Alteo joue avec les lignes pour mesurer l’impact de ses rejets polluants en Méditerranée

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Julien Vinzent_
19 Juil 2017 4

L'usine d'alumine de Gardanne a été rappelée à l'ordre par le préfet concernant son programme d'étude sur l'impact de son rejet en mer. En cause, le retrait de capteurs de mesures contre l'avis des experts chargés de superviser ces recherches.

crédit : LC

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Mise en demeure. Le terme claque régulièrement pour l’industriel Alteo, qui exploite l’usine d’alumine de Gardanne. Le 23 juin, le préfet des Bouches-du-Rhône a signé un arrêté à l’encontre de l’entreprise au cœur du dossier des boues rouges, le cinquième depuis le renouvellement fin 2015 de son autorisation d’exploitation. Les services de l’État ont cette fois-ci constaté que “la société a retiré ses lignes de mouillage de suivi de la qualité des eaux avant la fin d’un cycle annuel et n’a donc pas respecté l’accord du préfet (…) qui demandait que, pour les lignes de mouillage, des mesures soient effectuées sur un cycle annuel”.

Derrière ces formulations un peu techniques, le préfet rappelle à l’ordre Alteo sur la mise en œuvre du programme d’études et de suivi de l’impact de son rejet d’effluents liquides imposé par un arrêté de décembre 2015. Les lignes de mouillage en question sont “bardées de capteurs” et réparties “tout au long de la colonne d’eau” – c’est-à-dire à des profondeurs variées – explique Éric Duchenne, directeur opérationnel d’Alteo. Elles permettent ainsi d’“évaluer la dispersion du rejet dans le milieu naturel. Dans notre dossier de demande d’autorisation, nous avions fait une modélisation. Le conseil scientifique du parc national des Calanques nous a demandé de valider cette modélisation avec le rejet actuel, qui n’existait pas à l’époque.

La théorie et la pratique

En passant des boues rouges aux effluents liquides, l’industriel assurait en effet réduire drastiquement la pollution et donc l’impact sur le milieu naturel du canyon de Cassidaigne. Mais il avait été critiqué pour le caractère théorique des évaluations. Le comité de surveillance et d’information sur les rejets en mer (CSIRM), composé d’universitaires (lire notre article), l’a rappelé sèchement dans son avis sur le programme d’études, rendu en mai 2016 :

Compte tenu des nombreuses incertitudes qui caractérisent ce modèle, qui a été très critiqué lors de l’analyse du dossier de demande d’autorisation d’exploiter, les experts du CSIRM soulignent le besoin de “vérités terrain” pour caler la modélisation.

Éric Duchenne ne nie pas ce débat sur la méthode à adopter pour mesurer l’impact du rejet. “On nous demande de caractériser la dispersion sur un cycle annuel. Le CSIRM a une approche simple en disant qu’il faut mouiller les lignes pendant 12 mois. Nous avons une approche qui s’appuie sur les conditions caractéristiques de la Méditerranée dans cette zone et qui distingue sept conditions type (mistral, température etc.), cinq hivernales et deux estivales”, détaille-t-il.

Désaccord tranché par le préfet

Autrement dit, aux mesures “en continu” réclamées par le CSIRM, Alteo a préféré des mesures ponctuelles. “Nous avons remonté les lignes [mi-avril, ndlr] après avoir observé les cinq situations hivernales et nous avions prévu de les remettre cet été.” Ce qui sera fait cette semaine, précise Alteo, qui se conforme par là-même avec le délai d’un mois fixé par l’arrêté de mise en demeure.

Dans ce débat, les services de l’État ont donc tranché, en donnant du poids à l’avis du CSIRM. “Le programme de suivi sera maintenu un an sauf si le CSIRM juge que les résultats des mesures présentés permettent de bien appréhender le rejet en mer”, nous précise la préfecture par écrit, pour qui l’arrêté vise seulement à “bien encadrer les conditions de pose et dépose des lignes de suivi en immersion”, notamment “au vu des premiers résultats” communiqués par Alteo.

Cet arrêté est évoqué en une simple ligne dans le communiqué qui a suivi la dernière commission de suivi de site, qui réunit des représentants de l’industriel, de l’État, des collectivités locales et des associations. Ce contentieux tranche en tout cas avec le bilan plutôt positif tiré de cette réunion, début juillet. “Les contrôles effectuées confirment la baisse des concentrations de polluants rejetés”, se félicitait la préfecture dans son communiqué. Les documents publiés à cette occasion (voir ci-dessous), montrent toutefois qu’elles sont encore plusieurs dizaines de fois supérieures aux normes nationales pour l’aluminium.

“C’est la difficulté principale puisque notre métier c’est de fabriquer de l’alumine, mais on arrive à se rapprocher de manière surprenante. Et à côté de cela, on a beaucoup travaillé sur nos pilotes”, commente Éric Duchenne. L’industriel a jusqu’à 2021 pour trouver une solution de traitement complémentaire applicable à l’échelle industrielle. Quant à l’évaluation de l’impact du rejet sur son environnement, un premier bilan doit être fait d’ici la fin de l’année.

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