Marseille ville pauvre ou ville de pauvres ?

Billet de blog
le 25 Mar 2018
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Un des bâtiments du Parc Corot, une des copropriétés très dégradées du 13e arrondissement.
Un des bâtiments du Parc Corot, une des copropriétés très dégradées du 13e arrondissement.

Un des bâtiments du Parc Corot, une des copropriétés très dégradées du 13e arrondissement.

MARSEILLE : ville pauvre ou ville de pauvres ?

Préambule

Avant de tenter de répondre à une telle question, il convient de rappeler que le terme “pauvreté“ recouvre un large éventail de situations dont la mesure dépend de l’aire géographique concernée, des méthodes utilisées pour le mesurer, ou encore des normes convenues par les statisticiens. En France aujourd’hui, le seuil de pauvreté considéré comme une référence nationale est le suivant :

Un individu est considéré comme pauvre quand ses revenus mensuels après impôts et prestations sociales sont inférieurs soit à 846 euros soit à 1 015 euros (Insee, données 2015), selon la définition de la pauvreté utilisée (seuil à 50 % ou à 60 % du niveau de vie médian).

Un tel critère chiffré, largement admis, est fondé sur les revenus disponibles. Il permet des comparaisons et des analyses dans le temps et dans l’espace mais, à coup sûre, ne représente qu’une part trop simpliste d’une réalité autrement plus complexe comme nous le verrons dans la deuxième partie de cette analyse.

 I-  La pauvreté en chiffres

Si l’on se limite, dans un premier temps, à cette définition de la pauvreté, nul doute que Marseille et les marseillais se situent dans la fourchette haute comme le confirment les plus récentes publications de l’INSEE régulièrement repris par les chercheurs et les médias :

Marseille, capitale de la pauvreté : Quatre arrondissements de la ville parmi les six communes les plus pauvres du pays. 3e, 2e, 1er, 14e et 15e, territoires de la pauvreté (Delphine TANGUY la Provence 28/10/2017)

Un quart des Marseillais sont pauvres (AFP 02/06/2015) Quatre arrondissements de la ville parmi les six communes les plus pauvres du pays.

Un tel constat doit toutefois être rapidement nuancé si l’on rentre dans le détail de la géographie marseillais :

Marseille :  ville “la plus inégalitaire de France”

“Marseille est une ville très inégalitaire : l’écart entre les revenus les plus faibles et les plus élevés va de 1 à 8 quand il est de 1 à 4,2 à Lille et de 1 à 5,3 à Lyon. On a une population très fragile et le but est de compenser les handicaps que vivent ces populations. Marseille compte 35 quartiers prioritaires dont 14 font également l’objet de programmes de renouvellement urbain.”

Christian APOTHELOZ

Les écarts colossaux qui existent – et continuent de se creuser – entre les zones les plus prospères et les poches de pauvreté de la région. À Marseille, par exemple, le revenu moyen des 20 % les plus riches est 5,4 fois supérieur au revenu moyen des 20 % les plus pauvres. Le quartier de Perier, dans le 8e arr. de Marseille, est le plus riche de France.

Parmi les 100 quartiers les plus pauvres de France, 25 sont à Marseille. En premier lieu ? Le secteur du Parc Kalliste (15e), suivi de près par Saint-Mauront (3e). Taux de pauvreté : 43,6% dans le 15e arr. (13 207€ de revenus médians), 52% dans le 3e arr (11 798€ de revenus moyens).

Source : index Filosofi de l’Insee, données sept 2017.

 « Marseille, c’est d’abord une ville inégalitaire où il y a beaucoup de riches, une ville qui est en train de renouer avec sa stratification sociale du XIXe siècle. Cela devrait appeler plus de régulations ». (André Donzel, 2014, Le nouvel esprit de Marseille, Paris, L’Harmattan)

 Ces témoignages et ces chiffrés accablants qui font la quasi-unanimité des spécialistes en tout genre sont, pour une large part, confortés par les observations que peut faire un visiteur parcourant le centre-ville en simple curieux : Immeubles dégradés, magasins fermés, rues le plus souvent sales, populations aux apparences modestes voire pauvres et pour partie d’origine étrangère etc. Cette impression n’est pas ou peu compensée lorsque, quittant le centre, il s’aventure dans les quartiers populaires de la cité. Cette fracture urbaine est une réalité visible qui s’impose à chacun et confirme au-delà des apparences parfois trompeuses, les données chiffrées de l’INSEE.

