Stillwater ou Marseille dans les yeux de son extraordinaire banalité

Billet de blog
le 1 Nov 2021
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Cette semaine, on a vu le thriller hollywoodien qui se passe à Marseille

On a vu Stillwater, le thriller américain de Tom McCarthy, avec Matt Damon, présenté au dernier festival de Cannes. Le réalisateur oscarisé explique avoir été marqué par l’affaire Amanda Knox en 2007. En Italie pour un voyage d’étude, cette étudiante américaine découvre sa colocataire poignardée dans leur appartement. Reconnue coupable du meurtre, elle est condamnée à 26 ans de prison, avant de se voir innocentée à l’issue de 4 ans de détention. McCarthy s’est « demandé ce que cela pouvait représenter pour un étudiant américain de partir [en Europe] pour ce qui devrait être l’un des moments les plus excitants de la vie d’un jeune adulte et de se retrouver mêlé à cette tragédie. (…) Quelle est l’histoire autour de l’histoire ? » Pour raconter son histoire, très différente de l’original à l’exception du point de départ, il situe la scène non à Pérouse, mais à Marseille. À la recherche d’une ville portuaire européenne, sa rencontre avec des scénaristes français et les romans de Jean-Claude Izzo l’ont conduit vers Marseille :

« Il m’a suffi de me rendre une fois à Marseille pour savoir que j’avais trouvé ma ville portuaire. L’atmosphère et les couleurs de la ville étaient, de toute évidence, cinématographiques – et le mélange de cultures, comme le rythme de cette métropole méditerranéenne, me semblait être le cadre idéal du film. »

Le film montre une ville familière et singulière. On ne se souvient pas avoir vu ce Marseille au cinéma qui mêle avec autant de justesse, les stéréotypes les plus éculés (de la gare, aux Calanques, le stade ou les cités des quartiers nord) et une distance froide à l’égard d’une ville réduite à sa banalité. Le personnage principal – Matt Damon, le père de la jeune fille emprisonnée – atterrit dans cette ville sans affect, ni intérêt. Il est ailleurs, de sa petite ville d’Oklahoma, Stillwater, pour prouver l’innocence de sa fille. Venant, il l’est autant que Virginie (Camille Cottin) fraîchement installée à Marseille et qui lui en fait découvrir les recoins. Arrivé à l’Estaque (?), il s’emmerde, préoccupé par son affaire. Dans la ferveur du stade, pareil, il préfère mener l’enquête. La représentation de Marseille parvient à ne jamais verser dans le pittoresque sans pour autant faire d’entorse à l’authenticité (personne n’avait encore filmé les virages du Vélodrome avec autant de réel). Et pourtant, quelque chose cloche. Le héros si caricaturalement américain (un roughneck qui possède des armes et se prénomme Bill) ne mord pas à ce Marseille. Et quand l’avocate lui annonce que  « ça pourrait seulement arriver à Marseille », son visage déconfit montre tout ce que cette ville supposément extraordinaire lui procure.

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