Jeux, émoi

La femme est l’avenir des Jeux

Billet de blog
Laurent REVEILHAC
20 Août 2016 0

La nuit olympique a été éclairée par de nombreuses étoiles. On en retiendra la dernière apparition victorieuse d’Usain Bolt. Mais aussi les éclats réalisés par de nombreuses combattantes qui viennent ajouter leur talent et leur grâce dans un spectacle toujours plus captivan

La tsarine de la perche, Elena Isinbaïeva, a été privée d’un nouveau sacre, pas acquis d'avance, par la sanction collective qui a écarté des Jeux les athlètes russes. Elle est déjà passée dans le clan des dirigeants qui l’ont élue au CIO, et ne sera pas regrettée outre mesure par ses anciennes adversaires qui n’ont pas apprécié ses commentaires acides sur la dévalorisation de sa discipline, en son absence.

De fait, le concours de perche féminine a été palpitant. Il a révélé le talent d’une Néo-Zélandaise de 19 ans, Eliza McCartney, qui décroche le bronze. Et s’est conclu au finish entre la Grecque Ekaterini Stefanidi (26 ans), et l’Américaine Sandi Morris (24 ans). Stefanidi reprend ainsi le flambeau olympique grec à Voula Patoulidou (sacrée sur 100 m haies à Barcelone (1992) et rappelle le souvenir de Christos Papanikolaou, qui fut recordman du monde du saut à la perche en 1970 (5,49 m).

Fani Halkia et Anastasia Tsoumeleka avaient bien gagné sur 400 m haies et 20 km marche devant leur public d’Athènes en 2004, mais n’ont pu valider leur billet pour défendre leur titre à Pékin, car il n’a pas été validé par les contrôleurs. On se souvient du feuilleton policier qui avaient privé les sprinteurs Kostas Kenteris (or à Sydney sur 200m) et Ekaterina Thanou (argent à Sydney sur 200 m) d’une participation à « leurs » Jeux, pour avoir fui les mêmes contrôleurs attirés par des odeurs bizarres. L'olympisme grec ne sent pas toujours le laurier.

Outre la dernière apparition aux Je uxd'Usain Bolt, l’athlétisme a procuré d’autres émotions avec la finale du 5000m, quand la favorite éthiopienne Almaz Ayana, qui venait d’exploser le record du monde du 10 000 m, a elle-même implosé alors qu’elle avait pris la tête avec une demi-ligne droite d’avance. A 800 m de la ligne, deux Kényanes l’ont alors doublée, et Vivian Cheruiyot s’est imposé avec un record olympique.

Cette défaillance spectaculaire, et vaguement rassurante, n’avait cependant rien à voir avec celle qui a accablé le marcheur français Yohann Diniz sur le 50 km. L’épreuve la plus dure du programme olympique s’est disputée dans un four, et Diniz a sans doute mal évalué ses forces et son alimentation. Il avait pris la tête sur un train d’enfer, se procurant une avance de près de 2 minutes. Puis s’est arrêté, est reparti, a chuté, est reparti encore, pour terminer 7e en pleine détresse physique. Il a transformé en épopée picaresque cette épreuve interminable, habituellement animée par les seules gesticulations des arbitres qui brandissent des cartons jaunes et rouges sous le nez de concurrents hébétés, bien en peine d’expliquer s’ils marchaient vite ou s’ils couraient lentement. Un Slovaque, Matej Toth, a gagné la course des survivants de ce barbecue géant, apportant la première médaille d’or en athlétisme à son petit pays tout neuf, qui ne s’illustre habituellement qu’en canoë-kayak, ce qui est plus rafraichissant.

Les premières se multiplient à Rio : premier titre pour la boxe féminine en France grâce à Estelle Mossely. Premier titre pour la Côte-d’Ivoire au taekwondo, qui a permis aussi à une Iranienne de devenir la première femme médaillée de son pays. Le taek sert au moins à quelque chose. Il a permis à la Française Haby Niaré de ramener une médaille d’argent, à la suite d’un combat incompréhensible, où les touches semblaient avoir été attribuées au petit bonheur la malchance, avec un arbitrage suspect et une électronique apparemment défaillante.

L’Espagnole Carolina Marin est devenue la première non-Asiatique à obtenir un titre individuel en badminton. Le Tadjikistan a lui aussi obtenu son premier or olympique, au lancer du marteau masculin, quand Dilshod Nazarov a rivé son clou au Biélorusse Ivan Tsikhan. Ce dernier ne gardera sans doute pas bien longtemps sa médaille puisqu’il a déjà dû rendre l’argent obtenu à Athènes et est été empêché de participer aux Jeux de Londres, où on a estimé qu’il y avait déjà assez de dopés comme cela. Il a fait valoir des erreurs de procédures pour conserver le bronze volé à Pékin… Une telle obstination mérite au moins une citation à l’ordre du mérite pharmaceutique.

