VŒUX À MARSEILLE

Billet de blog
le 2 Jan 2026
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Pour une fois, cette chronique sera pleinement et clairement engagée. C’est que nous sommes devant une véritable urgence. Dans quelques mois seulement. Marseille va renouveler son conseil municipal et se donner un nouveau maire. C’est le moment où la gauche ne doit pas faire d’erreurs. C’est le sens que j’ai voulu donner aux vœux que je vous présente aujourd’hui.

L’échec d’Euroméditerranée

Euroméditerranée symbolise, à lui tout seul, les échecs de la politique urbaine de Marseille. Alors que ce projet avait été conçu bien avant son retour au pouvoir municipal, la gauche a poursuivi la mise en œuvre de ce projet qui n’en est pas un. Mais, si j’en parle ici, c’est qu’il occupe tant de place dans les paroles et les confrontations politiques et qu’il mobilise tant de moyens, c’est que ce nouveau quartier se veut un grand projet urbain de nature à susciter les passions. Mais, en réalité, il fait partie de ces opérations urbaines propres à accroître les inégalités en donnant l’illusion de construire un nouveau quartier. Alors que ce projet avait été conçu pour donner l’illusion d’effacer la frontière entre les quartiers Nord et les quartiers Sud ou d’en atténuer la gravité, Euroméditerranée a aggravé la séparation et le clivage entre les deux Marseille, la Marseille des riches et celle des pauvres – car c’est bien de cela qu’il s’agit. Mes vœux seront alors, aujourd’hui, qu’on en finisse avec cette aberration d’urbanisme et d’aménagement et qu’au moins ses incidences négatives sont limitées.

 

Une ségrégation sociale aggravée

Une des urgences à laquelle devront faire face, acteurs et futurs élus de la gauche, il y a l’importance d’en finir avec la ségrégation qui sépare les deux Marseille. Si la gauche a bien un rôle à jouer, c’est celui-là. La gauche avait été imaginée pour concevoir des politiques de solidarité afin d’en finir avec la division entre les quartiers riches et les quartiers pauvres, entre le Sud et le Nord. Mais, pour ne parler que de l’après-guerre, les municipalités Defferre et Vigouroux n’en ont pas eu la volonté véritable, les municipalités Carlini et Gaudin n’en ont pas eu le projet et les municipalités Cristofol et Payan n’en ont pas eu le temps. Depuis la guerre, la division sociale entre les quartiers n’a fait que s’accroître, aggravée, de plus par les impératifs du transport, ceux du logement et ceux de l’aménagement. C’est donc à cette aggravation des inégalités que la gauche marseillaise doit répondre et à en finir réellement avec elles que la municipalité issue des élections devra s’atteler.

 

Concevoir une nouvelle politique des transports et de la circulation

Il n’y a pas de véritable politique des transports et de la circulation dans la métropole marseillaise, alors que cela fait partie des attributions et des pouvoirs des autorités métropolitaines. L’élection municipale de 2026 est l’occasion d’élaborer et de projet un véritable projet d’organisation des transports de nature à s’inscrire dans la globalité de la politique urbaine et métropolitaine. D’abord, il importe de donner plus de liberté aux piétons, qui doivent cesser d’avoir peur en marchant le long des trottoirs et des rues : les trottinettes et les motos ont envahi tout l’espace de la circulation sans la moindre limite et en-dehors de toute réglementation. Or les piétons sont les seuls à pouvoir circuler sans porter atteinte à l’environnement. Les transports en commun sont mal organisés et sont proposés en nombre insuffisant. Le métro n’existe pratiquement pas et les tramways n’ont pas répondu à leurs promesses. C’est l’autre urgence de la future politique métropolitaine.

 

L’insuffisance de la politique de l’environnement et de celle du logement

« Écologie » est un mot qui semble ne pas exister dans la langue politique marseillaise. Il y a tant à faire, à commencer par la partie la plus élémentaire de la politique environnementale : la propreté et l’hygiène des rues et des espaces publics. Sur ce plan, la métropole n’a aucune politique et la municipalité doit améliorer la politique qu’elle met en œuvre : la qualité de vie dans la ville sera l’un des marqueurs de la politique issue de l’élection municipale de 2026, associée à la politique des transports et à celle du logement, car l’écologie est aussi cela : rendre possible la vie dans la ville et faire de l’espace urbain un espace de société, de qualité et de plaisir.