 Contrairement à certains discours dominants, si Marseille est sans aucun doute une ville qui regroupe une part importante de sa population dans la catégorie jugée pauvre au sens statistique du terme, il serait cependant abusif d’affirmer que Marseille serait une “ville pauvre“ si l’on se réfère à ces capacités financières et à son budget. C’est avant tout les importantes inégalités en matière de revenue qui caractérisent la Ville : Marseille a su regagner une classe aisée, même très aisée, elle a gardé ses pauvres et la cité bat les records régionaux de taux de pauvreté. Les chiffres montrent ainsi cruellement que l’alibi de la pauvreté n’est que le cache-sexe de politiques d’exclusions. Nous avons 3 898 personnes assujetties à l’impôt sur la fortune (ISF). Elles ont à Marseille en moyenne un patrimoine imposable de 2,7 millions d’euros.

Christian APOTHELOS

II-Au-delà des chiffres

Ce constat en chiffres de la pauvreté à Marseille ne saurait toutefois résumer à lui seul un état inégalitaire fait de discriminations et souvent d’exclusions qui concerne directement une part croissante des marseillais. Le classement de près de la moitié du périmètre communal en “zone sensible urbaine“, et 35 quartiers dits prioritaires,  s’il recouvre des situations parfois contrastées, ne fait que confirmé ces inégalités. Au-delà des revenues directs, une part importante des habitants résidant dans ces quartiers jugés prioritaires par l’État n’ont pas un accès satisfaisant aux services et prestations offert aux autres habitants. Citons de manière non exhaustives les services reconnus à tout citoyens, l’emploi, l’éducation, la santé, la culture, la mobilité etc… Les nombreuses études sur ce sujet confirment cette inégalité dans l’accès aux services publics.     

Ces différentiels de services communs ne font qu’aggraver les écarts croissants entre les uns et les autres. Les mesures dites de la “politique de la ville“ ne contribuent qu”à la marge à réduire ce différentiel qui s ‘aggrave au fil des ans.

En guise de conclusion: comment changer la donne ?

 Le constat sévère et, pour tout dire désespérant, ci-dessus serait incomplet si l’on se limitait à une analyse extérieure trop éloignée de la vie quotidienne des habitants.  La “pauvreté“ n’est pas heureusement partout synonyme de misère de replis sur soi, d’acceptation. La victimisation est rejetée par beaucoup. Ces habitants développent au contraire de grandes capacités à faire face à l’adversité quotidienne : Les relations familiales et de voisinage, les occasions diverses de rencontre d’échange et de solidarité sont largement plus répandus que dans d’autres quartiers plus aisés et permettent de vivre au quotidien.   

Cependant un nombre croissant de ces marseillais n’acceptent plus cette marginalisation croissante. Un peu partout des associations, des collectifs se multiplient et rassemblent tous ceux qui veulent, comme citoyen, avoir droit à la parole. Et faire entendre la voix des “pauvres“.

Il y a deux ans, j’ai rédigé et diffusé un document (1°) résumant mon analyse critique de la situation marseillaise et j’ai lancé un cri d’alarme qui ne semble pas avoir été entendu par les différents responsables locaux trop occupés à montrer au monde une ville de carte postale très éloignée de la réalité.  Il serait temps qu’ils réagissent avant que les pauvres ne leur ouvrent les yeux ou les contraignent à dégager.

Marseille le 5/03/2018

Alain FOUREST

(1) Le cri d’alarme d’un Marseillais en colère

Commentaires

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  1. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    Personne n’a posté sur cet article, mais je voudrais juste remercier Alain Fourest pour dire que c’est passionnant et que cela mériterait qu’il re-cite in-extenso les références qu’il a mobilisées.
    La grave pauvreté (avec ses gradations et ses caractéristiques variées et pas seulement matérielles mais aussi éducatives, culturelles, sanitaires, politiques) d’un partie importante de la population est certainement LE problème marseillais dont les autres problèmes découlent.
    Cela mériterait que l’on mette en oeuvre une sorte d’ “observatoire” des caractéristiques négatives de Marseille : la plus pauvre, la plus embouteillée, la moins cyclable, où les jeunes font le moins d’études supérieures, où l’air est le plus pollué, etc.
    Non pas pour être masochistes et se flageller (ou flageller les élites politiques locales), mais parce que ces diagnostics peuvent donner les pistes programmatiques des mobilisations citoyennes et/ou des politiques publiques permettant de concevoir et de mettre en oeuvre les solutions.
    Cela permettra aussi de faire l’observatoire réciproque de nos caractéristiques positives pour voir si elles constituent des ressources suffisantes pour résoudre une partie de ces problèmes et repérer là où nous n’avons pas les moyens de nous en sortir par nous-mêmes et où la solidarité, métropolitaine ou nationale, doit impérativement être convoquée.

