Les yeux dans les yeux…

Billet de blog
le 28 Jan 2026
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La politique est une chose intime. Elle l’est évidemment. Mais une intimité traversée de questionnements individuels et collectifs. L’affect, l’intérêt personnel, le bien commun, la vision du monde que nous souhaitons, habitent cette introspection et la fécondent pour aboutir à une palette de postures immense, qui va de la résignation à la révolte en passant par toutes les nuances de cynismes, de naïvetés ou de malignités. Je me lance dans ce plaidoyer pro domo, non pas pour me justifier mais pour tenter de rétablir le débat dans un cadre qui sorte de l’irrationnel ou de la post vérité. Oui l’époque est à la calomnie, l’outrance, l’insulte, la rumeur et le nivellement culturel et politique. Pourtant, il faut continuer à essayer d’élever le débat, quitte à ne recevoir en retour que sarcasmes et indifférence. « Au commencement était le Verbe », et la politique s’est construite, articulée autour des orateurs-trices et de la fonction tribunicienne. La limite étant que la parole publique pouvait se retrouver confisquée par le charisme et le talent des démagogues et des beaux parleurs. Ensuite, pour schématiser plusieurs millénaires de politique, l’écrit est arrivé pour prolonger la parole et l’ancrer définitivement dans la postérité. Ce sont les vainqueurs qui tiennent la plume et maîtrisent le récit. Du récit au roman il n’y a qu’un pas. La presse, les médias et les réseaux sociaux font désormais partie, comme des extensions prothétiques, du débat politique. Et ce pas est aujourd’hui systématiquement franchi. On peut donc voir un ex-président de la République être condamné définitivement et passer, lui et ses soutiens, dans la presse, les radios et la télé pour clamer son innocence et réécrire une histoire qui met en tension la justice et surtout la vérité telle qu’elle a éclatée aux yeux de toutEs à la fin des réquisitoires, des pièces versées aux dossier, des témoignages et des plaidoiries…Je prends cet exemple mais je me recentre sur le sujet de ce billet. Il semble qu’en période électorale, le déni, la distanciation avec les bilans et les responsabilités posées dans des décisions et actes politiques est devenue une pratique « admise » …Le RN est passé maître en la matière. Se faire passer pour le « parti des ouvriers et du peuple » alors qu’a l’assemblée ils votent invariablement contre toutes les mesures qui pourraient améliorer les conditions d’existence des classes moyennes et populaires. Les exemples sont légions : vote contre l’augmentation du SMIC, contre l’indexation des salaires sur l’inflation, contre le blocage des prix, contre l’égalité salariale homme/femme, contre la retraite à 60 ans, contre la gratuité des premiers mètres cubes d’eau, contre la gratuité des cantines, contre le gel des prix des loyers…la liste est interminable et pourtant l’imposture est relayée, amplifiée d’une part par la presse d’extrême droite et la Bollosphère, mais aussi d’autre part malheureusement par une partie des médias qui se laissent contaminer par crainte ou par paresse. Répéter un mensonge mille fois n’en fera jamais une vérité ! De la même manière que l’accusation d’antisémitisme est brandie dans tous les débats à l’encontre de la FI en dépit de toute condamnation en justice et en dépit de toute preuve concrète. Le RN de son côté bénéficie d’une mansuétude criminelle dans cette affaire ou pourtant le profil de ses candidats, l’histoire et la filiation de ce parti, les études menées sur la question et son programme obsessionnel qui a seulement changé de cible en remplaçant (dans le discours officiel) les juifs par les musulmans. Tout est fait pour dédiaboliser cette organisation raciste que nous combattons partout et tout le temps ! Pendant que d’autres en font l’argument unique de leurs campagnes électorales. On ne combat pas le RN en l’utilisant pour éviter le débat ou se positionner clairement sur des sujets. Hurler « au loup ! » n’a jamais fait fuir les loups…au