Les élections municipales ont lieu demain

LA DÉGRADATION DU PATRIMOINE MUNICIPAL

Billet de blog
le 17 Nov 2019
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Les élections municipales ont lieu demain LA DÉGRADATION DU PATRIMOINE MUNICIPAL[1] Quatre journaux se sont associés pour une enquête sur la dégradation du patrimoine immobilier de la municipalité de Marseille depuis plus de vingt-cinq ans : « Marsactu », « La Marseillaise », « Mediapart », et « Le Ravi ». Je ne pouvais pas ne pas parler de cette dégradation dans ma tribune de la semaine.

Une partie du bilan de la municipalité sortante

Il y a plusieurs lectures de cette enquête. La première, la plus évidente, consiste à la faire figurer dans le bilan de la municipalité dirigée depuis 1995 par J.-C. Gaudin. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas, ici, pour moi, de ne considérer que dans la perspective des élections municipales de 2020 ce qui a conduit à de véritables drames, mais il s’agit, tout de même, de commencer par lire dans cette dégradation du patrimoine municipal l’expression d’une certaine conception du mandat de la municipalité. Sans doute cela représente-t-il, ainsi, une partie de ce qui vient distinguer la droite et la gauche : tandis que la gauche a toujours considéré les mandats politiques – et, en particulier, les mandats municipaux – comme des responsabilités à assumer devant les habitants des pays, la droite a toujours cherché à réduire l’intervention des pouvoirs publics, dans une conception des mandats politiques qui les considère comme des services à la disposition des capitaux et des entreprises. On a parfois l’impression que la vie politique contemporaine, qu’il s’agisse de la politique nationale ou de la politique municipale, manifeste une sorte de retour aux confrontations et aux conceptions de la politique du XIXème siècle. Pour contribuer au développement du marché au détriment des populations, la municipalité de Marseille, durant toutes ces années, a consisté à acheter des logements ou même des immeubles entiers et à les laisser tomber en ruines faute d’investissements et de contributions à leur entretien. Cela sera, bien sûr, une partie majeure du débat engagé dans la perspective des élections municipales de l’an prochain, à la fois en termes de bilan et en termes de projets.

Première lecture : l’incompétence de la municipalité

C’est la première lecture de ce bilan. La municipalité sortante a manifesté, de cette manière, une véritable incompétence, une incapacité à diriger la municipalité d’une ville de plus de 800 000 habitants, de la deuxième ville de notre pays. Avant même d’engager une lecture politique de ce bilan de la gestion du patrimoine immobilier de la municipalité, il faut relever l’incompétence. Qu’il s’agisse de l’incompétence des agents municipaux en charge de ces questions, de la mauvaise organisation de la municipalité, de ses directions et de ses pouvoirs, ou encore de l’irresponsabilité de ceux qui la dirigent, cette dégradation des immeubles qu’elle possédait montre que la municipalité n’était pas en mesure d’assumer la responsabilité d’un tel patrimoine. L’incompétence tient aussi, sans doute, à l’absence d’engagement de la part des acteurs de la municipalité, de ceux à qui étaient confiés les pouvoirs : sans doute un engagement réel de leur part aurait-il permis d’éviter que la ville en arrive à une telle dégradation immobilière du centre. On peut, d’ailleurs, relever que cette incompétence n’a pas frappé que le patrimoine immobilier, mais qu’elle touche aussi le patrimoine environnemental, les paysages de la ville, ainsi que la politique de l’entretien et, tout simplement, de la propreté, qui conduit les rues de Marseille à un état préoccupant de manque d’hygiène. C’est tout l’espace urbain qui se trouve, aujourd’hui, dégradé en raison de cette incompétence de la municipalité.