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  2. Alceste. Alceste.

    Cher Alain FOUREST, votre contribution est tout à fait pertinente, intelligente et argumentée. Mais malheureusement pour nous marseillais , je pense que vous pourrez la republier dans les mêmes termes d’ici quelques semaines ou bien quelques mois. Vous pourrez en faire un copier/coller.
    Marseille est pauvre et constituée de pauvres. Les raisons , vous les avancez et vous les illustrez avec des chiffres effrayants . Sociologues, journalistes nous expliquent en long , en large et en travers les raisons historiques, socio économiques , comportementales et Dieu sait quoi , pour encore arriver toujours aux mêmes conclusions: Marseille est pauvre, enfin, pas pour tout le monde .
    La politique antisociale pratiquée volontairement dans certains quartiers où nous frisons le quart-monde, cette dichotomie géographique voulue par des élites locales et dont le niveau est lamentable, agissant par un clientélisme érigé en système de gestion publique. En résumé , tout ce que nous lisons ici chaque jour en parcourant Marsactu .
    Félix WEYGAND , vous parlez des caractéristiques positives qui pourraient contribuer à améliorer les choses. Caractéristiques vite étouffées par le politique local, quand elles apparaissent, elles sont vite annihilées au nom du ” je fais tout pour conserver ma place”, et cela fait 20 années que cela dure avec l’administration ou plutôt l’entreprise de démolition de Gaudin.
    Que pouvons nous attendre des héritiers de ce dernier , en un mot , rien . D’où le copier/coller du début de mon propos.
    Que faire ? . Attendre que la métropole fasse quelque chose ? . Rien à attendre de nos chers voisins. Il ne reste que l’Etat. Espérons que ce dernier prenne la main avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

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  3. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    Pour paraphraser Gramsci, le pessimisme de l’intelligence n’empêche pas l’optimisme de la volonté ;-))
    Il y a une carence de nos élites élites politiques locales. Sans doute pas de caractéristiques positives à chercher de ce côté, mais il y a bel et bien des avantages à Marseille et chez les marseillais qui peuvent être mobilisées (vivacité culturelle, dynamisme de la population, qualité de l’offre de formation supérieure, puissance en tant que pôle de recherche en sciences de la vie et en sciences de l’ingénieur, etc.).
    De plus, même à Marseille, des redressements de la situation politique peuvent exister et porter leurs fruits en quelques années.
    Pour ne prendre que des exemples nationaux et pas très lointains : si les Montpelliérains, et Frêche en premier lieu, n’avaient pas fait preuve d’un volontarisme sans faille pendant plus de 20 ans, aujourd’hui Montpellier serait dans le même étant de décrépitude et de faillite économique et politique que Beziers.
    Toulon a connu cette décrépitude avec la terrible gestion Arrecks (je rappelle que celui-ci a quasiment fini ses jours en prison) puis Trucy, après lesquels la mairie est passée aux mains du FN qui a eu une gestion encore plus catastrophique.
    Aujourd’hui Toulon s’en sort, le centre-ville qui était un ghetto de taudis et de bars à marins réussit sa rénovation, notamment en réintroduisant les étudiants et la vie universitaire dans le centre-ville, sans exclure les populations “pauvres” qui du coup voient s’ouvrir des perspectives d’évoltion, les transports en commun fonctionnent sur toute la métropole, la vie culturelle est dynamique, l’essentiel du trafic de passagers entre le continent et la Corse s’y opère désormais, une économie industrielle endogène fondée sur de la technologie est encore fragile mais s’y développe, etc.

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  4. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    Je trouve cette contribution très éclairante, en ce qu’elle objective avec précision la situation de cette ville fracturée qu’est Marseille.

