DE QUOI 2026 SERA-T-ELLE FAITE À MARSEILLE (1) ?
Après les vœux et les petits chocolats, après les mots de réconfort et de solidarité pour celles et ceux d’entre nous en situation de difficulté et de précarité, voici venu le temps de quelques réflexions sur l’avenir de Marseille.
La grande échéance : les élections municipales
Nous commençons à le savoir, à force de n’entendre parler que de cela dans les médias et dans les discours sur Marseille : nous élirons cette année notre conseil municipal et notre maire, pour six ans. C’est l’échéance politique la plus importante pour notre ville, et elle est essentielle à la fois parce que nous choisirons les décideurs et les législateurs (à l’échelle municipale, ce sont les mêmes) et parce que cette élection construit le tissu politique de la ville. En effet, c’est en fonction des élections municipales que se structurent les identités politiques d’une ville, les orientations et les choix de ses acteurs, les engagements de ses décideurs. Cette année, les enjeux de ces élections sont particulièrement importantes pour deux raisons. D’abord, ce sont les municipales qui vont mettre à jour les institutions de la métropole. Nous allons, en ce sens voter deux fois, nos choix électoraux seront doubles : il s’agira de choisir la municipalité et, indirectement, de choisir les institutions de la métropole, ce qui est essentiel dans un nombre considérable de domaines – à commencer par celui des transports. Ensuite, ces élections municipales vont peser sur le paysage politique marseillais à la veille d’échéances électorales essentielles sur le plan national : l’élection présidentielle et les élections législatives en 2027. Ne nous trompons pas : l’horizon des élections nationales va avoir une importance considérable pour les élections municipales, mais, en élisant la municipalité, nous façonnerons le paysage électoral marseillais de 2027.
De quoi sera faite, à Marseille, la confrontation entre la gauche et la droite
Ce qui est important, à l’occasion de cette élection municipale, c’est qu’elle nous permettra (peut-être) de mieux comprendre ce qu’est devenue, ici, la confrontation entre les partis qui forment l’espace politique de la ville. Jusqu’à présent, même si la droite se rapprochait de plus en plus de l’extrême droite, les identités et les choix politiques marseillais étaient ceux de la dimension nationale du pays. Mais les choses commencent à changer. On peut relever quatre points sur lesquels la confrontation marseillaise entre la gauche et la droite présente des particularités. D’abord, à gauche, la présence des écologistes s’est peu à affirmée et ils sont devenus un acteur politique fort et reconnu dans l’espace politique. Cela a conduit à donner aux enjeux environnementaux une place qui s’est accrue au fil des années. Ensuite, la place des Insoumis dans le paysage politique marseillais est sans doute plus reconnue que dans d’autres villes. Même s’il y a des tensions entre eux et le reste de la gauche, on peut encore penser à un projet commun et à des listes partagées pour l’élection municipale. Une troisième spécificité marseillaise des identités politiques est le manque de lisibilité des macronistes. C’est vrai sur le plan national, car on a de plus en plus de mal à comprendre leur projet, mais c’est particulièrement perceptible à Marseille, où on a toujours du mal à comprendre où ils se situent. Enfin, la confrontation marseillaise entre la gauche et la droite devient peu à peu une confrontation entre la gauche et une droite radicalisée, devenue extrême. Les enjeux et les idées de l’extrême droite ont fini par s’imposer dans le discours de la droite, tandis que la gauche semble avoir du mal à trouver une voix et une parole qui permettent de l’identifier.
La banalisation des idées de l’extrême droite et la montée de la violence
En effet, c’est le constat le plus évident : les idées de l’extrême droite se sont approprié l’espace politique de la ville. La droite libérale peine à trouver une voix et le macronisme ne parvient pas à se donner une véritable place dans l’espace politique de Marseille. Le libéralisme se réduit à une affaire de défense des flux financiers, E. Macron tente par tous les moyens de faire croire qu’il a des projets à faire valoir pour la ville alors que la droite libérale, ici, n’a jamais véritablement eu une place – sauf peut-être au temps des débuts de l’industrialisation et de la marine des grands cargos et des grands paquebots. Pendant toute la période où G. Defferre a régné sur la ville (1953-1986), il s’est toujours consacré à empêché les grands partis, de gauche comme de droite, de s’imposer. De ce fait, la gauche a été dominée par l’hégémonie socialiste dont elle peine à se libérer, puisqu’il aura fallu l’élection de 2020 pour qu’un maire de gauche soit élu. Mais le plus grave est ailleurs : il est dans la montée de deux formes de violence qui mettent à mal le débat politique en empêchant un véritable débat politique se se tenir. Ces deux formes de violence sont celle de l’extrême droite et celle du gangstérisme du narcotrafic et de « l’emprise », pour reprendre le titre du livre que lui ont consacré trois journalistes de Marsactu. En effet, ne nous trompons pas : l’extrême droite est née sur la violence, et sa conception de la politique, qui, d’ailleurs, de ce fait, n’en est pas vraiment une, repose sur la violence radicale qui cherche à détruire l’espace politique en le peuplant d’actes de violence et de criminalité qui l’empêche d’être habité par le débat politique et une véritable vie urbaine. Si nous n’y prenons garde, 2026, à Marseille, pourrait bien être une année de plus de violence et de silence, une année de plus au cours de laquelle la ville n’en sera plus une parce qu’elle ne pourra pas être réellement et sereinement habitée, comme la famille Kessaci en a fait l’expérience. L’extrême droite n’est que l’expression soi-disant politique des idées et des réseaux de la violence et même du banditisme. Il faudra y prendre garde au moment de voter pour l’élection municipale – même si ce n’est pas aux lecteurs de Marsactu qu’il importe de le dire. Ce qui caractérise notre époque marseillaise, c’est que la ville commence seulement à se libérer de ces emprises politiques de la violence. Il ne faut surtout pas qu’elle y retombe.
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