Sylvabelle 7 Au bord de la falaise

Billet de blog
le 10 Mai 2020
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Déjà trois semaines depuis mon dernier billet. Trois semaines de train-train quotidien, d’habitudes nouvelles, de promenades dans tous les chemins et les escaliers de mon quartier, de gym par internet, de hauts et de bas, de dynamisme et de paresse. C’est comme si on se laissait bercer par les discours continus sur le coronavirus ou le covid-19, le nombre de morts et de personnes en réanimation, la situation dans les autres pays et selon les moments, l’accès ou non aux masques, les bienfaits de la chloroquine ou la nécessité du dépistage. Evidemment, la confusion s’installe du fait de l’absence de compétence sur tous ces sujets. Heureusement, nous avons été distraits de ces « informations » par la communication présidentielle sur la date du déconfinement. Tous les propos médiatiques se sont centrés sur ce nouveau grand problème et tous les aspects polémiques dont il est porteur. Les allocutions du premier ministre ont été disséquées et réinterrogées à l’infini. La communication s’est renouvelée sans que l’on quitte pour autant le centre de toutes nos préoccupations.
Toutefois, on peut dire que l’ensemble des questions brulantes liées au déconfinement a permis de voir que la population a changé profondément de rapport à la maladie. Alors qu’au début du confinement, on était stupéfait, incrédule et déconcerté, on voit nettement maintenant qu’on croit au Covid-19, à ses effets catastrophiques et à la nécessité de s’en protéger car c’est la peur qui domine les réactions de sortie du confinement. La question de la prévention des risques est générale et se porte sur les aspects les plus invraisemblables de la vie quotidienne. Certains craignent de reprendre le travail ou les transports en commun ou les déplacements doux dans la ville ou les dangers qui s’abattront sur leurs enfants ou leurs aînés, etc… D’autres s’enfoncent dans des stress ou des déprimes liés aux difficultés de la solitude, de la pauvreté, de la trop grande proximité familiale, etc. D’autres encore se font les cassandres d’un monde d’après terrifiant voire apocalyptique… Il est certainement plus difficile de sortir de la situation protégée des maisons que d’y entrer.
Dans la gestion politique de la crise, tout a été transgressé dans des proportions inouïes : le taux d’endettement de l’Etat, le paiement du chômage partiel, le logement des sans-abri, l’alimentation des plus vulnérables, la transformation des systèmes de santé, l’usage des voitures, le rapport à l’extérieur, les pratiques de loisir, etc… Il paraît clair pour tous que cela ne durera pas éternellement et que la fin du confinement marquera probablement la fin des solidarités.
Nous nous trouvons donc, en ce dernier jour de confinement, au bord de la falaise. Après avoir gravi le chemin improbable du confinement, nous sommes arrivés sur un vaste plateau où seuls les problèmes immédiats étaient gérés, et tout particulièrement ceux de la santé. La traversée a été plus ou moins chaotique, plus ou moins confortable. Elle a laissé des gens sur la route et épuisé les personnels de santé mais nous sommes maintenant au bout. Y-a-t-il des sentiers raisonnables pour redescendre dans le quotidien ? Faudra-t-il aborder des voies d’alpinisme qui ne s’ouvriront pas de la même façon pour chacun ? Y-a-t-il encore une plaine féconde en bas ? Aurons-nous des parapentes pour tous ? …
La métaphore est à peine forcée, tant la situation d’après comporte d’inconnu. Les intellectuels et les politiques ont pourtant donné de la voix tous ces temps derniers pour nous expliquer la reprise, l’organisation, le redressement ou le désastre, le désordre et l’effondrement. Mais tout fait peur : le retour aux valeurs du libéralisme financier antérieur ou la nécessité de mesures écologiques de lutte contre les méfaits de l’humanité. Rien ne semble acceptable, ni l’injustice sociale ni le partage des biens, ni les révoltes d’avant ni les transformations radicales.
Que l’on espère un retour au monde d’avant à l’identique ou un retour raisonné à des valeurs humanistes ou que l’on souhaite un bouleversement de ces valeurs trop anthropocentrées ou trop inégalitaires, on ne sait que penser, que faire, que choisir, que construire et c’est pour cela qu’on n’est pas loin de penser, qu’arrivés au bord de la falaise, nous risquons bien de ne faire qu’un grand pas en avant !

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