Cheick, grand dur au coeur Malabar

Billet de blog
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21 Mai 2018 0

Cheick Mvoreha, jeune Marseillais de 24 ans, est assis sur l’une des banquettes roses bonbon de son snack préféré, boulevard National. S’il paraît sur la réserve, il dévoile peu à peu sa personne et le parcours qui l’a mené jusqu’ici, masquant sa nervosité de son rire communicatif. Parfois la tête dans les étoiles, il garde les pieds sur terre et c’est avec détermination qu’il tente de trouver sa voie.

D’une adolescence difficile à la réinsertion

Cheick va à l’école jusqu’en sixième, mais apprendre qu’il doit redoubler est un coup dur, “quand j’étais petit, j’arrivais pas à contrôler ma fierté, j’avais un caractère trop spécial”, explique-t-il. S’il est inscrit jusqu’en troisième, il ne suivra pas les cours et ne passera pas son brevet. “J’étais en dépression, je ne voulais plus sortir, je ne m’aimais pas”. Pendant cette période, difficile, il commence à voir des psychologues et des éducateurs. “Vers mes 15 ans, j’ai commencé à me reprendre en main, j’ai compris que j’étais pas une merde”. 

Il entame un stage de remise à niveau puis s’essaie à plusieurs boulots jusqu’à une formation aux métiers du bois et du métal qu’il a suivi chez Appel d’Aire, association oeuvrant à la réinsertion de jeunes déscolarisés. Enrichi de cette expérience, il en ressort avec une certitude, ce sera un métier manuel. “Ça me permets de moins penser, mais c’est dur de choisir”, dit-il songeur, “soudure, mécanique ou même, tailleur de pierres, j’aimerais bien essayer” tout attire son esprit curieux. Il lui reste encore six mois pour le découvrir. En effet, il suit un programme dans un centre de rééducation professionnel afin de définir son projet d’avenir.

L’art du paradoxe

Ce grand bonhomme, aux épaules carrées, a l’air d’avoir grandi trop vite et de ne savoir que faire de son corps. Son dos légèrement courbé et son torse en retrait sont l’allégorie parfaite de la carapace qu’il s’est forgé et, s’il aimerait rester caché, ses jambes, elles, ne cessent de marcher avec détermination. “Je suis quelqu’un de fier mais… drôle quand même” sourit-il.  “ Après, ça se voit pas trop, mais avec ce que j’ai vécu, je me suis endurci” affirme-t-il. Réservé mais ouvert, intelligent et sensible, il ne dupe que lui-même lorsqu’il affirme “s’en foutre des autres”.

« C’est la personne la plus courageuse que j’aie rencontré » confie Lucile, éducatrice chez Impact’jeunes, un collectif qui favorise l’emploi des jeunes. Il a peur de se dévoiler, mais finit par mettre des mots sur ses maux. Il a décidé de se reprendre en main suite à un déclic : “Je me suis rendu compte que j’avais du mal à contrôler mes émotions, et j’ai compris que parfois ce que je faisais, c’était pas ma faute, c’était ma maladie”, confie-t-il. Cheick souffre d’une forme légère de schizophrénie et suit un traitement depuis ses 18 ans. Il trouve, cependant, toujours le temps et l’énergie pour mener à bien ses projets et se consacrer à ce qu’il aime comme le sport, le rap ou encore les mangas.

Ecrivain philosophe

Il y a quelques semaines, il participait à un concours d’éloquence. “C’était intimidant mais j’ai adoré, ça m’a donné confiance en moi, j’ai même reçu le prix coup de coeur”, raconte-t-il, enjoué. Polyvalent, il écrit pour s’évader. “C’est quelqu’un de très curieux et motivé, qui a envie de rencontrer des personnes en dehors de son quotidien”, explique Aurélie, une journaliste avec qui il fait parfois des exercices d’écriture.

L’esprit en ébullition, des idées tournoient dans sa tête en permanence… aimer plusieurs personnes en même temps, la manipulation des jeunes tombés dans le terrorisme, ou encore le rapport entre la religion et la peur de la mort.  “J’ai toujours pensé que je me posais plus de questions que la normale, ça m'inquiétait”, ajoute-t-il. “Mais Stéphane Roux, un philosophe qui travaille avec Appel d’Aire, m’a expliqué que c’était une qualité, mais qu’il fallait pas que ça m’obsède. Avec ces rencontres, j’ai beaucoup changé. J’ai appris à me détendre et à m’en foutre de ce que les autres pensent de moi”.

Apprendre, une source de courage

Cheick a les pieds sur terre. Son rêve ? Réussir à être heureux. D’ici cinq ans, il aimerait être stable financièrement, avoir un métier qui lui plaît, son propre appartement et pourquoi pas, être marié. Pour l’instant, il n’a trouvé personne qui lui correspond : “Je suis un extraterrestre alors il faudrait que je trouve quelqu’un comme moi”.

Pour lui, être heureux passe aussi par le fait d’être un “bonhomme, un mec qui a ses valeurs et en déroge pas, qui fait de bonnes actions, je veux pouvoir me regarder dans la glace” déclare t-il. Ce touche-à-tout force l’admiration, par sa curiosité et sa soif d’apprentissages inextinguibles. “Apprendre, ça me donne le courage d’avancer, je vois que je peux faire des choses dont je ne me serais jamais cru capable”.

Jolivet Romane et Murielle Lebon


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