    Les exemples de Toulon et de Montpellier donnés dans les commentaires (plus loin, on pourrait ajouter celui de Bordeaux, et il y en a sans doute d’autres) incitent à un optimisme mesuré – à condition d’admettre que les retards pris à Marseille dans tant de domaines sont encore rattrapables.

    Mais j’ai une réserve quand je lis cette phrase : “il serait temps [que les responsables locaux] réagissent avant que les pauvres ne leur ouvrent les yeux ou les contraignent à dégager.” Il y a là l’un des noeuds du renouvellement nécessaire dans cette ville : que les laissés pour compte de la politique municipale s’expriment. Mais est-ce une perspective plausible ?

    Gaudin a été réélu confortablement en 2014 avec moins de 100 000 voix sur près de 500 000 électeurs inscrits, grâce à une abstention qui avoisinait 45 %. Plus récemment, aux législatives, même une proposition politique nouvelle, celle qu’incarne Mélenchon, n’a pas mobilisé : le taux d’abstention dans sa circonscription a atteint sensiblement 60 %.

    Si ceux qui n’ont pas la parole et qui n’y croient plus ne se mobilisent pas, le “dégagisme” restera une simple idée – à moins que l’extrême-droite finisse par ramasser la mise en profitant de cette désespérance.

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  5. Helene Goldet Helene Goldet

    Que Faire ?

    – Tout attendre de l’État, espérer même que la ville soit mise sous tutelle du préfet comme elle le fut dans les années 30 ? Cette option séduit beaucoup de braves gens écœurés par la médiocrité et les divisions des équipes locales “progressistes”.
    Outre qu’elle sanctionne durablement le renouveau démocratique, cette option se nourrit d’une “marseillologie” parfaitement glauque. Plus on mettra en évidence les malheurs et les scandales locaux, et plus on se rapproche du but.
    Finalement, il serait préférable d’être un monstre que de devenir une ville banale.

    Marsactu évite soigneusement de s’inscrire dans cette démarche. Ce n’est pas facile, grâce soit rendue à ses journalistes.

    – Il faudrait, dès à présent construire les bases d’un compromis politique autour de quelques axes de renouveau pertinents. Qu’ils se contentent de dénoncer, parfois avec talent, la gestion actuelle, comme Benoit Payan, qu’ils évitent soigneusement toute allusion à la gestion municipale, comme les Insoumis, qu’ils espèrent incarner une légitimité politique venue d’en haut, comme Castaner, les candidats déclarés ou non n’ont pas le début d’un programme.

    Cette ville a 40 ans de retard, dans tous les domaines. Les chantiers pharaoniques eux-mêmes évoquent les erreurs commises partout, même à Paris, dans les années 70 où on massacrait allègrement la place des Fêtes et le quartier de Belleville.

    – Ceux qui rêvent d’un atterrissage douillet se font de sacrées illusions.
    Enfermés la plus part du temps dans la défense acharnée d’un quartier emblématique, d’une place ou d’un jardin, ils se font des copains, se disputent, sont ravis si la presse, pareille ou pas pareille, évoque leur petite affaire…et perdent finalement leur temps.

    Ceux qui colloquent aimablement, à la Friche ou ailleurs, sont tout aussi sympathiques et encore moins dérangeants.

    On ne fera pas tout en même temps. Il va falloir choisir quelques priorités et dire clairement les quelles. C’est ça la politique, quand on est pauvres, et nous sommes pauvres.

    La suite prochainement dans mon petit blog à moi,

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  6. Alceste. Alceste.

    Que d ‘analyses et que de constats encore une fois.
    Chère Hélène. G vous espérez une définition des priorités, mais bonsoir de bonsoir lesquelles ?.

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  7. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    @Hélène G : on le trouve où ce “petit blog à vous” ?
    Je pense que vous mettez le doigt sur le sujet en parlant de “compromis politique”, il faut effectivement qu’il y ait un projet politique et programmatique qui puisse additionner dans les urnes, puis dans un conseil municipal et un conseil métropolitain, un majorité assez solide et assez ouverte sur la société pour que ce programme puisse être mis en oeuvre. Cela suppose que les “pauvres” se remettent à voter autrement que manipulés par les sirènes clientélistes et (pour simplifier) que les électorats de LFI et de LRM puissent se retrouver ensemble, ainsi que ceux dans leurs rangs qui ont envie d’être élu-e-s. Je sais que posé comme cela cela peut paraître irréaliste, mais faire de la politique c’est être capable de passer des alliances et dans une situation aussi catastrophique que celle de Marseille, négocier un consensus sur une plateforme municipale pragmatique nous éloignera vite des envolées lyriques sur les sujets nationaux.

