    Bachi s’est retiré au profit du général Galtier dont on n’a toujours pas démontré la différence avec les idées du FN. On fait semblant de croire que c’est le front républicain.
    Bah ! le jeune Bachi est sénateur et Bensaada sort du néant à moins de 5 % aux élections.
    Tous ces gens ont failli planter toute la gauche aux municipales.

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  7. petitvelo petitvelo

    L’idée d’une mairie de secteur “officieuse” est plaisante, elle préparerait une sortie de cette entourloupe des élections par secteur.

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  8. Pascal L Pascal L

    Julien Rossi, il est de gauche ???
    Eh be !
    Ils n’ont pas “failli planter toute la gauche aux municipales” comme dit Manipulite, ils ont réussi … et ils ont touchés les dividendes.
    Et ils continuent leur job : se placer “quoiqu’il en coûte”

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  9. pierre pierre

    merci Julien Vinzent! Votre article démontre bien l’angélisme de certains de nos leaders du PM (ou la duplicité de certains autres?). Angélisme coupable car il s’est fallu de peu qu’il nous coûte la victoire! Espérons que les angéliques aient appris dans cette affaire!

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