Les hommes, les responsabilités et l’Histoire !

Billet de blog
Mohamed Bensaada
31 Mai 2018 0

Lettre ouverte à Messieurs Gaudin, Macron et Collomb.

Les années et les mandats passent, les problèmes restent. Viendra le moment où vous ferez, Monsieur Le Maire, le bilan de toutes ces années aux commandes de Marseille. Vous tenterez de vous rassurer en rappelant que vous avez changé la ville, que grâce à vous elle est plus attractive, plus touristique et qu’opiniâtrement vous avez chassé (à défaut de l’éradiquer) la pauvreté du centre-ville de Marseille. Votre rêve c’est en fait celui de dénaturer cette ville plusieurs fois millénaire de l’aseptiser de lui arracher cette nature profondément populaire qui fait son âme, son charme et ses défauts.

Pourtant, un de vos amis avait pour projet de réduire « la fracture sociale ». Et vous, Monsieur le Maire, qu’avez-vous fait ? 23 années et le fossé entre les quartiers populaires et le reste de votre ville est devenu une faille sismique d’une profondeur abyssale.

Vous êtes le Maire de Marseille et de ses 111 quartiers, mais combien de ces quartiers existent dans vos pensées, dans l’idée que vous vous faîtes de cette ville ?

L’actualité dramatique de notre cité vous rappelle sans cesse que la ville est bien plus grande que ce que vos yeux peuvent couvrir, le dos résolument tourné au septentrion de celle-ci.

Si l’on ne prend que la période qui va de 2012 à aujourd’hui, nous dénombrons la mort de 132 jeunes et moins jeunes de nos quartiers. 132 morts et jamais il ne vous est venu à l’idée que votre qualité de 1er édile vous oblige à l’égard des familles détruites par ces drames. Jamais vous n’avez pensé que votre attention, à défaut de votre affection pouvait apaiser les habitants de ces quartiers en rappelant à tous le monde que Marseille est une, entière et que cette communauté de destin nous lie indéfectiblement à cette cité !

Quelle frontière imaginaire vous êtes-vous forgé, pour à ce point vous détourner de centaines de milliers de vos administrés ? Vous a-t-on raconté qu’au-delà des cinq-avenues commençait une Terra Incognita peuplée de monstres et de hordes barbares ?

Votre bonhomie de façade ne masque plus la réelle dureté de votre vision de la ville. Vous avez abandonné cette partie de la ville parce qu’électoralement elle ne vous intéresse pas ! Monsieur le Maire, le cynisme a des limites que vous avez largement franchies !

Nous entendons déjà votre réponse, celle que vous faîtes à chaque fois : qu’il faut cesser le « Marseille Bashing » et que vous êtes là pour promouvoir votre Marseille vitrine, la seule qui vaille à vos yeux !

Par solidarité avec les familles éplorées, avec les quartiers qui vivent dans la précarité et l’insécurité nous vous rappelons que cette Marseille existe qu’elle est jeune, diverse et pleine de promesses et que vous la gâchez par les choix iniques de vos politiques. Monsieur le Maire vous ne ferez pas disparaitre un problème en détournant votre regard ! Quel bilan laisserez-vous, Monsieur le Maire ? Celui d’un Marseille paradoxal uni et entremêlé topographiquement, mais profondément inégalitaire et contrasté !

Nous vous oublierons, Monsieur le Maire, mais jamais nous ne vous pardonnerons !

Monsieur le Ministre, nuitamment et furtivement vous êtes venu à la Busserine au lendemain des événements qui ont mis en émoi tout le pays.

Vous ne cessez de parler d’autorité et de rétablissement de l’autorité en copiant, à votre manière et sans les coups de menton, Monsieur Valls. Mais quelle est la nature du message que vous avez envoyé aux habitants de ce quartier traumatisé et au reste de la France en venant presque en cachette sur un territoire, qui jusqu’à preuve du contraire, fait toujours partie de la République ? vous avez transmis « vos sentiments » à la population par voie de presse « dites leur que je pense à eux ! » sic.

Nous ne vous demandons pas, Monsieur le Ministre, de penser à nous mais d’agir pour que ces actes insensés ne soient plus possibles !

