Journal de confinement. Semaine#8

Déconfite et gonflée !

Billet de blog
par Lorelei
le 7 Mai 2020
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Pour cette dernière chronique, j’aurais bien aimé vous résumer les 8 semaines de confinement, avant que l’on ne sorte la semaine prochaine, enfin si jamais l’on sort la semaine prochaine, sur une note ironique ou rigolote, et les deux sans doute. Je vous aurais raconté par le menu le temps passé à arpenter des rayons vides de supermarché — il n’y avait encore plus de PQ au SuperU en bas de chez moi mercredi dernier, j’hallucine— ;  le racket orchestré par l’ado pour qu’on lui achète des skins, c’est à dire des vêtements de poupées, pour ses personnages, dans Fortnite, un jeu vidéo, qu’il maîtrise pas mal, ça on ne pourra pas lui enlever, enfin, au bout de 8 semaines, le contraire eût été surprenant ; les nombreuses séries regardées toute la nuit, binge-watched, ça s’appelle en langage Millenium il paraît ; les trajets aller-retour du lit au canapé, qui sont l’essentiel de mes 37 pas quotidiens, la misère ; les projets ambitieux non réalisés, comme l’apprentissage d’une langue rare ou des tablatures de guitare. Et mon intérêt croissant pour la généalogie, surtout depuis que je sais que je descend en ligne droite de Charlemagne, par le mariage au 16e siècle d’une rejetonne de chevaliers croisés et d’un bourgeois d’Albi. A genoux, manants. Haut et clair !

Mais non.

Je terminerai ces chroniques confinées sur une note terre à terre, une expérience personnelle, un témoignage et un coup de gueule.

Alors voilà, le 1er mai, oui un vendredi, férié, veille de weekend, donc, je me suis réveillée endolorie, douloureuse, avec ce léger mal de crâne qui ne demande qu’à s’intensifier.

Bien sûr, ma dent me titillait depuis un certain temps déjà. Bien sûr, j’avais pris rendez-vous chez le dentiste, oui, avant le confinement et bien sûr, celui-ci avait été reporté, reporté, puis annulé. J’en étais donc à ce stade lorsque ce 1er mai, la douleur se réveille. Fortement.

Je passe la main sur le cou et je ne sens pas mon cou mais une grosse boule comme un deuxième tissu, un habit en peau naturel, une sorte de vêtement d’Edgar, comme si un alien du genre Men in Black était en train de me pousser dans le corps. L’homme s’exclame d’ailleurs : « oh, on dirait Popeye ! »

Il est de plus en plus évident que la douleur lancinante aux dents vient de se transformer en rage de dents, d’où l’inflammation des ganglions et ma légère difformité, ce qui implique certainement une atteinte de la pulpe et une urgence vitale pour les personnes cardiaques. Je ne suis pas cardiaque, mais ça aurait pu.

Je réunis mes forces et je me renseigne sur internet sur la conduite à tenir. Le pôle d’odontologie de la Timone apparaît en premier, et je découvre avec ce qu’il me reste de paupières, oui, je gonfle de partout en fait, le très visible bandeau du service d’urgences dentaires, indiquant la prise en charge dans le service, après rendez-vous obligatoire auprès du secrétariat, ouvert du lundi au vendredi, de 9 heures à 16 heures, hors jour férié. Nous sommes le 1er mai, férié, veille d’un week-end. Je ne peux donc joindre personne. Voilà, voilà.

Je laisse un message sur le répondeur de mon dentiste, gobe littéralement des comprimés de paracétamol et passe la journée et la moitié de la nuit à pleureur de douleur.

Le lendemain à l’aube, pareil. « Calme toi, prends sur toi, réfléchis, il y a sûrement une chose intelligente à faire, tu habites dans la 2e ville de France. Tu vas trouver une solution». Enfin l’homme va trouver une solution, parce que je n’en mène pas large. Confiant, il appelle le numéro mis en place par le Conseil national de l’Ordre des chirurgiens-dentistes, qui renvoie vers la plate-forme départementale. On lui demande donc de taper son numéro de département. Le 13, jusqu’à preuve du contraire. Et bien non. Ce numéro là est inconnu, non attribué. Désolée. Pas de chance. T’avais qu’à habiter ailleurs.

Pour être franche, pour l’ado, j’aurais appelé le 15, mais je suis résistante, je vais prendre sur moi.

On descend faire le tour des pharmacies, demander des conseils et adresses. “Oui, on sait, pas de pot, une rage de dent en cette période aussi ! Le mieux, nous indique-t-on, c’est de se rendre dans une maison médicale, s’il y en a une d’ouverte, le week-end du premier mai…” On rêve !

On finit par trouver un médecin qui me prend sans rendez-vous, qui m’indique qu’il n’est pas dentiste, sans blague, qu’il y a des urgences, ah oui, non, c’est vrai, pas le week-end, et sur rendez-vous, ah, ça j’ignorais, le numéro qui ne marche pas, oui, ça je savais. J’en serai quitte finalement pour une ordonnance d’opiacés et d’antibiotiques en attendant la réouverture des cabinets dentaires la semaine prochaine.

Conclusion ? On nous bassine avec des recommandations quotidiennes sur l’importance des soins courants de santé en période de confinement. Et ils –le gouvernement, l’ARS, le Ministère, les médecins et les dentistes, qui vous voulez en fait– ont raison.

Et voici toute l’offre dont on dispose. Une plateforme téléphonique qui ne marche pas. Un service hospitalier circonscrit au minimum du minimum. A Marseille, il n’y a pas d’urgence dentaire les jours fériés et le week-end. Rien. Que tchi. Nada. Je crois qu’en fait, tout cela a bien réussi à me gonfler. Ca au moins, c’est réussi ! Et je le dirai. Haut et clair !

Commentaires

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  1. Tarama Tarama

    Oh la la… une rage de dent en cette période, l’horreur.
    J’ai eu une douleur dentaire lancinante les premiers jours du confinement, et ayant déjà subi une rage de dent, j’ai quelque peu appréhendé. Je me voyais déjà comme ça https://i.makeagif.com/media/12-15-2015/iwBDVg.gif

    Heureusement c’est passé (ou alors comme covid, le mal attend son heure et va exploser au grand jour je ne sais quand).
    Personnellement, j’aurais fait le 15, c’est un vraie urgence, si l’infection se propage…

    J’espère que les médicaments font effet, en attendant les vrais soins.

    Et merci pour ces récits variés lors de ces dernières semaines 🙂

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    • Lorelei Lorelei

      Bonjour,
      Merci beaucoup pour tous vos commentaires.
      J’ai enfin pu aller chez le dentiste après 10 jours d’antibiotiques !! Ma langue est devenue toute noire 😬 Ca ferait une belle chronique 🙂 Mais tout va rentrer dans l’ordre. Ou pas…
      Prenez soin de vous et prenons soin les uns des autres.

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  2. Lorelei Lorelei

    Bonjour,
    Merci beaucoup pour tous vos commentaires.
    J’ai enfin pu aller chez le dentiste après 10 jours d’antibiotiques !! Ma langue est devenue toute noire 😬 Ca ferait une belle chronique 🙂 Mais tout va rentrer dans l’ordre. Ou pas…
    Prenez soin de vous et prenons soin les uns des autres.

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