Et une semaine plus tard, le conf’ devint la norme

Billet de blog
le 23 Mar 2020
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Aventures de la semaine : premières sorties, playlists de conf', sourire avec les yeux et rituel de 20 heures.

Confinement, mesuré jour 6, ressenti jour 8000. La vue de mon balcon n’a pas beaucoup évoluée, le feu défile toujours vert-orange-rouge, dans le vide. Je ne vous ferai pas le coup des arbres qui bourgeonnent et qu’on a enfin le temps d’admirer, perso je suis allergique aux pollens donc j’avais déjà noté cette histoire de bourgeonnement, mais si je pouvais les admirer bourgeonner depuis une terrasse de café je trouverais ça pas plus mal.

 

La grande nouveauté de la semaine, c’est que mon jukebox interne est désormais envahi de variations sur le thème du confinement. Il y a « Vive le conf’, vive le conf’, vive le conf’ d’hiver…», et aussi « Chacun son conf’, chacun son chemin » ou encore « Le confinement au soleil, c’est une chose qu’on aura jamais » (ce qui n’a aucun sens, on est d’accord). Et ma préférée : «  Confinééés, confinééés, on ne sortira plus jamaiiis ». Remerciez moi pour l’air de la Reine des neiges coincé dans la tête jusqu’à la fin du conf ‘.

 

Car oui, aussi, « jusqu’à la fin du conf’ », synonyme d’éternité, est devenue une expression quotidienne par chez nous. Et elle est convoquée dans pas mal d’engueulades : « Je te préviens, j’écoute pas du reggae jusqu’à la fin du conf’ ». (Lors d’un ajustement playlist de conf’). « Oh, tu me feras le plaisir de ranger tes vêtements, je les enjambe pas jusqu’à la fin du conf ‘ ». (J’avoue, ça m’étais adressé, j’ai répliqué que j’avais déjà perdu tous mes repères, et que si en plus on m’enlevait mon tas de vêtement traditionnellement rangé par terre, j’allais vraiment mal le vivre) (le confinement permet de réfléchir à des réparties de plus en plus abouties, c’est un avantage).

 

Bref, intro fleuve pour dire que nos corps tournent en rond dans nos apparts, que nos pensées tournent en rond dans nos corps qui tournent en rond dans nos apparts, et que du coup, je fais des circonvolutions pour arriver à l’aventure que nous avons tous, je pense, vécu cette semaine : la première sortie.

Le dehors avec 1m50 de distance

 

Comme je suis bien sage (et que j’ai des copains qui bossent à l’hosto, ça sensibilise à l’importance du confinement), je ne sors pas trop. La première fois, donc, ça a été en jour 3, sur le boulevard Longchamp pour un petit footing (de 20 minutes, à 500 mètres de chez moi, et en mettant 1 mètre 50 de distance avec tout le monde, ON SE CALME). Rien à signaler, absence de voitures (ce qui est plutôt cool), gens qui courent avec un équipement qui trahit le fait que ça leur arrive pas franchement souvent. J’ai jamais couru aussi vite, j’imagine que l’énergie s’emmagasine pendant plusieurs jours et sort de manière complètement incontrôlée quand on la libère. Théorie à creuser.

 

Mais, beaucoup plus riche en émotion, ma deuxième sortie, en jour 4 : je suis allée chercher du pain à la boulangerie, à 150 mètres de chez moi. Et là, je vous raconte pas le bonheur, j’avais l’impression de partir en voyage à l’autre bout du monde. Pourtant, rue de la Grande armée, on va dire que c’est pas non plus le Machu Picchu, mais un bonheur !

