Marseille et la Méditerranée

MARSEILLE, UNE URBANITÉ MÉDITERRANÉENNE

Billet de blog
Bernard LAMIZET
7 Jan 2018 1

Pour mieux penser l’urbanité de Marseille, pour donner toute sa signification au fait qu’il s’agit d’un peu plus que d’une ville, il importe de mieux se rappeler que, si Marseille est un espace urbain, c’est un espace urbain méditerranéen.

La Méditerranée au-delà du port

Marseille est une ville méditerranéenne, ce qui signifie, d’abord, qu’il importe de comprendre son ancrage dans l’espace méditerranéen au-delà du port. En effet, pour que Marseille puisse disposer de tous les atouts qui peuvent lui permettre de rester une grande ville, il importe de situer cette identité urbaine au-delà du port, car le port ne peut plus suffire à donner à Marseille ce statut. D’abord, parce que le transport maritime connaît une forme de ralentissement, et ensuite parce que réduire l’urbanité de Marseille à l’activité de son port serait réduire son ambition urbaine à un seul domaine d’activité. Or ce qui définit une métropole urbaine, c’est que son identité ne se réduit pas à une seule activité ou à un seul domaine, mais qu’elle est multiple, qu’elle s’exprime dans plusieurs langages, dans plusieurs codes, dans plusieurs logiques économiques et politiques. Cinq aspects me semblent devoir exprimer aujourd’hui l’identité métropolitaine de Marseille : la culture et les politiques culturelles, la recherche et l’innovation dans le domaine de l’information et de la communication – en particulier grâce à l’école de journalisme de Marseille, l’innovation dans le domaine de l’urbanisme et de l’aménagement des villes, la recherche de nouvelles orientations de la médecine et la découverte de nouvelles formes de pratiques médicales au-delà du marché des laboratoires et de la domination de la médecine par la technologie et, enfin, la multiplicité des cultures, de origines et des identités qui s’y déploient dans la population de la ville.

 

Une métropole de cultures méditerranéennes

La culture, ce n’est pas seulement un ensemble d’activités et une offre de services dans une économie particulière, celle des biens et des entreprises de la culture. Marseille peut demeurer une métropole méditerranéenne si elle s’exprime pleinement comme l’espace d’échanges, de créations et d’usages des pratiques culturelles, des médiations des arts plastiques et des spectacles, mais aussi des littératures. À Marseille pourrait s’imaginer toute une recherche et toute une réflexion sur la façon dont la Méditerranée peut devenir (ou redevenir) un espace culturel, au-delà des tensions géopolitiques, des guerres, des conflits et des migrations de crise. La ville peut retrouver une dimension métropolitaine en engageant dans ces politiques culturelles méditerranéennes les institutions et les espaces qui s’y trouvent, comme la Vieille Charité, le MUCEM, les friches de la Belle-de-Mai, qui peuvent, dans une logique de réseau, devenir l’instrument majeur d’une politique culturelle d’échanges et d’identités méditerranéennes.

 

Une économie politique de la Méditerranée

Mais, pour que ces activités et ces pratiques deviennent réellement une politique culturelle, il importe de les inscrire dans ce qui pourrait être une économie politique de la Méditerranée. En effet, si la Méditerranée est un espace en crise, à la fois en raison du déclin de sa puissance économique et en raison des conflits, des tensions et des guerres qui s’y déploient, sans doute est-ce parce qu’à la différence de l’Europe ou d’autres régions du monde, elle n’a pas su ou pu construire une véritable économie politique propre. Tandis que l’Europe a su devenir un espace propre d’économie politique par la construction de l’Union européenne, la Méditerranée n’a pas su réunir les pays qui l’entourent dans une logique commune d’économie politique et d’institutions économiques partagées. C’est dans ce domaine, qui se situe dans une forme d’urgence, que Marseille peut jouer le rôle majeur d’une métropole méditerranéenne. Cette économie politique de la Méditerranée donnerait à la politique de cette région du monde une dimension d’activités, de pratiques, d’institutions, d’échanges et de productions, qui permettrait, enfin, d’aller au-delà des guerres, des violences et des conflits entre les empires et les impérialismes qui veulent y manifester leurs pouvoirs. De la même façon qu’est né, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, un marché commun européen qui allait devenir l’Union européenne, il importe que les états, les régions et les métropoles de la Méditerranée construisent ensemble ces institutions dont Marseille pourrait être le siège et cette politique économique dont Marseille pourrait être le lieu où elle se conçoit.

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commentaires

  1. libegafralibegafra

    A quoi pensez-vous quand vous dites qu’un des traits caractéristiques de la métropole marseillaise est  » l’innovation dans le domaine de l’urbanisme et de l’aménagement des villes  » ? Au quotidien, je constate plus du retard, de la non coopération entre villes et à Marseille peu de réussites sur le nombre de projets.

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