Municipales et métropoles : les dangers du « RN vapeur »
Dans les petites et moyennes villes de la métropole (en tout cas la nôtre), le RN est parfois absent de la campagne, mais les candidats multiplient les clins d’œil. Des maires ayant mené une campagne « républicaine » à la ville s’aligneront-ils en masse derrière le RN dès la première séance de la Métropole ? Comment donner ce risque à voir aux citoyens ?
Ne demandez pas à un Provençal s’il sait ce qu’est la vapeur d’eau : en ce mois de janvier historiquement pourri, l’humidité s’invite partout dans les rues et les maisons. Invisible, la vapeur d’eau sature l’espace, crée de vagues sensations d’inconfort, et parfois elle se révèle, condensée sur les vitres, sur les murs piquetés de moisissure.
Dans notre ville nous n’avons pas de candidat RN. Mais dans la campagne électorale, ses idées se diffusent, parfois grossièrement, parfois subtilement, mais jamais au grand jour, jamais assumées. On fera ici le pari que la situation dans notre commune se rencontre aussi dans les villes moyennes et les villages de la Métropole : tu nous diras, lecteur, lectrice, si tu partages les impressions qui sont décrites ici (on ne parlera pas du cas de Marseille et des autres grandes villes, abondamment décrits sur les pages de notre média préféré).
Cette impression, donc, c’est celle du « RN vapeur » : dans cette campagne, chez nous, le parti d’extrême-droite et son étiquette « La Provence qu’on aime » sont incolores, inodores, invisibles (sauf déclaration de dernière minute). Et pour cause : la ville a élu une députée RN, mais les votes ont été très clivés en fonction des quartiers. Pas question donc pour un candidat de s’aliéner les votes de l’un ou l’autre camp. Les partis sont discrédités, et tous les candidats n’ont de cesse de marteler qu’ils n’appartiennent à aucun camp, ce qui paraît de nos jours l’ignominie suprême. Le risque du « RN vapeur », c’est celui-ci : que les candidats mènent une campagne « attrape-tout », où ils citent explicitement l’extrême-droite comme repoussoir, mais en multipliant les clins d’œil plus ou moins appuyés à son électorat. Car une fois élus, les maires siègeront à la Métropole : c’est ici, et non à l’hôtel de ville, que s’exerce l’essentiel du pouvoir sur le territoire. Pourtant, cet enjeu échappe totalement à une grande partie des citoyens (en tout cas, ceux qui n’ont pas déjà arrêté de voter purement et simplement). Qui nous dit que ce « RN vapeur », dans lequel ils se seront complu, ne va pas par miracle se condenser à la Métropole sous forme d’un alignement massif derrière le RN de Franck Allisio ? À l’image d’un locataire qui découvre par hasard une énorme trace de moisissure en décollant son papier peint, c’est à ce moment-là que l’on découvrira l’étendue des dégâts. Qu’en baignant dans une campagne marquée par ce que les Américains appellent le dog whistle, on découvre seulement à la Métropole que les succès du RN dépasseront très largement les votes acquis en son nom propre.
Constater les attitudes des trois principaux candidats suffit à s’en convaincre, eux qui s’accusent mutuellement de vouloir séduire l’extrême-droite tout en multipliant eux-mêmes les appels du pied :
– un maire sortant qui accueille en grande pompe Marine Le Pen et Jordan Bardella, a tenu des propos sans équivoque au sujet des migrants, suit une ligne sécuritaire connotée (expression « zone de non-droit », évocation d’un recours aux drones) ;
– un dissident de centre-droit bien sous tous rapports, dont d’ailleurs les propositions pourraient nous convenir personnellement, mais qui accueille sur sa liste un représentant de la Coordination rurale, ce syndicat agricole qui multiplie les violences et les intimidations contre les administrations et les associations environnementales ;
– un opposant, a priori éloigné de ces idées, mais qui n’omet jamais de placer le mot « communautarisme » dès lors qu’il évoque certains quartiers.
Je suppose que nous sommes tout de même un certain nombre de citoyens qui, au moins à l’échelon local, ne prêtent pas une attention démesurée au clivage droite-gauche, et pour qui en revanche la boussole indique un cap immuable : le rejet absolu de l’extrême-droite et de ses idées. Mais ici, l’adversaire n’est pas identifié : ses idées sont invisibles, mais diffuses et omniprésentes. Si les candidats franchissent déjà allègrement les « lignes rouges » pour grappiller les voix d’électeurs d’extrême-droite, on peut bien imaginer qu’ils ne s’embarrasseront pas davantage de scrupules face à une Métropole dont l’appui technique, politique et financier est crucial pour les projets communaux.
Que peuvent faire les associations et collectifs citoyens (dont l’un se présente d’ailleurs aux élections) ? Eh bien je n’en sais rien, c’est bien pour ça que je le demande. Identifier et mettre au jour tous les clins d’œil à l’extrême-droite, afin que nul citoyen n’en ignore ? Tâcher de peser sur les candidats pour les forcer à se positionner sans équivoque ? D’ores et déjà se préparer à combattre l’extrême-droite au niveau métropolitain ?
À la maison, j’ai acheté un appareil qui a fait descendre le taux d’humidité de 97 % à 80 %. Voilà qui limite les dégâts dans l’immédiat, mais qui ne me dispensera pas de passer la Javel et refaire la peinture dès les premiers jours du printemps. Il en ira de même pour le danger invisible du « RN vapeur » : le combat s’annonce pénible, coûteux et interminable. Mais indispensable : on ne s’en sortira pas juste en posant du papier peint pour ne plus le regarder.
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