Vous nous parlez de trafic de drogues et de mesures encore plus répressives qui vont être prises pour juguler ces trafics. Mais croyez vous seulement à vos paroles, ou avez-vous fait le deuil de votre courage et de votre bon sens ? Comme vous nous avons vu des armes de guerre et des tirs en plein jour dans un quartier qui ne se trouve ni en RDC, ni en Syrie, ni en Afghanistan ! Et vous nous parlez de trafic de drogue ? Ne voyez vous pas que l’urgence absolue est celle qui consiste à démanteler les filières d’approvisionnement de ces armes. Ne croyez vous pas qu’il faut mettre l’accent sur le renseignement de proximité et découvrir toutes les caches d’armes et les receleurs ? Vous parlez de trafic de drogue en faisant mine d’oublier que 40 ans de prohibition n’ont contribué qu’a faire prospérer les réseaux et à faire exploser la violence pendant que la consommation de Cannabis n’a jamais reculée, jusqu’à faire de notre jeunesse la jeunesse qui en consomme le plus en Europe ? Par ailleurs comment compter vous endiguer les trafics de drogues quant les autres pays commencent à le légaliser et qu’aucune mesure supranationale n’est prise pour lutter contre l’importation de ces substances ? L’honneur d’un homme politique c’est aussi d’analyser les erreurs et les approches erronées qui conduisent aux impasses, de comprendre ces erreurs et de ne pas les reproduire ! En serez-vous capable, Monsieur le Ministre, nous en doutons et nous vous prédisons que vous rentrerez dans la postérité comme étant, entre autres, le Ministre de l’Intérieur qui au sortir de l’état d’urgence ne s’est pas posé la question de la prolifération des armes dans les quartiers ! Nous vous oublierons, Monsieur le Ministre, mais nous ne vous pardonnerons jamais !

Monsieur le Président, le 21 Mai une bande armée a pris position dans un quartier que vous ne connaissiez sans doute pas et qui jusque là était plutôt un quartier connu pour la vivacité de sa vie associative et la souffrance de ses habitants malmenés par les programmes simultanés de la rénovation urbaine et des travaux de l’interminable L2.

Le 22 Mai vous annonciez en grande pompe l’enterrement du projet Borloo qui avait pour unique mérite d’exister et donc d’être discuté. Par la même vous avez publiquement humilié un de vos soutien de poids et mis un terme définitif à sa carrière. Vous l’avez même obligé a avaler, non pas une couleuvre, mais un gigantesque Boa, à lui et à tous vos soutiens dans les quartiers populaires qui ne tarissaient pas d’éloge sur le plan Borloo et sur les effets que celui-ci aurait eu sur la vie des quartiers !

Mais vous étiez surement préoccupé par la préparation de votre rencontre le surlendemain avec les puissants de ce monde, les nouveaux rois de l’univers, les Mark Zuckerberg (Facebook), Dara Khosrowshahi (Uber), Satya Nadella (Microsoft), Jimmy Wales (Wikipedia), Ginni Rometty (IBM).

Evidemment ce qui se passe dans les quartiers n’a pas la même importance et il faut bien hiérarchiser les priorités !

Vous dîtes que les quartiers n’ont pas besoin de plan et vous annoncer des mesurettes dont l’indigence n’a d’égale que votre insondable mépris à l’égard de la question des quartiers populaires ! Vous faites des choix et ils vont systématiquement à l’encontre des intérêts des couches sociales les plus défavorisées. Vous vous dîtes irrité par les gens qui vous traite de « Président des riches », mais que faîtes-vous pour les contredire ? vous passez de la suppression des contrats aidés, à la baisse des APL en passant par la mise à mal des services publiques qui seront encore moins présents dans les quartiers populaires. Vous continuez avec la sélection à la FAC et vous structurez de façon pérenne et officielle l’inégal accès à l’enseignement ! Vous insistez avec ParcourSup et avec la réforme De      l’enseignement professionnel a brosser le tableau de votre projet réactionnaire dont la philosophie de base est celle du « Fittest of the Fittest ». Une société qui ne pardonne rien, n’entend rien, ne voit rien d’autre que la réussite, l’argent et la compétition !

Monsieur le Président, après une année de mandat nous n’attendons déjà plus rien de vous, mais gardez à l’esprit l’insurrection de 2005 et soyez assuré qu’il ne s’agissait que d’une réplique annonciatrice de lendemains plus sombres. Vous êtes apparemment soucieux de la trace que vous laisserez dans la mémoire des hommes. Serez vous le président qui a vu s’enfoncer son pays dans une crise sociétale sans précèdent ? parce qu’il n’a pas su ou voulu empêcher les inégalités de se creuser ! Parce qu’il n’a pas voulu lutter contre toutes les discriminations qui rendent la France invivable pour toute une partie de sa population ! Serez vous le président qui n’a pas su remettre la justice sociale au cœur du débat ? Et qui n’a eu de cesse de parler de compétitivité et de réussite sociale, comme si les pauvres étaient intrinsèquement responsables de leur pauvreté !

Monsieur le président, nous n’oublierons pas et nous ne pardonnerons pas !

Nous exigeons, bien plus qu’un plan pour les quartiers, une prise en compte globale des problématiques des quartiers populaires et des mesures de rattrapage des inégalités, ainsi qu’un plan d’action puissant de lutte contre les discriminations à l’embauche, au logement, dans l’éducation, la santé et la culture !

Nous demandons que tous les moyens soient mis dans lutte contre le trafic et la prolifération des armes dans nos quartiers !

Nous demandons l’ouverture d’un débat national sur la légalisation sociale du Cannabis.

Bensaada Mohamed

Pour Quartiers Nord/Quartiers Forts

Marseille, le 31 Mai 2018


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