Le bal au Centre

Idée de sortie
le 20 Fév 2016
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En France, la pratique de ce que l’on nomme les « musiques traditionnelles » relève encore bien souvent du tabou. Pourtant, lorsque l’on écorche la surface de nos idées reçues, il ne reste alors que de formidables terrains de jeux. Ainsi, depuis le début des années 70, des passionnés rebattent les cartes aux quatre coins de l’hexagone et propulsent les répertoires populaires dans le futur. Qu’ils soient bretons, occitans, corses ou basques, ils se sont souvent d’abord consacrés au collectage, afin notamment de conserver des pratiques rurales en perdition. Puis à la reproduction d’instruments anciens, peu connus, omis par les sphères savantes et parfois retrouvés sans indications de jeu. Bien que l’histoire soit finalement plus complexe que cela — la cabrette auvergnate fait par exemple partie intégrante de la construction musicale de Paris… Retenons surtout que tout ce qui a touché des siècles durant au quotidien des peuples de France, et par conséquent aux minorités culturelles, est resté dans l’ombre des voies officielles, ou pire, s’est vu interdire. Guerres mondiales, société industrielle et exode rural ont ensuite fini d’enterrer une société rurale que l’on redécouvre aujourd’hui encore péniblement, au compte-goutte. Voilà pour la petite histoire oubliée de la grande.

Les jeunes musiciens de La Nòvia (pour « la jeune mariée », en occitan) l’ont parfaitement intégré. Mieux encore : ils la restituent de la façon la plus naturelle en bousculant le prisme de leurs recherches sonores par le biais d’une surprenante radicalité. Ainsi, le collectif est devenu ce « lieu de réflexion et d’expérimentation autour des musiques traditionnelles et/ou expérimentales. » Prompt à jouer aussi bien en bal trad’ que dans une galerie d’art contemporain. Séduisant les amateurs de musique contemporaine, minimale et de sensation noise d’un côté, puis les mordus de musiques et danses traditionnelles de l’autre. Leurs concerts se vivent comme de véritables expériences, qui jouent bien souvent avec l’acoustique et la disposition du lieu. Il faut dire que l’instrumentarium déroulé par ces musiciens se prête aux aventures hors normes. Le son, qui sort de façon ininterrompue des vieilles à roue et des cornemuses notamment, offre de belles perspectives de travail sur le timbre, tout en permettant de créer des nappes non sans rappeler les bourdons du courant drone issu des années 60… Le vielliste Yann Gourdon, personnage central du collectif, ne cache d’ailleurs pas sa fascination pour tout un tas de chercheurs/musiciens qui ont bousculé les codes de l’écoute, à l’instar des Américains Alvin Lucier ou Phill Niblock. Mais pas que : ces répertoires populaires oubliés, contenus des années durant, éclaboussent surtout de par leur efficacité et une puissance imaginaire insondable.

Une semaine, donc. Une semaine entière de concerts, de stages, de rencontres et de projections pilotée par le tout récent Collectif des Petits Lieux, le Vidéodrome, la Maison du Chant et le Grim. Une semaine intense montée par de véritables passionnés investis au quotidien, avec au moins un concert par soir. De Jéricho aux Violoneuses en passant par Le Verdouble, Faune ou La Baracande, c’est donc tout un monde qui tape à la porte.

Jordan Saïsset

Semaine de Noces – La Nòvia : jusqu’au 21/02 à Marseille. Rens. : www.la-novia.fr

Le programme complet de la Semaine de Noces ici

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