contraire. Si nous nous respectons un tant soit peu il faut arrêter de brandir la menace du RN comme le bouclier de Persée, il n‘y a aucun scénario dans lequel la gauche disparait au soir du 1er tour ! Y compris dans les sondages d‘auto-persuasion qui servent aussi à ressortir la vieille ficelle élimée du vote utile. Le seul et unique sondage qui ne se trompera pas se déroulera le 15 mars prochain. Donc rendez-vous ce soir la autour des 22H, en attendant les spéculations valent autant que les boules de cristal, le marc de café ou le Tarot… Ce qui renforce le RN et l’extrême droite c’est la somme des renoncements ; des trahisons et cette posture exécrable de bureaucratie politique. Posture qui consiste à accepter les règles d’un système que l’on est supposé combattre quand on se dit de gauche. Cette idée qu’il faut être «sérieux» et ne pas déranger ou effrayer le cadre « petit bourgeois » de nos institutions et la voracité de la finance. Le contraste est saisissant entre les promesses de campagne et la gestion pantouflarde des mandats. C’est ce qui tue notre démocratie, c’est ce qui crée de la résignation, du désespoir et une amertume teintée de rage légitime annonciatrice d’horizons de cendres ! ON PEUT SI ON LE VEUT !!! Renoncer à au moins essayer, c’est se dédire et tourner le dos à nos engagements initiaux. Renoncer c’est se macroniser et penser que le cadre est intangible ( there is no alternative) et que nos valeurs cardinales de solidarité, de justice et d’égalité ne sont que des mots creux sans réelle signification. Renoncer c’est porter un masque et cette duplicité n’a qu’une issue. Elle est tragique. Pour relever les défis de cette municipale et les enjeux qu’elle soulève il faut être honnête et courageux. Je sais, ce que je dis là est grossier et déplacé. Mais je persiste en disant que chacun doit assumer la charge de son bilan. Après une mandature, rien n’est neutre et il faut mettre en avant ce qui a avancé et ce qui a stagné et ce qui parfois a reculé. Parce que personne ne repart d’une feuille blanche. Les communicants (je dis ça avec respect) considèrent que le narratif est au cœur des campagnes modernes. Surement, mais il y’a une limite à l’exercice. Une histoire ne s’écrit pas, elle se raconte. Et en politique la nuance est d’importance, parce qu’elle dévoile l’intention. Ecrire une story telling dans le spectacle, le cinéma, le théâtre, l’Art et le spectacle en général, cela va de soi. Il faut « vendre » du rêve, du fantasme, de l‘évasion…En politique il faut raconter une histoire en toute honnêteté et en toute lucidité. Expliquer pourquoi des engagements n’ont pas été tenus et quels obstacles réels ont été rencontrés et comment nous pensons parvenir à rattraper ces rendez-vous manqués et le lot de déceptions qu’ils ont induit. Fuir la contradiction et les divergences d’approches n’est qu’une procrastination de l’inéluctable (jusqu’ici tout va bien…). A la France Insoumise nous pensons qu’il est encore temps de faire de la politique sincèrement. Indépendamment des périodes électorales nous nous assignons une conduite, nos détracteurs diront une ascèse, nous acceptons le compliment. Sur les terres arides de l’abstention nous menons des actions à la sortie des écoles, des métros et des portes à portes. Nous le faisons inlassablement en VRP de l’espoir et de la résistance. Nos représentants à l’assemblée et sur les plateaux font plus que le boulot pour nous permettre de toujours avoir la tête haute dans l’âpreté des débats et des injonctions partisanes. Nous semons ces graines d’espoir qui germeront, tôt ou tard, dans le cadre de la révolution citoyenne. Nous travaillons nos programmes de la manière la plus exigeante qui soit. Celle de la concertation, vraie, absolue et sans détours. Alors, quand au terme de deux séquences de consultations et d’auditions (« Marseille en vrai » + auditions programme) et presque 2 ans de travail nous sortons près de 400 propositions pour Marseille, nous savons que, passées au filtre de notre démarche politique, elles répondent