Jeux, émoi

Confiance, stress, cruauté

Billet de blog
le 8 Août 2016
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Les Jeux ne sont plus seulement l'exposition de compétences physiques et techniques hors du commun. Ils sont devenus un gigantesque forum de pleurs et de cris, joie et douleur mêlés, qui noient le mental des compétiteurs ou le forgent. Jusqu'ici, les Français ont eu un peu de mal à gérer...

Confiance, stress, cruauté
Confiance, stress, cruauté

Confiance, stress, cruauté

Une médaille, enfin, et c’est tout l’environnement médiatique de la délégation française qui est soulagé après deux jours de constipation. Des milliers de personnes travaillent à tricoter des récits autour des sportifs engagés à Rio, et le risque de basculer dans une morosité acide et mortifère n’est pas tout à fait écarté.

Les observateurs considèrent que le relais 4 x 100 m libre des nageurs tricolores a perdu son titre au profit des Américains. On peut aussi considérer qu’il a eu le grand mérite d’aller chercher une nouvelle médaille, en argent cette fois, puisqu’en natation, plus que dans d’autres disciplines, les compteurs sont remis à zéro à chaque rendez-vous olympique. Les Américains pouvaient compter sur leur vieil ogre Michael Phelps, mais ils avaient aussi donné leur chance à des jeunes prometteurs. Les Français, faute de relève, ne peuvent pas se le permettre. Le relais est allé moins vite qu’à Londres, et dans quatre ans, il sera composé de nageurs qu’on ne connaît pas encore, ce qui est relativement inquiétant.

Le Cercle des Nageurs de Marseille va pouvoir se targuer de nouvelles médailles, qu’on attend de Lacourt et de Manaudou. Mais plus tard ? Florent Manaudou devra se méfier d’ailleurs de ne pas voir surgir un jeune missile inconscient et doué, comme il l’était lui-même il y a quatre ans.

Le relais n’a pas reçu l’appui de Yannick Agnel, dont l’apport avait été si important à Londres. A 24 ans, le champion olympique du 200 m libre est déjà calciné. Il va mettre un terme à la pratique d’un premier sacerdoce, à l’âge où tant de jeunes de son âge entrent dans la vie active. Pourtant, il devrait être plus fort, plus malin, plus résistant que lors de sa première consécration olympique. Mais la pression de l’entourage, les sollicitations médiatiques, les accidents de la vie l’ont découragé d’envisager de faire de son plaisir un véritable métier.

Pourtant, il y a toujours cru, affirme-t-il. Mais ne s’est-il pas alors trompé lui-même ? L’assurance et la confiance ne sont pas tout à fait la même chose.

La confiance surgit parfois de l’inconscience, celle de la jeunesse. Le judoka italien Fabio Basile (21 ans) l’a démontré en dominant en finale des -66kg, par ippon s’il vous plait, l’immense favori An Baul, un Sud-Coréen multimédaillé, qui avait désintégré le Français Kilian Le Blouch au 2e tour.

Puis l’expérience des coups durs, des décisions d’arbitrage injustes qui ne sont contestées que lorsqu’elles vous sont défavorables, des blessures amènent les doutes et font des nœuds dans la tête.

L’assurance, c’était la force de l’équipe de France de volley, forte d’une dynamique et de succès récents. Mais pour son premier match, elle est tombée sur l’Italie, son double, son miroir. Quelle que soit la discipline, comme les Français, cette nation n’est jamais aussi forte que pour faire déjouer un favori, introduire le doute, exploiter les failles, et emporter tout sur un torrent d’enthousiasme. Si l’Italie avait été favorite, et la France challenger, la correction aurait tout aussi bien pu être infligée dans l’autre sens. Désormais, l’Italie est portée par la vague, et la France devra lutter pour se sortir du courant contraire.

L’assurance n’évite pas les effets du stress, qu’on fait mine d’ignorer et qui exerce alors ses ravages silencieusement. Les différents compétiteurs français qui ont connu un échec inattendu ont été fustigés immédiatement par une horde d’observateurs digne de la presse de caniveau anglo-saxonne.

Les joueuses et joueurs de tennis, en particulier. Ils ne méritent pas ce « French bashing » plus que leurs homologues d’autres pays, qui sont nombreux à avoir été victimes d’une épidémie de stress, bien plus redoutable que Zika. L’hécatombe est impressionnante chez les favoris.

Ce tournoi n’est techniquement pas différent des autres, et les tableaux sont sur le papier moins encombrés. Mais il s’agit pour les champions de réaliser un rêve de gamin, de saisir une chance qui ne se présente que tous les quatre ans, de porter un espoir national différent de celui mis en jeu par la Coupe Davis, qui provoque déjà son lot de surprises. Cette pression, et les attentes du public dans son pays,  peuvent être étouffants. Certains s’en accommodent ; Nadal, Agassi, Murray et, chez les femmes, Graf, Hénin, les soeurs Williams ont été champions olympiques. Mais d’autres n’y parviennent pas chez les numéros 1 : l’immense Roger Federer doit se contenter d’un titre en double et Novak Djokovic d’une médaille de bronze obtenue à Pekin. Ce n’est pas faute d’avoir essayé; il avait aussi perdu le match pour le bronze à Londres, déjà contre Del Potro. Sa défaite est parfaitement excusable par la malchance d'avoir dû affronter dès le premier tour Martin Del Potro. Ce géant talentueux et sympathique, au masque de tueur à gages, est privé depuis trop longtemps des succès qu’il mérite par une avalanche de blessures. L’Argentin ne déparerait pas au palmarès olympique. Mais dans ce tournoi chamboule-tout, on pourrait tout aussi bien constater l’apothéose d’un joueur plus discret, privé de pression et porté par l’enthousiasme comme l’ont été par le passé Marc Rosset, Nicolas Massu ou Elena Dementieva, dont la victoire finale à Pékin avait tant fait plaisir à voir. Et pourquoi pas la victoire finale d’un(e) représentant(e) français(e) ?

L’assurance n’est pas la même chose que la confiance, mais elle peut la créer, comme pour l’équipe de France féminine de basket qui a cru à ses chances jusqu’au bout dans un match bien mal embarqué face à la Biélorussie. Elle l’a emporté d’un souffle, quand le « buzzer » de fin de partie allait se déclencher.

Cette défaite imméritée des Biélorusses les éliminait, ce qui, au vu de la rencontre, est d’une cruauté absolue. Les vaincues n’accableront pas les Françaises, mais bien la malchance ou l’absence de réussite ou la défaillance des arbitres, ou, ou…

La cruauté a montré plusieurs fois son visage, déjà. Elle a accablé deux cyclistes féminines dans la course en ligne. La Néerlandaise Annemiek van Vleuten , la plus forte de la course, foudroyée par une chute alors qu’elle s’envolait vers le titre. Puis l’Américaine Mara Abbott, qui croyait pouvoir bénéficier de cet accident dramatique après s’être montrée plus prudente dans cette dernière descente maléfique, s’est vue dépassée, à bout de forces, par son trio de poursuivantes à 200 m de la ligne.

L’hystérie autour du manque de médailles a un peu occulté les bons débuts des boxeurs et des cavaliers. Pourvu que leur résultat final leur permette d’entrer dans la lueur des projecteurs…

VIGNETTE

# Le Kosovo a emporté son premier titre olympique et pas une médaille de raccroc, puisqu’elle a été obtenue en judo par Malinda Kalmendi en -52 kg. L’existence de son pays n’est pas encore reconnue par la communauté internationale, mais elle l’est par le CIO.

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