L ‘homme foudroyé.

[Mes châteaux d’IF] L’ Homme Foudroyé.

Billet de blog
le 25 Nov 2021
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« Marseille, Marseille, la grouillante, Marseille au vocabulaire populaire, fort en gueule et sonore comme un coup de mistral et dont le génie tutélaire semble être le génie de l’éloquence... » Ce sont les mots de Blaise Cendrars quand il débarque du d’Artagnan. « Marseille est une ville selon mon cœur » Quel coup de foudre pour l’écrivain ! Il la décrit chanceuse de ne pas avoir eu de monuments imposants, de cathédrales ou de tours Eiffel. Une ville qui n’a jamais voulu se dépasser. Une ville où il traîne de bar en bar et s’y fait des amis, des rencontres. Chez Félix sur le quai de rive neuve, un caboulot corse avec une magnifique terrasse sur le port, lui qui arrivait d’ Égypte et du haut soudan boit des « pastisses » à n’en plus finir et attend la cuisine de Tite, une cuisine qui sent l’ail, l’huile d’olive, la sauce tomate. Après Cendras s’emballe dans la cuisine et compose un menu à rallonge avec des loups, du fenouil, des petites saucisses corses faisant de ce bistrot une capitale de la gastronomie. Et sur des pages, il décrie une omelette avec, puis sans ciboulette, du champagne, du jambon de Parme…on a le sentiment que Cendras écrit sous le coup du pastis justement et que le goût lui vient à la bouche de tout dévorer de cette cuisine provençale. A deux heures du matin, il remonte la Canebière pour finir au Nain jaune, « une maison sérieuse…un tripot doublé d’une fumerie clandestine » Il fait un portrait de la patronne si authentique qu’on a envie de s’y rendre : «  Une grande latte astiquée, lustrée, calamistrée, avec des dents de jument et des yeux glauques. » Un temps avant les orthodontistes où on avait de la gueule.

Plus encore charmante est sa villégiature écrivante en 1927 à la Redonne où il séjourne entre l’auberge de la famille Roux et le Château de l’ Escayrol. La route y est difficile, les voitures peu puissantes ne remontent pas de la calanque, un torrent de cailloux, celle de Cendrars, une sunbeam oui, ce qui fait l’admiration des autochtones. Le tourisme quasi inexistant ne pouvait se faire avant le percement de la route. Là aussi entre deux parties de boules, « pétang » il boit des tournées de pastis avec les huit pêcheurs du hameau qui sont tous de braves gens, presque tous fâchés avec le travail. Il rêvasse , il fume, regarde la mer, les criques sous les pins, se remémore ses voyages, admire les bateaux qui passent au large et laisse le temps s’écouler. Sa rencontre avec le vieux Mick dont il emploie la jeune femme, est truculente : «  On n’a pas fréquenté durant des années un Utrillo ou un Modigliani, qui étaient des sacripants et les plus foutus ivrognes de Montmartre et de Montparnasse sans savoir comment traiter un pochard. »

L ‘homme foudroyé est un de ces bons livre rempli de soleil, d’une insouciance entre deux guerres. C’est aussi un livres de la mobilité, celles des trains, des bateaux, des voitures qui tournent autour de Cendrars, qui semble immobile devant sa feuille blanche. On lira aussi Bourlinguer du même auteur.

L ‘homme foudroyé. Blaise Cendrars. 1945. Folio.

 

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