    @ Antoine de Meria : alors là pour les priorités, on a l’embarras du choix ! La question éducative compte-tenu du délabrement des écoles. Les espaces verts vu qu’il n’y en a presque pas. Les déplacements et le stationnement, vu qu’on est la ville la moins cycliste et la plus embouteillée de France. La lutte contre la pollution de l’air, qui dépend notamment des deux points précédents. La politique culturelle, vue que Marseille a su ce sujet un dynamisme totalement inexploité qui pourrait d’ailleurs avoir de solides retombées économiques. Etc. Et bien sûr la remise en ordre budgétaire et humaine de la machinerie municipale, sans quoi rien ne pourra être fait.

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  8. Alceste. Alceste.

    Cher Felix WEYGAND , les contributeurs à ce forum ont tous bien définis les problèmes de cette ville, je ne vais pas y revenir. D’autant plus que chaque jour nous apporte un dysfonctionnement supplémentaire et qui abonde dans le sens de l’analyse de chacun ( Cf: GONDARD encore ce matin).
    2020 est proche, et il est temps que les idées ou bien les pistes de réflexion émergent des administrés du fait que nos dirigeants , zélus ou opposants en sont incapables .
    Il y a de l’intelligence dans cette ville mais malheureusement pas aux bons endroits ,faisons donc état de cette dernière .Marsactu est peut être l’un des lieux du possible au travers des échanges entre contributeurs.
    Alors, à vos claviers, car nos politiques ou potentiels politiques sont sûrement abonnés à Marsactu et ils pourront lire ,et il n’y a pas de honte de piocher les bonnes idées.

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  9. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    Il y a cinq ans jour pour jour, Le Nouvel Economiste publiait une interview de Michel Pezet qui, je trouve, sonne toujours très juste dans son analyse de la déliquescence du politique à Marseille et des difficultés du territoire : https://www.lenouveleconomiste.fr/michel-pezet-nous-avons-une-chance-historique-de-sauver-marseille-18002/.

    Cinq ans où l’on a continué à s’enfoncer. L’inventaire des deux décennies Gaudin commence à peine, et il est à craindre que les bonnes surprises soient peu nombreuses…

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  10. LaPlaine _ LaPlaine _

    Ma crainte est que l’on ne voit pas se profiler à l’horizon une personnalité ou des débuts de réflexions émanants des structures politiques nationales, qui afficheraient une volonté et des objectifs pour ce territoire. On sent toujours une forme de velléité vis à vis de Marseille (cf l’absence d’implication de LFI localement, les circonvolutions de LREM). Peut-être est-il trop tôt pour cela mais je redoute les petits arrangements quelques mois avant les élections, avec des finalités variées (éjecter les guignols en place, bloquer le FN etc) alors qu’il faudrait une vraie ambition. Marseille peut pourtant être un bel étendard à porter vers l’avenir.

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  11. JacquiMONDON JacquiMONDON

    JacquiMONDON
    27 mars 2018 à 14h32
    Merci, Mr FOUREST, d’avoir résumé le pavé (140p.) de ce Mr Cesare MATTINA.
    (qu’il serait peut-être de bon ton de référencer un peu mieux que « Les presses de Science Po », sans vous obliger?…).

    Son thème, le clientélisme, est effectivement majeur pour comprendre un peu quelque chose de la vie politique marseillaise.
    Ce système, (car s’en est un, et puissant!), a été inventé par Gaston DEFFERRE, a perduré jusqu’à aujourd’hui et n’est pas près de s’éteindre (Mr VIGOUROUX, en tant que maire de transition a tenté de le pondérer. Echec total!… et Mr GAUDIN s’est empressé de le restaurer).
    On appelle ce mode de gestion très spécifique à la cité phocéenne « le système G », pour « Gaston » et « Gaudin », étant entendu que le second a appris du premier, du temps ou il était son adjoint, le mécanisme très subtil dudit clientélisme.