 

La politique de la culture

La culture est un élément majeur de la politique urbaine, car elle fait partie de la qualité de vie, mais aussi de la préoccupation municipale pour la solidarité urbaine. Or ce domaine semble, lui aussi, éloigné des préoccupations des pouvoirs locaux d’aujourd’hui. Les projets des candidats à l’élection municipale devront donner une place plus grande à la politique des spectacles, à la place du cinéma dans la vie urbaine, à la recherche d’une politique de création et à une véritable politique de diffusion de l’art et de ses œuvres, qui aille au-delà des rares musées encore présents à Marseille, dont le projet est trop conservateur et trop réservé à des classes sociales qui se prennent pour des élites. 

 

Les menaces qui pèsent sur la ville

Ne nous trompons pas : la menace n’est pas seulement, comme on tente de nous le faire croire, celle du R.N. et de l’extrême droite. La menace est aussi celle de M. Vassal et de son clan. C’est toute la droite, extrême ou simple, qui menace la ville de la détruire, d’en finir avec son projet, de la rendre inhabitable, élitiste, aveugle et sourde, sans projet et sans idée, sans futur et sans véritable politique de la ville, dans laquelle puissent se reconnaître et se retrouver toutes et tous celles et ceux qui vivent à Marseille. C’est pour cela que l’heure n’est plus aux petites bisbilles, aux petites scènes de ménage, aux petites rivalités minables qui risquent de séparer la gauche. Si la gauche veut être à sa place lors de l’élection municipale, elle doit, dès maintenant, être unie. Comme le dit bien un groupe de réflexion que je connais bien, la gauche marseillaise doit se réinventer, car, sinon, le choix ne sera plus entre la gauche la droite, mais entre la droite et l’extrême droite. Au train où vont les choses, c’est bien de cela qu’il risque de s’agir à l’occasion de la prochaine élection.

 

Imaginer une ville pour tous et pour tous

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : nous devons, ensemble et avec la prochaine municipalité, inventer un nouvel urbanisme destiné à toutes celles et à tous qui vivent à Marseille. Une ville pour toutes et pour tous est une ville où chacune ou chacun peut se retrouver et vivre avec les autres dans une ville apaisée, sans violences et sans destruction de l’espace urbain. Imaginer une ville pour toutes et pour tous est l’urgence véritable de la prochaine municipalité. C’est pour cela que, dans ces vœux pour les élections municipales, j’interpelle les candidats pour qu’ils cessent de regarder ailleurs, mais qu’ils donnent toute sa place à ce qui doit être leur premier impératif : Marseille doit se retrouver, retrouver son histoire et son identité, elle doit redevenir une ville, un espace d’égalité et de solidarité. Pour cela, l’urbanisme, la politique du logement, la politique de la culture sont les instruments essentiels qui doivent s’inscrire dans le projet et l’action de la municipalité issus de la prochaine élection municipale. Mais nous ne parlons pas, ici, de politique de partis et de candidats, nous ne parlons pas seulement d’une élection : nous parlons de l’urgence de la vie urbaine, à laquelle l’élection municipale doit contribuer. Marseille semble avoir disparu : nous devons la retrouver, prendre à la ville l’identité et le projet qu’elle n’a pas cessé de forger au cours des siècles. La vérité de l’élection municipale de cette année se trouve aussi racontée par l’histoire de la ville.

 

Vœux à « Marsactu »

Mais je n’oublie pas où j’écris. Mes vœux ne concernent pas seulement la vie, ses projets, ses échéances, ses menaces aussi. Je formule aussi des vœux faits à la fois de politique et d’affection à « Marsactu ». Notre journal a acquis une importance et une stature qui ne se discutent pas dans l’espace public marseillais. Mes vœux seront que cette force se développe encore, que d’autres activités viennent encore diversifier les activités de notre journal, et, ainsi, l’enrichir : je pense, en particulier, à l’édition. Mes vœux à « Marsactu » sont, bien sûr, que le journal soit sûr d’avoir encore davantage de moyens pour des ambitions encore plus grandes, que l’équipe continue de se renforcer et de s’accroître. À « Marsactu », je souhaite une longue vie de rencontres et de débats, afin que grâce à notre journal, Marseille ne cesse pas d’avoir sa voix et ses mots.

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