Voyage à l’œil

Idée de sortie
le 26 Fév 2021
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Marseille-1991-©-Bernard-Plossu-2

Marseille-1991-©-Bernard-Plossu-2

Lors de son arrivée à Marseille en 1991, Bernard Plossu, dont les photographies ont trouvé leur public depuis 1965 suite à un voyage au Mexique, bénéficie de deux commandes : l’une du Conservatoire du Littoral et l’autre de la Régie des Transports de Marseille. Muni d’un Nikkormat, un 35 mm en noir et blanc, il emporte également avec lui son Agfamatic, un petit appareil aux allures de gadget pour enfants, chargé d’une douzaine de cassettes couleurs. Après avoir arpenté la ville accompagné de ses deux appareils, il optera pour le voile poétique nappant les photos obtenues à partir de l’Agfamatic. Il les tirera dans un premier temps en noir et blanc, puis, plus récemment et après avoir redécouvert les contacts initiaux au travers de la couleur, en une série inédite au format carré.

Dans la série Marseille en autobus, Bernard Plossu nous restitue des trouvailles récoltées lors de ses traversées quotidiennes de la ville en bus, là où grouillent les histoires courtes et les possibilités de rencontres qui se formeront le temps d’un trajet. Du noir et blanc émergent les contours chauds et ondoyants d’une Marseille en transition perpétuelle. Les espaces transitoires, le mouvement, c’est ce qui l’intéresse, lui qui a digéré durant sa jeunesse les images de corps et de postures libérés par le cinéma de la Nouvelle Vague dans les années 60. Dès lors, habité par l’esthétique du mouvement et la beauté des formes nues, à l’instar de celles qu’aura inventées Bresson pour le septième art, il investit entièrement son corps dans sa pratique de la photographie. C’est avec lui qu’il photographie.

Son appareil, toujours avec lui, n’agit que comme un prolongement. Il n’est qu’une sorte de prothèse interchangeable, un outil extensif. En troquant volontiers une technique pour une autre selon l’objet qu’il photographie, Bernard Plossu nous atteste de la primauté du regard sur la technique. Ses séries exposées à la Galerie Territoires Partagés en témoignent : le photographe ne laisse pas son regard se conditionner selon un seul appareil ni même un cadrage ou un sujet de prédilection. Ce qui titille son œil aventureux, c’est cette affaire de mouvement ; l’idée d’un voyage au cœur des choses, d’un saut dans le tourbillon de l’instantané. Les formats réduits, comme de petites loupes ajustées qui nous permettraient de mieux voir, resserrent notre attention au plus proche des pans de l’intime. Marseille ne nous aura ainsi jamais semblé aussi familière.

Elena Salougamian

Bernard Plossu – Marseille Inédit : jusqu’au 3/04 à la Galerie Territoires Partagés (81 rue de la Loubière, 5e).
Rens. : http://artccessible-territoires-partages.blogspot.fr et www.laphotographie-marseille.com 

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