    Il me semble en effet pertinent de débattre publiquement de ce système aujourd’hui:
    D’abord pour des raisons évidentes d’immoralité publique (son principe consistant à accorder divers privilèges à de grandes quantités d’administrés, individuels ou appartenant à n’importe quel groupe social identifiable -associatif, ethnique, religieux, corporatiste, etc- pourvu que ceux-ci contribuent de façon significative, en retour, aux résultats électoraux attendus par le Maire et sa famille politique.
    Ensuite parce que, si ce système pouvait à la rigueur avoir sa pertinence après-guerre, lorsqu’un maire de gauche modérée, Defferre, entreprenait de sortir au plus vite Marseille d’une situation catastrophique en tout (reconstruire, certes, mais aussi et surtout casser une corruption instituée jusqu’à la moelle -les bandits Carbone et Spirito ayant été aux manettes…), celui-ci se révèle aujourd’hui totalement inapproprié à la situation:
    – Par ce système, cette ville portuaire a laissé son port de commerce décliner jusqu’au quasi-anéantissement.
    Le clientélisme s’est particulièrement exercé sur le personnel, nombreux, du Port bien nommé « autonome », au motif que les dockers, constitués en un syndicat corporatiste puissant avaient une immense capacité de contrôle de l’électorat -et de la paix sociale- communément recherchés et bien négociés avec les élus.
    En échange de quoi, la Ville ferme les yeux sur l’immense trafic parallèle sur les marchandises en transit et accorde des multiplications de postes inutiles jusqu’au délire… et à la désertion de l’essentiel des armateurs de la planète (à cause notamment de ses grèves interminables).
    – Par voie de conséquence la ville, inscrite dans un système industrialo-portuaire historique s’effondre, (l’effet domino sur les nombreuses activités annexes), faute d’une relève industrielle, artisanale et commerciale adaptée aux nouvelles potentialités extra-territoriales (la mondialisation de l’économie de marché).

    Alors, contrairement aux prophètes de malheur qui chantent le « c’est Marseille » sur tous les tons sans considérer quelques prospectives intéressantes que ce soit, que ça plaise ou non aux marseillais de base, ce site portuaire majeur en Europe demeure dans son attractivité naturelle, et suscite donc de multiples convoitises nationales et internationales.

    A preuve, rien de ce qui se réalise d’important pour le développement économique et les affaires à Marseille ne provient de l’initiative des notables locaux, mais d’institutions au moins nationales, (le port, devenu GPMM créant FOS-Marseille est un établissement public dirigé par Paris, Euroméditerranée ayant créé le manquant centre d’affaires à la Joliette et s’apprêtant à livrer le complexe habitat-bureaux-espaces à vocation artisanale, commerciale ou industrielle itou, CMA-CGM, etc), sinon multinationales (la main-mise très efficace actuelle des chinois sur le commerce à grande échelle des fringues en lieu et place de l’ex-bricolage local des grossistes rue Tapis vert n’est qu’un exemple).

    Cette transition ultra-rapide vers la modernité (sur une bonne décennie seulement) échappe évidemment à la population marseillaise, ses notables compris.
    Par réaction à courte vue, les entrepreneurs « estrangers » qui ont tenté ou tentent de fonder leur activité à Marseille ont essuyé (ou essuient…) les subtiles petites vacheries inspirées par cette culture profondément ancrée du clientélisme local.

    Sauf erreur, MARSACTU a rapporté le solde des venues-départs d’entreprises extra-PACA et celui-ci se retrouve, par cet effet toxique, tout juste positif.

    Conclusion suggérée:
    On peut situer l’avenir de la cité phocéenne aujourd’hui entre:
    . les forces réactionnaires naturelles, historiques et culturelles du peuple marseillais (que l’on peut observer couramment)
    . et l’énergie naturelle, (elle aussi), des entrepreneurs du monde entier qui convoitent Marseille pour son site naturel (lui aussi) afin de tenter de faire des affaires profitables -principe du capitalisme- à partir de ce spot.

    Le système du clientélisme local est incompréhensible à ces entrepreneurs extra-territoriaux. Et quand bien même, par précaution, (tel ou tel l’ayant capté ou subi), beaucoup s’abstiennent de ce risque. Et pfuuit! Ils partent ailleurs.

