[Mes châteaux d’If] Ces chansons qui racontent les révoltes du monde. 

Billet de blog
le 5 Nov 2021
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Christophe Goby a longtemps écrit pour la revue Silence, le magazine CQFD, il collabore aujourd'hui aux pages livres du Monde diplomatique. Il tient ici une chronique littéraire qui embrasse le monde dans toute sa diversité.

Le château d'If (Crédit : Milena/Flickr)

Le château d'If (Crédit : Milena/Flickr)

Les écrits restent… les chansons aussi. Des airs populaires comme des chansons ouvrières traversent les siècles et sont encore interprétées de nos jours. Des chansons en langue populaire, du gaga ou arpitan stéphanois à l’occitan marseillais.

Dans ce recueil réunissant des textes sur des chansons tant africaines qu’européennes, on trouve des angles originaux pour évoquer la parole chantée qui raconte le mouvement social. Claude Cortier revient sur Saint-Etienne et la chanson ouvrière : Saint-Etienne qui fut l’une des rares villes à rivaliser avec Paris au 19e siècle dans ce domaine. Des chansonniers y furent particulièrement actifs : Jean-François Gonon, fondateur du Caveau stéphanois et qui en 1900 réunit dans sa chorale plébéienne des personnages tels que Louise Michel, Clovis Hughes, et Jean-Baptiste Clément, l’auteur du Temps des cerises. En ce temps là où la télévision était encore en panne, tout ce beau monde libertaire se réunissait dans des goguettes, pour y composer ses chansons sur des airs connus. Jacques Vacher, ébéniste à Terrenoire est ainsi devenu l’un des plus grands compositeurs stéphanois. Il a composé, le bougre, pas moins de 600 chansons et poèmes dont 42 en dialecte stéphanois. Un vrai gaga ! Une façon de s’adresser directement au peuple à qui il destinait ses œuvres. Dans le corpus étudié se trouve une des nombreuses Carmagnoles, chansons de manifestations souvent improvisées comme : 

« L’ maire de St Etienne est un crétin (bis)

Il nous avait promis du pain ( bis)

Mais il nous a trompés

Nous saurons le remplacer

Aux élections prochaines

Vive le son du canon

La carmagnole est défendue. »

La fameuse Carmagnole serait une chanson venant du Piémont qui gagna Marseille puis Paris en 1792 et devient l’hymne des Sans-Culottes. Elle viendrait du village La Carmagnola. Claude Duneton, l’historien du langage, émet l’avis que l’auteur de la chanson fusse une femme, notamment Mme Roland qui détestait Marie-Antoinette. L’air de la Carmagnole sera réemployé pour des chansons de la Commune, pour des grèves de postiers, et elle est encore aujourd’hui utilisée et transformée dans les mouvements sociaux.

En 1869, 18 000 mineurs étaient à l’arrêt dans le pays stéphanois. L’armée, toujours si proche du peuple, tira sur les grévistes et fit la bagatelle de 13 morts. Le célèbre syndicaliste Michel Rondet fut arrêté, mais un autre chansonnier Rémy Doutre composa ce qui deviendra un hymne et un chant de haine pour tous les ouvriers de France : « La Ricamarie. » 

« Ils réclamaient leurs droits par une grève immense, 

Nos courageux mineurs aux traits noirs, mais riants. »

On trouve aussi dans cet article la chanson : « Fleur de charbon » qui est un hommage aux clapeuses qui trient le charbon. Claude Cortier explore aussi la chanson sur la rubanerie et la passementerie. Elle donne à connaître les métiers féminins par des chansons comme l’Ourdisseuse ou la caneteuse. 

Enfin elle relie cette époque à Bernard Lavilliers qui a écrit le Stéphanois, chanson racontant la ville de son enfance ou bien plus tard avec les Mains d’or, chanson sur la décadence de la Lorraine.

La Ciotat, comme base mondiale.

Plus au sud, un article attire l’attention autour du groupe Moussu T e lei jovens. L’auteur y développe la question du blues marseillais autour de la découverte par François Ridel du livre Banjo de Claude Mc Kay. Chemin faisant, l’ex Massilia intègre le banjo dans cette nouvelle formation et continue son arpentage de la langue occitane. Composant majoritairement en occitan, le groupe crée un espace marseillo mondial avec comme épicentre la Ciotat dont la chanson la Pitchounette reste gravée au fond des esprits. Au passage, apprenez que l’ourdou est la langue du Pakistan et des musulmans de l’Inde.

“J’aurais pu parler le bulgare, le chinois, le finnois, l’ourdou…” alors j’habite à la Ciotat. On connaît des punitions plus dures à vivre.

Les références des cinq albums étudiés par Sylvan Chabaud tournent autour de la résistance. Dans la Fada republicana, c’est l’évocation d’une combattante du POUM, d’obédience trotskiste, Mika Etchebehere. La Capitana, anarchiste internationaliste partit combattre en Espagne ou elle perdit son compagnon. François Ridel intègre dans Camarada la bataille de Brunette où mourut Gerda Taro, photographe désormais reconnue et conjointe de Robert Capa. Les références au village de Lambruisse , lieu de massacre de ciotadens en avril 44 et à la bataille de Brunette se succèdent. Sylvan Chabaud est à la recherche du blues marseillais, provençal, maritime et cosmopolite, il a trouvé le bilinguisme occitan français qui brave les vagues dans le groupe le plus marseillo-mondial. N’y manque que la pensée archipélique d’Edouard Glissant pour faire le tour du monde.

Quand les chansons disent les mouvements du monde, sous la direction de Marielle Rispail. L’Harmattan, 2021, 32 euros, 290 pages.

Ma Guerre d’Espagne à moi, Mika Etchebehere, Libertalia, 18 euros.

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