point par point aux préoccupations de nos concitoyenNEs. Nous n’avons fait ni l’économie du débat, ni celle de la confrontation au réel. Un programme municipal, ne peut pas se résumer à l’égrenage de mesures racoleuses, non chiffrées, délivrées dans l’entre soi de coups de forces savamment orchestrés et complaisamment relayées sans interrogations sur le coût ou la faisabilité…en attendant la période légale d’équité du temps de parole j’avoue ma grande frustration et le sentiment de lutter contre des forces qui ne veulent même pas entendre ce que NOUS nous faisons ou proposons. Alors perplexe je lis les annonces sur la lutte contre le crime organisé et je repense aux centaines de jeunes gens massacrés depuis maintenant 15 ans. Le récit démiurgique ne pourra rien contre la réalité glaciale d’un modèle économique ultra capitaliste cannibale qui se fout des élections et des campagnes électorales. Nous avons, au plan national fait des propositions et rédigé un plan en 14 points qui a non seulement le mérite d’exister, mais aussi celui de répondre à la question de la réorganisation et au renforcement de la Police judiciaire, à la question de la circulation des armes et à celle des flux financiers. Sans occulter le cadre légal qu‘il faut d‘urgence changer. Ceux qui disent que l’on règlera la question en augmentant le nombre de policiers municipaux ou de caméras de vidéo-contrôle des populations mentent ou sont à court d’idées. De la même manière la réquisition est une solution et la loi l’autorise. Ce qui est possible à Paris dans le programme du candidat socialiste doit l’être aussi ici dans notre ville ! 56000 logements vides et un parc immobilier qui ne cesse de se dégrader. Les cafards, le froid en hiver, la moiteur en été, les rats, les moisissures, les ascenseurs en panne, les copros dégradées, les procédures d’expulsions qui font peser sur des milliers de foyers la menace de mort sociale et qui jette des femmes et des enfants a la rue…Tout ça doit s’arrêter, tout ça doit être traité ! Dois-je parler de ces enfants qui vont le ventre vide à l’école ? Dois-je relater le témoignage de ces classes plongées dans le froid de l’hiver sans chauffage ? Ces enfants à qui l’on explique que la République est une et indivisible et qui comprennent pourtant le traitement différencié qu’on leur inflige, pire qui l’intègre comme une normalité. Je pourrais continuer longtemps et parler des transports, de l’accès aux soins, à la Culture, aux sports et à tout ce qui nous fait vivre en tant qu’humains et pas survivre sans perspectives de changement, sans espoir de voir ou de toucher du doigt ce minimum de confort social et de considération qui permet à l’individu de s’épanouir dignement. L’idée n’est pas d’être simplement dans la critique ou dans le Marseille bashing. Je suis marseillais jusque dans la langue de mes rêves et j’aime cette ville comme on aime la liberté, l’égalité et la fraternité. J’aime ma ville mais je la regarde les yeux dans les yeux avec sa beauté incomparable, sa vitalité, son hospitalité et tout ce qui fait que Marseille est la plus belle ville du monde, la ville initiale et finale à la fois. Mais je constate aussi ses blessures, ses cicatrices, ses plaies qui saignent encore… Chaque fois que nous faisons des portes à portes et que nous rentrons dans l’intimité de vies que nous traversons furtivement, nous perdons un peu de nous-même. C‘est abrasif tant la réalité est dure. Une société sans pitié pour celles et ceux qui trébuchent et essaient de s’accrocher…Je repense à Daniel* un camarade de lutte d’Air Bel qui s’était mobilisé en 2017 avec nous dans le dossier de la légionellose. Je l’avais perdu de vue et au détour d’une action menée dans la cité nous avions grimpé jusqu’au 17ème étage de cette tour pour tracter. En ouvrant la porte il m’a reconnu et j’ai vu le temps qui a passé dans ses yeux, dans sa voix et dans sa lassitude. Il a été déménagé là sans considération pour son impotence fonctionnelle et ses problèmes de santé, le validisme est un cancer bureaucratique