    D’ici deux ans, les Municipales!
    J’ai essayé de dire ce que le système clientéliste marseillais avait à la fois de toxique et d’archaïque, à l’heure où Marseille doit choisir entre demeurer sous perfusion (confortable!) de la Capitale ou alors tenter de se relever doucement de sa léthargie en contribuant à la relance d’une activité économique digne de ses atouts naturels et de l’importance en nombre de sa population.

    Le nouveau maire sera celui du conservatisme borné usuel local habituel (les bornes se situant à l’intérieur bien gardé du triangle Arles, Aubagne, Cassis), ou bien sera un jeune énarque (ou assimilé), dynamique et entreprenant, jouant la carte, (à l’arrache, forcément), d’un new deal pour faire à nouveau de Marseille un pole d’activités qui compterait dans le nouvel échiquier mondial.

    Les paris sont ouverts (défense de rire!).
    Il n’empêche, je suggère que chacun s’interroge sur ce qu’il fera , même modestement, en faveur de l’une ou de l’autre de ces deux options décisives, d’ici lesdites municipales.
    …et puis chacun fera son affaire du résultat pour six ans: content ou consterné de la perpétuation du clientélisme local ou pas, c’est toute la question marseillaise!

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    • Helene Goldet Helene Goldet

      Plusieurs choses au regard du début de débat qui s’engage ici.
      -Sur le clientélisme : Presque tous les élus, dans toute la France, pratiquent le clientélisme à longueur de mandat. Notre clientélisme n’a rien d’exceptionnel. A débattre
      – Que peut encore la ville de Marseille ? La voirie, le nettoyage, les transports ne sont plus des compétences municipales. Faut-il s’en tenir à des priorités définies à partir des compétences résiduelles de la ville ou faire abstraction de la métropolisation (ratée) en définissant des objectifs qui sont du ressort de la métropole voir du département ? La plus part d’entre nous ne sont pas très au clair sur les compétences de la mairie de secteur à la métropole. Il faudrait bosser…
      -Comment associer “les gens” à l’élaboration d’un projet. Marsactu au théâtre de l’œuvre…bien sur mais pas que. Un journal n’est pas fait pour ça.
      – Ville pauvre, il faut cesser de laisser croire qu’on va devenir un grand Bordeaux ou un petit Paris grâce au départ de Gaudin. Une ville pauvre peut être agréable à vivre avec des équipements collectifs modestes mais soignés, une communication chaleureuse et lucide, la volonté de faire enfin ville tous les jours de ne pas exalter le repli sur des ” quartiers villages”, de La Plaine à Saint Antoine ou Mazargues. .
      – Marseille doit-elle réinventer les taxis collectifs, comme à Casablanca ou à Dakar ? C’est un exemple, discutable, pour nous inciter à sortir un peu des modèles urbains convenus et irréalistes.

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  12. Alceste. Alceste.

    Finalement , chère Hélène G , GAUDIN faisant un mandat de plus ne serait pas mal à vous lire ?

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  13. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    @ Antoine et Hélène
    Non Antoine, je ne veux pas interpréter la pensée d’Hélène à sa place mais je pense que vous avez simultanément raison : Oui, les 18 ans de “non-gestion” ou en tout cas de gestion aberrante ont eu un rôle dévastateur dans la situation actuelle. En revanche : Non, croire que le départ de Gaudin et des siens et son remplacement par une “bonne équipe municipale” sera “en soi” une solution n’est pas vrai.
    Le rétablissement d’une situation raisonnablement satisfaisante prendra du temps, exigera des choix désagréables (c’est une autre définition de “faire de la politique”) dans l’allocation de ressources. Ces ressources devront aussi se trouver dans la ville et sa population, certes, elles exigeront également une contribution métropolitaine, la contribution de l’Etat et du fonctionnement “normal” d’une économie capitaliste ouverte qui viendra valoriser notre territoire à partir de sa propre logique (la description que fait JaquiMondon de ce phénomène est, selon moi, exacte).
    Quoi qu’on en pense, l’Etat contribue déjà beaucoup à Marseille et il ne viendra pas faire plus si cela n’accompagne pas une dynamique. La solidarité nationale n’a pas vocation à remplir le tonneau des Danaïdes et l’économie capitaliste encore moins…
    Enfin un mot pour Hélène à propos du clientélisme : certes cela existe partout et ce n’est pas une mauvaise chose, cela permet de “lisser” des rapports sociaux que l’application abrupte des règles rend souvent brutaux. Mais le niveau que l’on connait à Marseille repose sur une véritable prédation : on gaspille massivement des ressources publiques à seule fin de fabriquer de la rareté pour les uns et des “privilèges” pour les autres afin de les échanger contre du soutien à une classe politique incapable. De plus l’ancrage de ces pratiques en direction des populations les plus “pauvres” (au sens de l’article d’Alain Fourest) et d’une bonne partie des classes moyennes traditionnelles, ravage complètement un fonctionnement sain de la démocratie politique et tue l’engagement et la capacité d’ “enpowerment” ce ceux qui auraient le plus besoin d’être les acteurs d’une transformation.

