QUELLES AILES POUR LE GABIAN ? (1)

Billet de blog
le 20 Fév 2026
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Quelle municipalité va entraîner Marseille sur ses ailes ? Nous allons donc bientôt choisir le maire et l’équipe municipale qui va piloter Marseille pendant les six années qui viennent. Mais savons-nous vraiment quelle municipalité va faire la loi dans la ville ?

Le nouveau ou la nouvelle maire

Nous commençons maintenant à le savoir, car cela a été dit un grand nombre, de fois, mais rappelons tout de même ce qui a changé avec la nouvelle loi sur les élections municipales : au lieu d’être élu par un conseil municipal que nous avions désigné auparavant, la maire ou le maire va être, comme le Conseil municipal de Marseille, élu au suffrage universel direct : autrement dit, c’est nous qui allons choisir nous-mêmes la maire ou le maire et l’exécutif qu’il va diriger au lieu de confier au Conseil municipal la mission de la ou le choisir. C’est un changement important d’abord parce que ce nouveau mode d’élection va rapprocher le pouvoir municipal des habitantes et des habitants de la ville. Il n’y aura plus, entre le pouvoir et nous, cette sorte d’intermédiaire qui atténuait la visibilité de sa fonction, et, surtout, nous serons impliqués nous-mêmes dans cette désignation, au lieu de l’être, en quelque sorte par procuration, comme c’était le cas. L’autre importance d’un tel changement est que, de ce fait, nous serons plus impliqués qu’auparavant dans cette élection : nous serons nous-mêmes responsables du choix de l’exécutif municipal et, s’il y a des erreurs, ou si la politique municipale n’est pas celle que nous souhaitons, comme nous le savons, nous n’aurons qu’à nous en prendre à nous-mêmes. Enfin, cette relation directe avec la maire ou le maire va accentuer la personnalisation du pouvoir municipal. Que cela soit un bienfait ou un défaut, le fait est là : l’autorité de la maire ou du maire sera d’autant plus renforcée que sa personne jouera un rôle plus important dans l’élection. Élu (e) au suffrage universel direct, la maire ou le maire donnera à l’exécutif un visage. Même si la maire ou le maire était connu(e) de tous, ayant été la tête de la liste élue, entre sa personne et nous, il y avait la distance de l’institution qui l’aurait élu(e). Sans doute un dérapage comme celui de la désignation de B. Payan, en 2020, alors que Michèle Rubirola était la tête de liste ne sera plus possible, ou, à tout le moins, sera plus difficile.

 

« Faire la loi »

C’est le rôle de la maire ou du maire. Elle ou il a, ainsi, quelque chose à voir avec le shérif des westerns. C’est que nous devons ne pas nous tromper, à propos de l’exécutif municipal comme à propos de l’exécutif national : le pouvoir de faire la loi est partagé entre l’exécutif et le parlement, chargé du pouvoir législatif. La séparation entre les deux pouvoirs n’a jamais été très nette, mais elle l’est de moins en moins. Dans ces rôles, celui de la maire ou du maire sera renforcé. Cela tient, d’abord, à la personnalisation du fait politique : il est bien sûr plus facile à une personne d’incarner le pouvoir législatif qu’à un parlement d’environ mille membres (si l’on ajoute le Sénat et l’Assemblée) ou de cent élus à Marseille. L’accentuation de la personnalisation du politique, renforcée par l’importance des médias, est venue renforcer cette figure du responsable de l’exécutif en lui donnant aussi une responsabilité nouvelle dans la conception et l’élaboration des lois ou des règlementations dans le cas de la ville. Si la maire ou le maire fait la loi, c’est parce qu’il dirige la majorité du Conseil municipal dont le rôle est de débattre, et non de décider. La répartition des rôles entre la maire ou le maire et le Conseil municipal est là : l’exécutif agit et le Conseil municipal parle, il discute. On peut, tout de même, ajouter, qu’il contrôle et qu’il valide les choix de l’exécutif municipal. Mais il faut se rappeler que cette expression, faire la loi, a deux significations : il s’agit de concevoir et d’élaborer la loi, comme le fait la maire ou le maire en la soumettant aux débats et aux échanges du Conseil municipal, mais il s’agit aussi, de faire passer la loi dans les actes, dans la réalité de la vie urbaine. En ce sens, la maire ou le maire fait la loi. C’est pour cela que c’est nous qui la ou le choisissons : son élection au suffrage universel direct renforce la légitimité dont elle ou il a besoin pour faire la loi.

 

Repenser l’espace de la ville

Le rôle, essentiel, de la maire ou du maire est, d’abord, imaginaire : nous lui confions le rôle d’imaginer la ville, de trouver les formes, les aménagements, qu’elle aura dans le futur. La politique est le domaine qui nous fait ainsi le mieux comprendre que le futur n’est pas un temps, qu’il est hors du temps. Il est hors du temps car il n’existe que dans notre imagination et dans nos projets. C’est pourquoi le débat engagé à l’occasion des élections municipales est fondamental : ce débat est une confrontation entre les divers imaginaires qui se présentent à nous. Et, d’abord, encore faut-il que celles et ceux qui souhaitent devenir maire aient un imaginaire, soient en mesure de nous proposer des conceptions de la ville qu’elles ou ils ont forgées avant les élections, car nous n’aurons pas à choisir entre des réalités, mais entre des idées. Bien sûr, dans le débat, l’évaluation, le bilan des réalisations du mandat qui s’achève et des actions du maire  et de l’exécutif sortants jouent un rôle important, mais l’élection repose, en réalité à la fois sur ce bilan et sur la comparaison entre les imaginaires. C’est pourquoi il ne s’agit pas seulement de penser l’espace de la ville, mais aussi de le repenser. Cela a trois enjeux importants. Le premier est écologique : Marseille est plongée dans une crise aiguë de son environnement due à l’aggravation de la pollution et la future majorité municipale aura à imaginer des méthodes pour permettre de nouveau à Marseille de respirer. Le second consiste dans le logement. Comme l’environnement, le logement est en crise à Marseille, à la fois parce qu’il s’est de plus en plus dégradé et parce qu’il est urgent de faire face à cette dégradation, mais aussi parce que que les habitantes et les habitants de sa ville sont confrontés à une autre urgence : celle de la crise de l’économie du foncier, de la construction et de l’aménagement de nouveaux espaces habitables dans la ville. Le troisième enjeu de ces élections est institutionnel : le bilan de la relation entre la ville et la métropole est désastreux, et il importe de faire retrouver à Marseille la place que la ville devrait avoir parmi les acteurs de la métropole et dans les pouvoirs qui s’ y affrontent. Pour repenser l’espace de la ville, il faut en finir avec les querelles de clochers, de constructions et d’aménagement, et le premier travail du nouvel exécutif sera d’élaborer une nouvelle organisation de la métropole, pour Marseille et pour les communes qui en font partie, fondée sur un nouvel équilibre des rôles et des pouvoirs. Ne nous trompons pas : il est devenu véritablement urgent de repenser l’espace de la ville et les acteurs chargés de le concevoir et de mettre en pratique ces conceptions nouvelles. Le gabian a du pain sur les ailes…

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