Deuxième lecture : une dégradation pleinement assumée du logement social

Mais peut-être ne s’agit-il pas seulement d’incompétence. Une deuxième lecture de cette dégradation du patrimoine municipal consiste à y voir une politique, consciente ou, peut-être, ce qui est pire, inconsciente, de la municipalité, qui cherche à dégrader les logement sociaux du centre, à la fois pour se livrer à de la spéculation immobilière, en achetant des immeubles pour ne pas les entretenir et, peut-être, pour les revendre, ensuite, à bas prix, pour favoriser les acteurs du marché de l’immobilier, et pour chasser du centre les habitants disposant de revenus faibles ou modestes, puisque le patrimoine immobilier des municipalités consiste, en général, dans des logements sociaux, afin de réserver les quartiers du centre aux logements des habitants aisés. Une telle dégradation du centre s’inscrit, ainsi, dans l’engagement d’une véritable politique géographique de l’habitat urbain à Marseille. Nous voici revenus, ainsi, à l’opposition simple entre les quartiers riches des villes et les quartiers pauvres, sachant qu’ainsi, ce que l’on appelle le centre fait partie de ce qu’à Marseille, on a fini par appeler les quartiers Nord.

Troisième lecture : l’emprise du libéralisme

C’est que la responsabilité de la municipalité est aussi celle du libéralisme. Il s’agit de laisser l’espace au marché et au pouvoir des possédants en réduisant le plus possible l’emprise du politique et des pouvoirs publics démocratiquement désignés. Sans doute l’état du patrimoine immobilier de la municipalité de Marseille nous donne-t-il une image de ce à quoi mène la mise en œuvre d’une politique dominée par le libéralisme. En-dehors du fait que, comme nous le disions à l’instant, cela montre qu’à Marseille, le centre fait partie du nord, on peut tirer trois premières conclusions de cette étude sur l’état du patrimoine immobilier de la municipalité. La première est que, quel que soit le résultat des élections municipales, la prochaine municipalité aura devant elle un travail immense à accomplir et une responsabilité considérable à assumer. La seconde conclusion est qu’à l’occasion de ces élections, c’est tout un projet qui doit être élaboré pour le patrimoine immobilier de la municipalité. Enfin, peut-être n’en sommes-nous plus seulement au débat politique mais est-ce à la justice, désormais, de s’occuper de ce qui devient de la part de la municipalité une véritable mise en danger consciente de la vie d’autrui, voire de véritables homicides. [1] Ancien professeur à l’Institut d’Études Politiques de Lyon, Bernard Lamizet travaille sur les identités politiques et les significations des discours politiques. Il travaille aussi sur la ville, l’urbanisme et les politiques municipales.

Les élections municipales ont lieu demain

LA DÉGRADATION DU PATRIMOINE MUNICIPAL[1]

Quatre journaux se sont associés pour une enquête sur la dégradation du patrimoine immobilier de la municipalité de Marseille depuis plus de vingt-cinq ans : « Marsactu », « La Marseillaise », « Mediapart », et « Le Ravi ». Je ne pouvais pas ne pas parler de cette dégradation dans ma tribune de la semaine.

 Une partie du bilan de la municipalité sortante

Il y a plusieurs lectures de cette enquête. La première, la plus évidente, consiste à la faire figurer dans le bilan de la municipalité dirigée depuis 1995 par J.-C. Gaudin. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas, ici, pour moi, de ne considérer que dans la perspective des élections municipales de 2020 ce qui a conduit à de véritables drames, mais il s’agit, tout de même, de commencer par lire dans cette dégradation du patrimoine municipal l’expression d’une certaine conception du mandat de la municipalité. Sans doute cela représente-t-il, ainsi, une partie de ce qui vient distinguer la droite et la gauche : tandis que la gauche a toujours considéré les mandats politiques – et, en particulier, les mandats municipaux – comme des responsabilités à assumer devant les habitants des pays, la droite a toujours cherché à réduire l’intervention des pouvoirs publics, dans une conception des mandats politiques qui les considère comme des services à la disposition des capitaux et des entreprises. On a parfois l’impression que la vie politique contemporaine, qu’il s’agisse de la politique nationale ou de la politique municipale, manifeste une sorte de retour aux confrontations et aux conceptions de la politique du XIXème siècle. Pour contribuer au développement du marché au détriment des populations, la municipalité de Marseille, durant toutes ces années, a consisté à acheter des logements ou même des immeubles entiers et à les laisser tomber en ruines faute d’investissements et de contributions à leur entretien. Cela sera, bien sûr, une partie majeure du débat engagé dans la perspective des élections municipales de l’an prochain, à la fois en termes de bilan et en termes de projets.