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  14. Alceste. Alceste.

    Cher Félix Weygand, vous avez raison ,dégager l’équipe Gaudin ne solutionnera pas tout , mais cela fera au moins du bien. Par contre je crains le pire concernant l’état réel financier de la ville, des bombes à retardement et des cadavres dans les placards, si jamais un changement radical est opéré et que nous serions sans doute amenés à découvrir.
    Vous avancez une hypothèse concernant les choix désagréables.
    Oui effectivement désagréables mais pour qui ? : pour ceux qui profitent du système Gaudin et que l’on peut énumérer dans le désordre, FO, les promoteurs immobiliers, les arrondissements ou quartiers qui ne payent pas les impôts qu’ils devraient payer depuis des années, les appels d’offres, les copains auxquels l’on rend de nombreux services , les quartiers qui votent bien, l’enseignement privé etc.
    Mais trouverons nous un politique pour aller dire à notre ingénieur territorial que le monde entier nous envie par sa grande valeur, maintenant c’est terminé ?.
    Mais trouverons nous un politique pour aller dire maintenant aux grands promoteurs immobiliers et aux entreprises traditionnellement adjudicataires des marchés publics, maintenant , c’est fini ?
    A la vue de l’état de cette ville, la métropole ne souhaite pas être solidaire . Mettez vous un peu à leur place ( je me fais volontairement l’avocat du diable) !
    La solution, fondre tout ceci dans une seule unité, le département.
    L’Etat est capable de corriger le fil de l’Histoire. Il peut du moins grandement y contribuer par des politiques d’incitation à l’installation de grandes entreprises. Mais étant donné le peu de crédibilité de nos dirigeants ( trouvez moi un ministre ou un secrétaire d’état depuis 20 ans au gouvernement ? Ah oui , Muselier, mort de rire ).
    Concernant l’économie , nous avons raté quelques trains . Bien sûr nous retrouvons l’argument CGT pour le port, mais il faudrait que les opérateurs portuaires de l’époque balaient aussi un peu devant leurs portes. Ils y sont aussi pour quelque chose , au même titre d’ailleurs que la mairie et l’Etat. Passons.
    Les hypothèses de travail sont basées sur des éléments erronées , ou du moins sur des éléments qui font plaisir à nos dirigeants et qui les confortent dans leurs autosatisfactions.
    Analysez les projections un peu sérieuses en matière de trafic maritime et vous constaterez que Marseille ne fait pas partie des très grandes routes maritimes.
    Désolant pour notre “ego” mais en soi pas très grave. Il suffit de s’adapter et surtout d’être réaliste et de prendre les bonnes dispositions et surtout d’arrêter de se raconter des histoires. Capitale de ceci , capitale de cela , capitale de rien!
    Notre problème pour l’avenir , en espérant que le système Gaudin et que ses clones ( j’y inclus Ghali et Muselier) soient éjectés , est dans le fait de se confronter à la réalité de cette ville . Elle a été , elle n’est plus.
    Soit l’Etat aide à corriger les déséquilibres de cette ville notamment en créant de l’emploi de masse dans les quartiers nord ( installation d’usines . Barcelone a bien NISSAN ou SEAT, pourquoi pas une usine Renault à Marseille plutôt qu’à Oran ou Tanger ?) et fait le ménage dans la gestion de cette ville ( écoles, santé, hôpitaux, équipements, transports) ou bien Marseille sombrera définitivement, car elle se tire depuis 20 ans par le bas. Et les images d’hélicoptères n’y feront rien.

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