On a vécu d’autres moments de joie pure avec la médaille d’argent obtenue au pentathlon moderne par la Française Elodie Clouvel (27 ans), battue seulement par l’Australienne Chloe Esposito. Le pentathlon, qui était réservé à des militaires et regardé par leur entourage et les plantons de garde, a bouleversé ses règles pour devenir un spectacle palpitant. Il contient toujours sa dose d’injustice et de cruauté, puisque les participants se voient attribuer par tirage au sort les chevaux qu’ils vont monter pour l’épreuve de saut d’obstacles. Et ils peuvent se retrouver sur d’infâmes canassons refusant de sauter. Deux grandes favorites de l’épreuve ont ainsi été irrémédiablement pénalisées.

La finale féminine de football a couronné l’Allemagne. Pas comme d’habitude, puisque c’est son premier titre olympique. La tradition a néanmoins été respectée, puisque les Brésiliennes, sous les yeux mouillés de leur public qui sait depuis longtemps qu’il lui faut emporter des mouchoirs, se sont inclinées devant les Canadiennes pour la médaille de bronze. Pour sa part, le tournoi de hockey féminin est revenu aux Britanniques qui ont battu les Néerlandaises au « shoot out », une série de têtes à têtes entre une joueuse et la gardienne adverse, à l’issue d’un match échevelé (3-3). Les Pays-Bas avaient déjà perdu ainsi le bronze chez les hommes.

Membre de la famille régnante au Qatar, Ali bin Khaled al Thani, cousin du propriétaire du Paris SG, a manqué de peu une médaille individuelle au saut d’obstacles, où il a participé au barrage décisif. Il n’est pas embarrassé pour acheter de bons chevaux, pas plus que sa famille pour importer au pays de bons athlètes et de belles compétitions. Ce qui ne retire rien à son mérite. Comme à celui de Nasser al-Attiyah, pilote émérite deux fois vainqueur du Dakar, et tireur remarqué, médaille de bronze en tir dans l’épreuve de skeet aux JO de Londres (une des quatre médailles de bronze obtenues par son pays aux JO), et 4e à Athènes. Il a fini 31e des qualifications à Rio. Ce sera pour la prochaine fois : il insiste depuis les Jeux d’Atlanta en 1996.Il semble qu'il faudra attendre pour voir une Qatarie vite médaillée.

L’avenir du sport passera par la démocratisation et la féminisation des compétitions. Sur 160 sélectionnées, onze sportives françaises avaient déjà obtenu une médaille vendredi soir. On attend encore les basketteuses, et la couleur du métal qui sera remis à la boxeuse Sarah Ourahmoune et aux quinze handballeuses..

Elles ont apporté un vent de fraicheur, de diversité et d’enthousiasme qui dissipe peu à peu les aigreurs ressenties dans le camp français au début des Jeux. Le sport les aide à se libérer, il faut les aider à faire du sport. Et à convaincre les mamans d’amener leurs petits dans les salles et sur les stades. Le sport a ses règlements, plus ou moins respectés comme dans toutes les activités humaines. Mais c’est aussi un fantastique espace de liberté, de communication et d’entraide. Les filles sauront exploiter des gisements encore inconnus, sans doute mieux que les garçons.

VIGNETTES

# Les volleyeurs italiens, qui avaient atomisé les Français du Team Yavboulors de leur premier match, ont continué sur leur lancée. Ils sont parvenus en finale après avoir écarté les Américains au terme d’un match suffocant joué en cinq sets, gagnant la première manche après avoir repoussé cinq balles décisives. Il faut savoir faire block.

# Les athlètes français n’auront aucun relais en finale à Rio. C’est une déception immense, quand on se souvient de ce que ces épreuves ont apporté en succès par le passé. L’expérience accumulée est en train de se dissiper, alors que Japonais, Allemands et Polonais, par exemple, prouvent que le travail peut compenser le manque de talent intrinsèque. Il faut imaginer un plan d’urgence avant 2024. Le talent ne suffit pas, comme l'ont montré les relais américains, deux fois disqualifiés. Mais il peut servir: repêchées pour la finale du 4 x 100 m, les Américaines ont survolé le relais, en prenant leur revanche sur les Jamaïcaines. Chez les hommes, il y avait 32 athlères sur la piste et on n'a vu qu'Usain Bolt, cherchant une place dans son sac pour y ranger sa 9e médaille d'or.

# Le handball envoie deux équipes de France en finale. Avant même l'attribution des titres, c’est un résultat remarquable, inattendu pour un sport qui partait de rien au milieu des années 1980. Le nombre de licenciés a triplé et les résultats internationaux ont suivi une progression époustouflante. Ce sport, inventé par les Allemands, est en train de devenir l’incarnation parfaite des vertus et des défauts des sportifs français. Pourvou qué ça doure.


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