Première lecture : l’incompétence de la municipalité

C’est la première lecture de ce bilan. La municipalité sortante a manifesté, de cette manière, une véritable incompétence, une incapacité à diriger la municipalité d’une ville de plus de 800 000 habitants, de la deuxième ville de notre pays. Avant même d’engager une lecture politique de ce bilan de la gestion du patrimoine immobilier de la municipalité, il faut relever l’incompétence. Qu’il s’agisse de l’incompétence des agents municipaux en charge de ces questions, de la mauvaise organisation de la municipalité, de ses directions et de ses pouvoirs, ou encore de l’irresponsabilité de ceux qui la dirigent, cette dégradation des immeubles qu’elle possédait montre que la municipalité n’était pas en mesure d’assumer la responsabilité d’un tel patrimoine. L’incompétence tient aussi, sans doute, à l’absence d’engagement de la part des acteurs de la municipalité, de ceux à qui étaient confiés les pouvoirs : sans doute un engagement réel de leur part aurait-il permis d’éviter que la ville en arrive à une telle dégradation immobilière du centre. On peut, d’ailleurs, relever que cette incompétence n’a pas frappé que le patrimoine immobilier, mais qu’elle touche aussi le patrimoine environnemental, les paysages de la ville, ainsi que la politique de l’entretien et, tout simplement, de la propreté, qui conduit les rues de Marseille à un état préoccupant de manque d’hygiène. C’est tout l’espace urbain qui se trouve, aujourd’hui, dégradé en raison de cette incompétence de la municipalité.

Deuxième lecture : une dégradation pleinement assumée du logement social

Mais peut-être ne s’agit-il pas seulement d’incompétence. Une deuxième lecture de cette dégradation du patrimoine municipal consiste à y voir une politique, consciente ou, peut-être, ce qui est pire, inconsciente, de la municipalité, qui cherche à dégrader les logement sociaux du centre, à la fois pour se livrer à de la spéculation immobilière, en achetant des immeubles pour ne pas les entretenir et, peut-être, pour les revendre, ensuite, à bas prix, pour favoriser les acteurs du marché de l’immobilier, et pour chasser du centre les habitants disposant de revenus faibles ou modestes, puisque le patrimoine immobilier des municipalités consiste, en général, dans des logements sociaux, afin de réserver les quartiers du centre aux logements des habitants aisés. Une telle dégradation du centre s’inscrit, ainsi, dans l’engagement d’une véritable politique géographique de l’habitat urbain à Marseille. Nous voici revenus, ainsi, à l’opposition simple entre les quartiers riches des villes et les quartiers pauvres, sachant qu’ainsi, ce que l’on appelle le centre fait partie de ce qu’à Marseille, on a fini par appeler les quartiers Nord.

Troisième lecture : l’emprise du libéralisme

C’est que la responsabilité de la municipalité est aussi celle du libéralisme. Il s’agit de laisser l’espace au marché et au pouvoir des possédants en réduisant le plus possible l’emprise du politique et des pouvoirs publics démocratiquement désignés. Sans doute l’état du patrimoine immobilier de la municipalité de Marseille nous donne-t-il une image de ce à quoi mène la mise en œuvre d’une politique dominée par le libéralisme. En-dehors du fait que, comme nous le disions à l’instant, cela montre qu’à Marseille, le centre fait partie du nord, on peut tirer trois premières conclusions de cette étude sur l’état du patrimoine immobilier de la municipalité. La première est que, quel que soit le résultat des élections municipales, la prochaine municipalité aura devant elle un travail immense à accomplir et une responsabilité considérable à assumer. La seconde conclusion est qu’à l’occasion de ces élections, c’est tout un projet qui doit être élaboré pour le patrimoine immobilier de la municipalité. Enfin, peut-être n’en sommes-nous plus seulement au débat politique mais est-ce à la justice, désormais, de s’occuper de ce qui devient de la part de la municipalité une véritable mise en danger consciente de la vie d’autrui, voire de véritables homicides.

[1] Ancien professeur à l’Institut d’Études Politiques de Lyon, Bernard Lamizet travaille sur les identités politiques et les significations des discours politiques. Il travaille aussi sur la ville, l’urbanisme et les politiques municipales.

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