Passion camion

Billet de blog
le 4 Sep 2016
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L’odeur. C’est par elle que naît toute relation avec le camion pizze. Elle caresse les narines du marcheur à plusieurs dizaines de mètres à la ronde, à l’instar du fournil de quartier matinal. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si bon nombre de pizzaiolos en camion furent un temps d’anciens boulangers fatigués de leur sort de sédentaire. Ma mère vous le dira : l’attention que je porte à la pizze en camion frise l’addiction. J’ai tant visité cette invention marseillaise (c’était en 1962, par un certain Jean Meritan avec un four à bois embarqué sur une remorque, le tout tracté par une camionnette) que j’ai en tête des souvenirs très précis.

L’autre samedi, je vis le nonchalant Eric et sa boucle d’oreille en train de garer son véhicule couleurs marines place Notre Dame du Mont (Massila Pizza). L’horloge numérique de mon téléphone indiquait 18h35. Trois jours plus tôt, même lieu mais pas même heure (17h41), Luc-Gaston, maître-artisan et patron de la fédération de la profession, me servait une portion fromage, en portefeuille  (notons ici que c’est une tradition napolitaine spécifiquement perpétuée dans la cité phocéenne. A Jonzac en Charente Maritime, où j’étais cet été, point de part au camion pizze). Des histoires là-dessus, j’en ai à la pelle. Comme avec Gérald dit « Gé », enfant de Beauregard à qui j’ai consacré un papier dans un magazine local pour lequel je fus chroniqueur gastronomique. Chez lui, boulevard Blancarde, la pizze est énorme, toute en longueur. Plus tard, j’aurai Francis au bout du fil, teneur d’un camion de 1967 à 1992. Il me racontera une heure durant l’histoire du camion pizze, comment le syndicat dont il est membre d’honneur vit le jour dans l’objectif de réglementer un métier malmené par un nombre croissant de camions clandestins (la ville compte moins de 60 camions désormais contre 225 à l’époque).

J’aurai adoré écrire un recueil de chroniques sur les camions phocéens, que je ne fréquente malheureusement pas tous faute de connaître l’ensemble des emplacements. Tous ont presque sont aujourd’hui artisans et ont leur propre vision de leur  bébé, certains l’aiment chaud comme dirait l’autre, d’autres sous-cuit, géant (45 centimètres de diamètre), épais, toute en finesse, que chacun appréciera. Il n’y a qu’une poignée que je me refuse à recommander comme Pizza Roman place Castellane les jours de marché. Il se murmure que l’une des meilleures pizze se monnaierait place Sébastopole (Pizza Charly). D’autres vantent les mérites de la Royale à la Pointe-Rouge. C’est que la pizze en camion est à l’image de Marseille : une affaire de villages. Elle est aussi une présence maternelle, rassurante, se fait mobilier urbain quand la lumière se tait ici et là,  brasse toutes les populations, de l’avocat pénaliste au tourneur fraiseur quand elle n’appelle pas à la visite multiple. Combien de fois ai-je vu des adolescents, moi compris, payer pour une « brousse-champignons » et revenir quelques minutes plus tard pour une « crème » ?

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