et sociétal. Soufflant et ahanant avec le camarade qui était monté avec moi à pied parce que l’ascenseur était en panne, j’ai eu honte de m’être plaint. Daniel était bloqué là dans les nuages de cet après-midi maussade depuis 2 semaines. Combien de Daniel dans Marseille et ailleurs ? Cette question me hante. A la fin d’une autre action, le chauffage allumé dans ma voiture et la musique dans l’habitacle, mon téléphone a sonné et écouteurs dans les oreilles j’ai décroché. Par le truchement des ondes la voix de 2 de mes camarades me parvenait. Des voix tendues, fébriles, bouleversées. Ils me relataient la rencontre avec une gentille dame désespérée, seule et en très grande précarité. Menacée d’expulsion et terrorisée par la fin de la trêve hivernale, elle ne sortait plus de chez elle et ne survivait que grâce à la solidarité des voisins. S’il n’y avait qu’elle nous pourrions régler le problème et passer à autre chose. Mais combien encore de cas similaires ? Cette question me submerge. Il ne s’agit pas de faire du pathos pour faire du pathos, mais de nous rappeler pourquoi nous faisons de la politique et ainsi de débattre de nos divergences et de nos convergences. Ce qui m’anime c’est cette humanité profonde que je retrouve dans les rangs des militants de mon organisation. Cette abnégation, cette sincérité profonde et cette haute idée que nous nous faisons de l’engagement politique. Parce que la politique n’est pas une histoire de coups médiatiques, de slogans, de casting, d’incarnation plus ou moins artificielle ou même de stratégie. La politique est une histoire de femmes et d’hommes qui s’engagent pour eux et pour les autres. Et n’allez pas y voir une posture moralisatrice, je sais que le cynisme, la cupidité et le survivalisme politique auront tôt fait d’enterrer ces bons sentiments. Pourtant si le compost produit des nutriments dans le grand cycle de la vie et de la terre, en politique la décomposition ne mène qu’a la progression de l’extrême droite. Chaque soir nous nous couchons et nous comparaissons au tribunal de nos conscience. Essayer, continuer à croire et ne pas renoncer ou se renier c’est la condition sine qua none pour chaque matin en être relaxé. En disant cela je ne vise personne en particulier, mais en tant que militant des quartiers populaires je me dois de dire que chacun, chacune à notre niveau de responsabilité nous avons et nous aurons toujours le choix. Les bilans sont là, notre programme est là en attendant celui des autres. Le travail de notre représentation est là aussi pour consolider les choix, car ces municipales ne peuvent pas être décorrélées du reste de l’échéancier. Et dans le vote, la participation à une liste ou le soutien à une autre, le consentement doit être éclairé et indépendant de toute considération d’affect. Les candidats et leurs bilans, les programmes, les prises de positions, les organisations auxquelles ils/elles appartiennent, doivent rester l’unique boussole dudit choix. La logique du soubassement, de la relativisation et du confusionnisme ne doit pas opérer à l’ère du tout numérique et de la vérification des faits. S’agissant de cette élection municipale il est temps de sortir des contes, des fables et autres mythes et légendes. Nous respectons les électeurs et nous ne croyons pas aux licornes (hélas). Nous en appelons à l’examen froid et conscient des faits, à l’étude des programmes et des propositions et même si je sais que la presse ne relaiera pas cet appel j’ai l’espoir que par inadvertance il aide à recadrer le débat et à mettre les vrais enjeux de cette élection sur la table. Une belle capsule Tiktok sur fond de trend musicale ne changera rien. Pour tout changer il faut du courage et de la volonté politique, nous en avons à revendre !

Le 15 et le 22 mars prochain faites le bon choix avec Sébastien Delogu pour une Marseille Fière et Populaire !

 

Mohamed Bensaada

Co chef de file Marseille Municipales 2026

Candidat Marseille Fière et Populaire 7ème Secteur

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