Journal de confinement. Semaine#7

Un bagnard, un pendu et un roi

Billet de blog
par Lorelei
le 1 Mai 2020
3

Au son des tambours et des trompettes, le nouveau papier, dans l'agora du bon journal marseillais, de la ci-devant Lorelei, descendante du dernier Empereur d'Occident, Carolus Magnus, et arrière-arrière-petite fillotte du fondateur de la dynastie Capétienne, Hugo Capetius, de celle des Ottoniens, et de la lignée des Robertiens aussi, on n'est plus à ça près !

On dit que tout le monde a au moins, dans sa famille, un bagnard, un pendu et un roi. Pour le bagnard et le pendu, je me doutais…

Mais j’en ai trouvé un autre.

Un roi.

Enfin.

Le Dernier Empereur d’Occident.

 

Rien que ça.

Car vous lisez le papier d’une descendante de Carolus Magnus, de son nom vulgaire, Charlemagne, incroyable mais vrai !

Non que je ne me pâme de cette prestigieuse généalogie. D’après les historiens, nous sommes tous des descendants de la famille de Pépin le Bref et de Charles Martel. Nous sommes 67 millions, ils n’étaient que 8 millions à l’époque, donc à la place d’avoir, sur plus ou moins 45 générations, deux parents à chaque fois, 245 personnes donc, c’est à dire quelques milliers de milliards, la seule option possible est que nous soyons tous cousins. La preuve par la puissance du raisonnement mathématique. Et le phénomène des implexes, je vous laisse chercher.

Mais ce qui est vraiment exceptionnel, c’est d’arriver à le prouver. Et là, on peut dire que j’ai eu de la chance. Ma famille de cultivateurs et de marchands albigeois écrivait beaucoup, ah, tiens, ils étaient souvent praticiens, des clercs, des greffiers, etc. et avaient l’habitude des contrats de mariage, des dots et des testaments. Ils devaient donc avoir de nombreux abonnés dans leurs réseaux. Et l’un de ces, je suppose, riches marchands –enfin riche à l’époque, ça veut dire aubergiste, en vrai, je l’ai lu– a, au 16e siècle, pris en épousailles (ou on lui a vendu, au choix) la dernière rejetonne d’une famille de noblesse d’épée “d’extraction chevaleresque”. Monjoie, saint Denis ! Qu’est-ce que ça sonne bien. Des damoiselles et damoiseaux, descendants de chevaliers, chambellans, barons, comptours (ceux qui comptent les sous), croisés, naissances dans des châteaux, armes de gueules, au chef d’argent chargé de 3 tourteaux de gueules. Bref. De seigneur féodal en sainte, véridique, non vierge évidemment, on finit par des duchés d’importance, de Nevers, d’Aquitaine, de Bourgogne, de Macôn, et l’on se retrouve avec des Othon-Guillaume L’Étranger de Bourgogne-Comté époux d’Ermentrude de Roucy. L’étape d’après, ce sont des rois de Saxe, d’Italie, et zou, Pépin d’Italie, fils de Charlemagne, fils de Pépin le Bref, fils de Charles Martel. J’y crois pas ! Comment ça claque sa mère.

Comme vous l’imaginez, j’ai passé la semaine à recopier des arbres généalogiques et des notices Wikipédia. Parce qu’évidemment, dès qu’on descend des Empereurs d’Occident et des fondateurs des dynasties Ottonienne, Capétienne et Robertienne, allez, ouais, hé bien, toute sa descendance est en ligne sur Wikipédia. LA gloire 2.0.

Voilà, j’ai donc acheté deux choses pendant cette période de confinement, un livre sur les Martiniquais au Panama, des descendants d’esclaves, l’autre branche de ma famille, ça calme tout de suite, hein, désireux d’échapper de tout temps à leur sort –ça m’étonnerait même pas qu’un ou deux ait voulu se faire la malle dès le débarquement et se soit retrouvé au diable, voilà le bagnard ; à moins qu’il ne s’agisse du pendu familial dont je parlais plus haut, aie—, et un abonnement à un site de généalogie bien connu. Franchement, on ne regrette pas son investissement. Ça me fera des souvenirs à ma mort prochaine, quand on sortira. Et des anecdotes bien senties à placer à table : “Tu nous l’as déjà raconté celle-là, tata, c’est bon.

Enfin, comme on n’en est pas encore là, pour la sortie, je veux dire, j’ai bien aimé le coup du saut dans le passé, toujours moins angoissant que l’anticipation.

Vite dit. Faut voir… Parce que les nobles, ça raconte tout, et tout par écrit : les empoisonnements au banquet façon Game of Throne, si ; Héribert, qui sera aveuglé en 830 sur ordre de Lothaire, fils de Louis le Pieux ; Gerberge, exécutée en 834 à Chalon en même temps que son demi-frère Gaucelme sur ordre, encore, du même Lothaire (enfermée dans un tonneau et noyée dans la Saône) ; querelles sanglantes —on imagine, exécutions, dérobades d’héritage, placements d’office en cloître réputé du côté de Cluny et autres joyeusetés. Mais ça donne du piment aux relations familiales

Surtout depuis que j’exige que l’on s’agenouille avant de me parler. Avec plus ou moins de succès car l’ado m’a fait humblement remarquer que tout ça ne servait strictement à rien vu que je ne connaissais aucun de ces ascendants. Un raisonnement implacable.

Mais quelle émotion de toucher du doigt l’histoire de ces femmes et de ces hommes de l’an 800… Le temps s’est assez agréablement condensé pendant le confinement. Sur une cellule familiale tout à la fois resserrée et élargie par des vibrations peu sensibles à la chronologie.

 


–Spéciale dédicace @marsactu : je ne crois pas que tout cela soit en mesure d’améliorer ma santé mentale ^-^

Commentaires

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  1. Tarama Tarama

    Quel retour en fanfare (tambours et trompettes) ^^

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    • Lorelei Lorelei

      🙂

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  2. Jacques89 Jacques89

    Finalement, le sperme de rois doit avoir le même Rzéro que le Covid-19?!
    Et si on veut effacer toute trace de cette descendance bâtarde, Saint Raoult peut-il nous aider?

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