Et quand j’ai essayé d’analyser ce qui m’avait rendu si heureuse, je me suis rendue compte que ce que j’avais eu, c’était une sensation de liberté. Et ça m’a rendue à la fois optimiste et très flippée : ça veut dire qu’il faut pas plus de trois jours pour intérioriser des nouvelles contraintes et arriver à profiter des espaces qu’elles nous laissent… Je me suis dit, si ça se trouve en Iran, moi je serais du genre à dire « Attends ça va, OK on nous arrête si on a un pantalon qui est 2 centimètres trop court et qu’on aperçoit notre cheville, mais bon, on a le droit de sortir c’est déjà trop génial ! »

 

Je me suis fait la même réflexion en discutant avec un Français, actuellement en Australie. Là-bas, le Coronavirus n’est pas encore vraiment là (contrairement à Rubirola, haha) : il y a très peu de cas, et dans certaines parties de l’Australie, les seules mesures qui ont été prises sont la limitation des rassemblements de plus de 100 personnes et l’incitation aux gestes barrières. Bref, cette personne me dit, hésitante : « Dis, j’ai une question… C’est vrai que maintenant en France il faut un papier pour avoir le droit de sortir de chez toi ? » Il m’a fait prendre conscience que c’était effectivement, un peu dingue. Mais encore une fois, ça m’a aussi montré à quel point on est malléables : en une semaine, on est cap de trouver ça tout à fait normal. Les dictateurs de tout poil ont de beaux jours devant eux.

 

Sinon, en terme de vie du dehors, chacun voit midi à son conf’ comme qui dirait. Ma copine A., qui est sortie avec son masque, a eu cette jolie observation : « Le sourire avec les yeux devient super important ». Travaillons donc nos sourires oculaires ! S. et R., eux, profitent de leurs escapades pour dire aux commerçants qu’ils sont trop sympa de travailler et qu’ils les aiment. Moi, mes deux sorties ont été très brèves… Et j’avoue que j’ai un peu peur de sortir et d’expérimenter les magasins silencieux, les gens angoissés, je préfère regarder mon petit épicier d’en bas qui a toujours l’air aussi tranquille, et me débrouiller avec les vivres qu’il y a à la maison.

Le 20 heures, le bonheur

 

Quand je ne regarde pas par la fenêtre, je télétravaille, donc au final je suis loin du désœuvrement – je n’ai pas encore fait le tri des placards, ni classé les photos, ni étudié le farsi (une idée pour Lorelei) ou nettoyé les murs, on en est encore à se battre pour ne pas faire la vaisselle – comme d’habitude, en somme. Le soir, on lit ou on regarde des films, pas de grand changement… Si ce n’est que quand tu assistes à une poignée de main tu as envie de hurler MAIS VOUS ÊTES MALADES ET LES GESTES BARRIERES C’EST OPTIONNEL ?

 

On est quand même fidèles au poste à 20h, on applaudit avec plaisir même si très sincèrement, pour l’instant c’est pas tant un hommage qu’une mini teuf au balcon. Au fil des jours, on passe du simple applaudissement au tambourin, feu d’artifice et sifflets, et je suis curieuse de voir à quoi ça ressemblera dans trois semaines… En attendant, c’est un beau moment, je pleure à chaque fois (j’ai un problème avec les communions entre les gens, je pleure systématiquement devant les batucada ou les manifs, par exemple). Je me dis qu’en ville, on a quand même cette chance : se rappeler que d’autres gens vivent la même chose, et que d’ailleurs c’est pour eux qu’on fait tout ça, d’une certaine manière.

 

Un peu en vrac, voilà donc ma première semaine, un peu étrange mais loin d’être insupportable. D’autant que j’ai eu beaucoup de discussions avec ceux qu’on appellera « les gens du dehors », ceux qui continuent à travailler, comme avant… Si ce n’est une grosse différence : une nette augmentation de leur angoisse. Mais je vais m’arrêter là pour cause d’article vraiment très long, et je vous raconte ça bientôt. Bon conf’.

Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Sympa, j aime le ton faussement leger 🙂

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  2. barbapapa barbapapa

    J’ai beaucoup aimé l' »étude du farsi » et le « coronavirus n’est pas encore là, contrairement à Rubirola – haha », ça fait du bien de rire un peu !

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