Un forum Jeunes d’avenir « pour la photo » : le coup de gueule d’un travailleur social

Tribune
Invités de Marsactu
9 juin 2016 4

Un forum Jeunes d'avenir "pour la photo" : le coup de gueule d'un travailleur social 1

Le forum Jeunes d’avenir a lieu ce jeudi au parc Chanot. Il s’agit d’un des nombreux salons pour l’emploi organisés chaque année à Marseille. Celui-ci, piloté par le groupe de médias et de communication AEF, en est à sa deuxième édition et rassemble de nombreux partenaires publics et privés dont la ville de Marseille, Pôle emploi, la mission locale ou encore l’UPE 13. L’objectif ? « Rassembler en un lieu unique, une diversité d’acteurs publics et privés œuvrant à l’insertion des jeunes avec un objectif partagé : rapprocher l’offre et la demande par la formation et faciliter leur rencontre avec des recruteurs »

Sur le papier, l’offre proposée par AEF, présidé par l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy Raymond Soubie, est alléchante. Pour cette édition, le communiqué de présentation annonce 10 000 offres d’emploi à pourvoir sur une plateforme électronique dédiée pour 6000 jeunes attendus.

Il y a quelques jours, Marsactu a été le destinataire d’un texte émanant d’un conseiller à l’insertion travaillant dans les quartiers Nord de Marseille. Il est habitué de ce type de salons et a participé au premier salon Jeunes d’avenir à Marseille. Il en dresse un tout autre bilan et doute de l’efficacité de l’événement.

Un forum photo

« Je suis un travailleur social conseiller en insertion professionnel, chargé de l’emploi des jeunes de moins de 26 ans dans les quartiers Nord de Marseille. Jeudi, à Marseille au Parc Chanot a lieu le Forum avenir jeunes. J’ai participé à ce salon l’année dernière où j’ai pu présenter une dizaine de jeunes candidats sur les employeurs présents, comme une dizaine de mes collègues, ce qui devait faire une centaine de candidats… Au final, pas une seule embauche, même pas un deuxième entretien. Dubitatif, je me suis rapproché des missions locales des quartiers Nord pour avoir un retour d’expérience… Idem, même constat.

Nous avons fait plusieurs fois remonter ce constat à nos hiérarchies respectives… Nada, rien, pas une seule évolution, et on recommence cette année. Entre temps, aucun communiqué sur les résultats de l’année dernière ne nous est parvenu que ce soit pour les entrées en formation ou en emploi.

Les chiffres donnés pour 2015 sont effarants d’hypocrisie. 8500 offres annoncées, 5200 jeunes sont passés… Mais les offres proposées étaient bien souvent nationales comme celles de l’armée ou gendarmerie. Les autres visaient pour beaucoup des contrats précaires à temps partiel comme des contrats de services à la personne de quelques heures ou qui nécessitent une très grande mobilité, des taches que les jeunes, qui pour la plupart n’ont ni permis ni encore moins de véhicule, ne peuvent pas forcément faire. Il ne reste que quelques contrats en alternance pour lequel l’accès est très difficile.

Bien sûr, la photo finale entre organisateurs, cadres des missions locales et Pôle emploi, et les élus locaux était belle. Évidemment, tous goguenards devant le « succès de cette édition 2015 ». Ces forums généralistes sont le plus souvent des forums pour la photo pour justifier un budget et montrer de jolis sourires. Rien n’est construit avec les acteurs de terrain. Lors de l’opération nous ne pouvions même pas pénétrer dans l’espace VIP où se trouvaient les employeurs et les invités. C’est assez différent pour des forums thématiques où l’on connaît les tenants et les aboutissants. Nos jeunes y arrivent davantage préparés. Ainsi, dans le cadre de l’Euro 2016, de nombreux recrutements, en sécurité par exemple, ont pu avoir lieu.

J’aime mon métier et les publics pour qui je travaille, mais là, c’est impossible pour nous de véhiculer les valeurs du « travail » quand, à côté, on se fout de la gueule des jeunes. Que pouvons-nous leur répondre ? J’ai l’impression que tout le monde perd de vue le fond des problèmes. Personne ne réagit au niveau politique, j’ai l’impression que cela n’émeut que les principaux intéressés : les jeunes… »

Un conseiller à l’emploi citoyen

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commentaires

  1. Avé

    Super merci pour ce commentaire et espérons que beaucoup d’autres personnes de terrain aient le réflexe citoyen et le courage de dénoncer ces pratiques hypocrites. Honteux que les institutions se fourvoient dans des dispositifs cosmétiques sans aucun fond. Une institution publique efficace n’est-elle pas justement celle qui met à contribution ses travailleurs de terrain pour mettre en place des actions ?
    Bravo et merci Marsactu de relayer ces paroles

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  2. JL41

    Qu’il s’agisse du créateur d’entreprise ou du demandeur d’emploi, c’est la ronde autour d’eux des entremetteurs et des conseilleurs. Le chômage permet déjà de faire vivre ceux là. Si l’on faisait le total des emplois développés autour du chômage, en commençant par Pôle emploi, les Missions locales et la multitude d’associations, de conseillers et d’experts qui tournent autour, sans oublier les chercheurs qui vivent de l’exploitation des statistiques produites, on se rendrait compte que si certains sont au chômage, ils permettent à d’autres de vivre de leur chômage. D’autres sans doute moins nombreux quand même, mais qui ne sont pas toujours d’un grand secours.

    Je me souviens d’un colloque sur la création d’entreprise ouvert à 9 h, mais où il a fallu attendre jusqu’à 11 h 30 l’arrivée d’un créateur d’entreprise potentiel, que les organisateurs se sont arrachés…

    Je me souviens aussi d’un vieil intervenant sur ce sujet, une association qui s’appelle maintenant CV Street, dont le dirigeant, toujours à l’affut d’un élu à faire valoir (ici avec Tian) et d’une subvention, fait la promotion de demandeurs d’emploi via un affichage public : http://www.20minutes.fr/marseille/1849915-20160522-marseille-cvstreet-lance-telerealite-contre-chomage

    La question est moins de placer un demandeur d’emploi, encore que ce soit une aide pour des cas difficiles, que de créer des emplois pour ceux qui n’en ont pas. On retombe là sur la création d’entreprise et ses avatars. Dans un contexte de surproduction ou de suroffre de services, l’ajout d’une nouvelle entreprise peut en pousser une autre à abandonner la partie. C’est rare de réussir à créer des biens ou des services qui correspondent à une demande non déjà satisfaite.

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  3. Voyageuse

    Enfin quelqu’un qui le dit tout haut ! MERCI. C’est de l’argent jeté par les fenêtres qui seraient mieux utilisé pour financer les permis de conduire, les inscriptions aux concours, etc.

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  4. neomars

    A ce sujet, marsactu pourrait peut-être nous renseigner sur les résultats concrets de l’école de la 2ème chance ?

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