DE QUOI 2026 SERA-T-ELLE FAITE À MARSEILLE (3) ?
Nous nous proposons aujourd’hui de conclure le tour d’horizon entrepris il y a deux semaines sur les grandes lignes de l’année politique qui s’annonce à Marseille. En réalité, ces trois articles de ma chronique de Marsactu consistent à se demander ce que devraient être les choix de la gauche en 2026
Imaginer une nouvelle urbanité à Marseille
Nous devrions saisir l’occasion de cette élection municipale pour concevoir ce que l’on pourrait appeler un nouveau Marseille. Que pourrait donc bien être cette nouvelle ville ainsi désignée pour prendre la place de la Marseille que nous connaissons ? Peut-être, en passant, pourrions-nous dire que la difficulté est là, dans les projets électoraux : nous ne pouvons plus contenter de ravaler Marseille, de la rendre plus propre, plus séduisante, plus accueillante, plus active aussi. Au-delà, c’est un nouveau Marseille que nous devons imaginer, concevoir une nouvelle urbanité, que je qualifierais en quatre termes. Le premier consisterait à imaginer une Marseille plus ouverte au monde – ce qui consiste dans une Marseille plus ouverte à des habitantes et à des habitants venus d’ailleurs, parfois de loin, comme l’étaient, justement, celles et ceux qui ont fondé « Massalia », en venant de loin, de Phocée. Le second, consisterait dans une Marseille rajeunie, ouverte à des pratiques urbaines réinventées, à des constructions et à un urbanisme consistant dans de nouvelles façons d’habiter la ville. Cela nous amène à ce qui pourrait être le troisième aspect de ce nouveau Marseille : une ville faite d’immeubles ayant moins des visages de tours commençant à vieillir et offrant davantage des allures de maisons mieux conçues pour être habitées. Enfin, la quatrième urbanité de Marseille devrait reposer sur de nouvelles agoras, sur de nouveaux espaces de parole et de vie sociale. Les quartiers de Marseille devraient, selon moi, être davantage conçus pour permettre la rencontre et la parole.
Repenser la vie sociale de la ville et de la métropole
Puisque nous parlons de vie sociale, profitons donc aussi de cette élection pour repenser les institutions de la ville – et, pour commencer, par la municipalité et la métropole. Nous avons connu un grand nombre de réformes électorales à Marseille, de modes d’organisation de la ville, et, avec le recul, nous devons reconnaître que rien n’a changé. En évoquant de nouvelles relations entre la ville et la métropole, je pense à imaginer de nouvelles institutions urbaines véritablement conçues pour permettre aux habitants de la ville de s’exprimer, mais surtout en essayant de concevoir des institutions davantage conçues pour mettre en œuvre des projets de vie urbaine et moins enfermées dans de simples logiques de pouvoir. Au lieu d’être obsédés par l’extension de leurs propres pouvoirs et par la limitation des pouvoirs des autres acteurs de la vie politique urbaine et métropolitaine, les acteurs politiques qui imaginent Marseille et qui la font vivre devraient être davantage sensible au sens que devrait avoir la ville pour celles et ceux qui l’habitent. Car on a fini par oublier cette évidence : le rôle des institutions de la métropole est de permettre aux habitantes et aux habitants de vivre leur ville, de pouvoir l’imaginer et de lui donner des significations multiples en leur donnant la possibilité de parler de leur ville à celles et à ceux qui l’habitent en même temps qu’eux ou à celles et à ceux à qui ils ont seulement envie de la présenter. Les institutions urbaines et métropolitaines ne devraient pas se limiter à des pouvoirs, mais devraient permettre à celles et à ceux qui y vivent de parler leur ville, de lui donner une culture, une langue et une parole, venant enrichir leur vie urbaine.
Au fait, c’est qui, la gauche ?
Je suis parti de l’idée que les politiques que j’imaginais à l’occasion des élections municipales contribuaient à fonder une politique de gauche. Mais peut-être, avant tout, faudrait-il se poser une question essentielle : de quoi parlons-nous, à Marseille, quand nous parlons de la gauche ? Qu’est-ce qu’une gauche marseillaise ? Il s’agit encore d’un de ces mots que l’on croit connaître, auxquels on croit donner du sens, mais il serait beaucoup plus complexe de penser ce sens. Commençons par le commencement, quand on pose la question du sens de la gauche marseillaise aujourd’hui. La première question qui se pose au moment où j’écris est celle de sa composition. Nous ne savons toujours pas, aujourd’hui, s’il y aura une liste de gauche ou deux pour le premier tour. Je l’ai déjà écrit ici, je le redis : ce serait trop risqué pour la gauche, suicidaire même, d’aller à l’élection divisée en deux listes. La séparation de la gauche en deux listes, celle des Insoumis et celle du maire sortant, ferait courir à la gauche (et, en même temps, à nous, à ses électrices et à ses électeurs) le risque d’un second tour n’opposant plus que la droite de M. Vassal et celle du Rassemblement national. À Marseille comme partout en France, la gauche n’est forte que si elle est unie, et si ses divergences sont là pour l’enrichir et non pour la diviser. Mais réfléchir à l’identité de la gauche, c’est réfléchir au sens de son projet pour la ville.
D’abord, le sens de l’identité de la gauche marseillaise consiste à penser le lien entre le temps court de la ville et son temps long. Marseille a mis vingt-six siècles à construire le sens qu’elle nous propose, cela donne à son identité sa richesse, mais, en même temps, sa complexité. C’est pourquoi la gauche doit commencer sa politique par là : il ne faut pas se contenter de « gérer » Marseille, de l’administrer, sa politique doit lui permettre de s’y retrouver, d’y construire une identité en laquelle elle puisse se retrouver. Par ailleurs, parler de l’identité marseillaise, c’est faire en sorte que celles et ceux qui y vivent y vivent ensemble dans des espaces partagés : l’urbanisme et l’aménagement des espaces urbains marseillais doivent faire d’eux des espaces ouverts, des espaces où l’on parle à l’autre, et cela implique, en particulier, une politique décidée à mettre fin à la violence. Pour cette raison, l’urbanité marseillaise ne doit pas se contenter de concevoir une accumulation de quartiers et de lieux fermés les uns sur les autres, mais, au contraire, à la fois dans la conception de réseaux et de modes de transports et dans des politiques sociales et culturelles permettant de mettre fin à l’emprise de la violence, la ville doit retrouver le sens d’une véritable dynamique urbaine pleinement partagée. Enfin, ce qui a toujours caractérisé la gauche par rapport aux autres identités politiques, c’est la solidarité. Marseille doit retrouver une véritable solidarité urbaine : c’est ce que signifie l’idée d’une ville réellement ouverte, pour en finir avec les trafics, les violences et les morts qui dégradent notre ville et risquent, à terme, de la rendre inhabitable. Une politique urbaine et métropolitaine de gauche doit permettre à celles et ceux qui vivent à Marseille de mettre en pratique les modes de vie sociale et de se dire les mots faisant de Marseille une véritable ville partagée.
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