LE PHARE ET LA HALLE PHOCÉENNE : QUELQUES IDÉES

Billet de blog
le 30 Jan 2026
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Pour toutes sortes de raisons, en particulier l’installation des « Terrasses du Port » et la concurrence que lui fait ce second centre commercial, inutile, mais puissant, le Centre Bourse s’éteint. Si cette fin est, en grande partie, due au départ des galeries Lafayette, nous sommes encore devant un beau cas d’œuf et de poule, car, enfin, si les Galeries Lafayette s’en vont, sans doute y a-t-il des raisons à ce départ. Pour cela, il est temps d’élaborer de nouveaux projets pour ce qui remplacera l’actuel Centre Bourse, et, au-delà, pour repenser l’ensemble de ce site important du centre de Marseille.

Un bref rappel de l’histoire

Le « Centre Bourse » est né en 1977. Après les importants travaux de reconstruction du centre de Marseille dus aux destructions de la guerre, et avant la naissance des « Tours Labourdette », du nom de l’architecte qui les avait conçues, dont la construction fut achevée en 1970, d’importants vestiges antiques ont été découverts à cet endroit en 1967 et cela interrompit les travaux de réaménagement de l’espace situé derrière la Bourse, malgré l’opposition du maire d’alors, Gaston Defferre. La reprise des travaux donnera naissance au « Centre Bourse » que nous connaissons de nos jours. De 2010 à 2016, d’importants travaux de réhabilitation donneront au Centre Bourse la configuration que nous connaissons aujourd’hui.

Les usages actuels du Centre Bourse sont le commerce, comme tous les centres commerciaux classiques, la déambulation, car beaucoup de visiteurs viennent pour se promener dans ses travées, et le loisir, car le Centre Bourse propose des activités ludiques et culturelles. Des cafés permettent la rencontre, tandis que le Centre Bourse compte un certain nombre de lieux de restauration.

Le Centre Bourse est usé, fatigué, malgré les travaux qui ont été entrepris et menés à bien. Mais, au-delà, c’est tout le centre de Marseille qui a connu des changements, des transformations même, tant dans sa configuration que dans ses usages. Même si l’ouverture des Terrasses est pour quelque chose dans la crise du Centre Bourse, c’est tout le centre-ville de Marseille qui a changé de visage. Nos habitudes ne sont plus les mêmes, les centres commerciaux que nous connaissions depuis les années 60 et 70 ne répondent plus à ce que nous attendons des espaces commerciaux de nos jours. Peut-être même, au-delà, est-ce l’existence des centres commerciaux situés au cœur des villes qui est à remettre en question. L’échec du projet récent des « Docks » tendrait à manifester ce décalage entre les centres commerciaux et la configuration du centre des villes.

 

La Halle et le Phare

Ces deux noms désignent deux rôles et deux identités du projet. Il s’agit à la fois de faire retrouver au lieu le rôle essentiel d’un marché, fondamental dans l’identité urbaine de Marseille au cœur de l’espace méditerranéen, et celui d’un phare, conçu à la fois pour éclairer, pour manifester la présence d’un lieu essentiel, et pour orienter, pour donner la voix de la lumière à un espace de projets et de prévision. Ainsi articulés, les deux rôles de ce lieu nous rappellent l’identité de Marseille dont ils sont le cœur.

Nommé « Centre », le centre Bourse va au-delà d’un centre commercial ordinaire, à la fois parce qu’il est situé au centre de la ville, à proximité de la Bourse de Marseille, lieu de décision économique et d’activités financières, et parce qu’il investit un lieu central de la ville. Le sens du projet de la Halle est de refaire du centre de Marseille un véritable centre, car cette centralité a été abandonnée au profit d’autres lieux de la ville, comme si le centre s’était exilé dans des lieux périphériques d’activité.

Situés à côté de l’actuel Centre Bourse, les vestiges de l’agora antique seront intégrés à la Halle dont ils constitueront une des parties. Il pourrait être intéressant de désigner les parties du Phare par des noms issus des parties des Vestiges conservés, pour mieux assurer la relation entre eux.

Le Phare sera conçu dans le cadre de la réhabilitation de l’ensemble du quartier. Le cours Belsunce sera rajeuni et proposera des accès du Phare. Le Phare est aussi destiné à libérer le quartier de la configuration  de « ghetto » qu’il a acquise au cours des années. Les immeubles actuels et le site de la R.T.M. seront intégrés à l’espace du Phare.

 

Le futur du site

Deux possibilités s’offrent pour le futur projet.

La première est de ne remplacer que les Galeries Lafayette. D’abord, cela ne fera pas revenir les habitués du grand magasin. Ensuite, c’est la conception même du centre commercial qui ne répond plus aux attentes de notre temps. La ville ne gagnerait rien à se contenter d’une « réformette », qui ne permettrait pas au Centre Bourse futur de rivaliser avec d’autres installations de ce genre comme les Terrasses. D’ailleurs, c’est le concept même de centre commercial qui n’a plus sa place à cet endroit, car la ville a trop changé pour cela.

L’autre est de remplacer l’ensemble du Centre Bourse par un projet plus global, comme celui de la Halle phocéenne. Ce projet serait conçu par une petite équipe nouvelle, comprenant des particuliers impliqués dans le projet en raison de leur expérience et de leurs relations, une association,  « Marseille, capitale de la mer », et des équipes de recherche issues de l’Université, dans le domaine de l’urbanisme et dans celui des sciences de l’information et de la communication. Des institutions comme Aix-Marseille Université, l’Agence d’urbanisme, la municipalité et la métropole seraient associées au projet.

Le futur Centre est destiné à la fois à celles et ceux qui vivent à Marseille, à celles et ceux qui la visitent ou s’y arrêtent au cours d’activités de tourisme, et, enfin, aux enfants à qui il sera proposé des activités en lien avec les écoles et les associations périscolaires de loisir et de culture. Le Phare aura une place dans l’entreprise plus politique de libérer l’ensemble du quartier de la pauvreté qui l’empêche aujourd’hui de croître comme il le pourrait, en contribuant au réveil économique de la métropole et de la ville.

Un véritable phare pourrait orner la façade de la Halle phocéenne à la fois pour rappeler la proximité de la mer et des activités marseillaises liées à la mer, dans le présent comme dans l’histoire et pour signifier la dimension de vision sur l’avenir de la ville que comporte le projet de l’aménagement du site. Ainsi, le Phare n’éclairerait pas seulement la Halle phocéenne sur le présent, mais aussi sur le futur de la ville et de sa rencontre avec la mer : la figure du Phare montrerait que l’union de Gyptis et de Protis n’a pas fini de donner du sens à l’identité de la ville.

 

Ces idées sur la Halle phocéenne sont issues de conversations et d’échanges avec Jacques Péronne, qui a fécondé ce projet et l’habite avec moi.

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