Malgré l'avance nette de Marseille en terme de scandales publics, Aix tient à rester en course

Aix la Duranne – Petit Arbois, le scandale de l’étalement urbain irraisonné

Billet de blog
Djimd
29 Mar 2018 0

En 1998 était signé par Dominique Voynet alors Ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, Jean-Claude Gayssot alors Ministre des Transports et Lionel Jospin, Premier Ministre, la DUP entérinant le projet d'une gare TGV sur le plateau de l'Arbois. A cette époque, beaucoup s'étaient ému de l'absurdité de constitution d'une gare TGV hors agglomération à proximité d'une zone protégée. Quid de l'environnement et de l'accessibilité ? La Ministre de l'environnement avait alors garantie "la protection des espaces naturels du plateau sera confirmée par la DTA et par un classement approprié mis en valeur par les acteurs intéressés au projet de technopôle de l’Arbois". Qu'en-est il aujourd'hui ?

Une observation rapide des cartes IGN, ou de la fonction historique de Google Earth suffit à constater un grignotage urbain très important, ne serait-ce qu’entre 2002 et 2017.

Alors que la zone de la Duranne n’était en 1990 qu’entièrement occupée par la forêt et la garrigue méditerranéenne, à cette place s’élève aujourd’hui une zone artisanale importante, constituée de près de 800 hectares de bureaux ainsi qu’une jeune agglomération de 8000 habitants. Jean-Marc Perrin, adjoint au Maire délégué à la Duranne, se félicitait dans ses voeux 2018, que la zone ait connu une croissance de 25% du nombre de ses habitant en 2017 et annonçait en conséquence l’ouverture à la rentrée prochaine d’un deuxième groupe scolaire ainsi qu’un projet de rénovation du Plan Local d’Urbanisme.

Concernant la zone du petit Arbois, si celle-ci a connu une densification de ses constructions, il faut reconnaître un maintien de la zone de forêt proprement dite. Cependant un coup d’œil sur le site internet de la Technopole nous apprend que si celle ci renvoie les entrepreneurs intéressés pour une nouvelle construction vers le syndicat mixte en charge de l’exploitation des lieux, est mentionné cependant une réserve foncière importante, précisant qu’il existe « 60 000 m2 de SHON« , laissant ainsi présager de possibles nouvelles constructions.

Au delà de ces deux zones, l’observation des cartes nous montre le développement d’une véritable conurbation urbaine entre Marseille et Aix en Provence. Celle-ci apparaît s’appuyer sur les nombreuses zone d’activité existant aujourd’hui: Plan de Campagne, Bouc Bel Air, Luynes, Les Milles et Aix la Duranne,

Ce développement important des zones urbaines en lieu et place d’anciennes zones agricoles n’est pas sans conséquence négative :

1 – La raréfaction agricole. La France comme une bonne partie d’Europe a connu ses dernière décennies un phénomène de raréfaction de terrains agricoles. Un rapport sénatorial précise ainsi que « de 1960 à 2007, la France a perdu 5,1 millions d’hectares de terres agricoles, soit 14,8 % de la superficie initiale. » or, les zones situées dans cette conurbation étaient en majorité occupées par des terrains agricoles.

2 – Un risque incendie accru. L’urbanisation augmente par ailleurs les risques de catastrophes naturelles : risque d’inondation en faisant obstacle à la bonne absorption des eaux de pluies par le terrain mais aussi d’incendie en rapprochant les zones d’activités humaines des biotopes sensibles. Une brève recherche nous informe que la zone concernée a  connu des incendies importants, notamment en 2013, 2016, 2017. Risques accentuées par ailleurs par les transports pendulaires forts.

3 – L’étalement urbain a par ailleurs un impact net sur les écosystème, fragmentant les zones naturelles de rencontre de populations, limitant ainsi la reproduction et augmentant la mortalité par risque de collision routière.

4 – L’augmentation du trafic routier constitue par ailleurs une des conséquences majeures de l’étalement des zones d’activités. Cette conséquence est particulièrement renforcée dans la zone Aix Marseille connaissant un important déficit de transport en commun et conduisant en conséquence un nombre important de travailleurs à prendre leur véhicule personnel. Ainsi le trafic journalier est de l’ordre de 38000 sur la RD9 à Cabriès, source d’embouteillage réguliers. Cette situation est depuis peu renforcée par la création du complexe Arena. J’ai ainsi par expérience personnelle déjà mis plus de trois heures à rejoindre depuis Marseille la Zone de la Duranne, celle-ci n’étant desservie malgré la présence d’une Gare TGV que par une seule ligne gérée par Cartreize et empruntant la RD59.

Ce dernier point est d’autant plus intéressant que déjà, en 1998, peu avant la création de la Gare TGV d’Aix en Provence, le député maire de Gardanne, M. Roger Meï, s’inquiétait de la situation et mentionnait  la nécessité d’une rénovation de la ligne SNCF Aix-Marseille, ce à quoi alors le maire d’Aix en Provence, M. Jean-François Picheral, répondait « la gare va permettre le développement des transports publics de proximité en site propre par rail ou par route qui comme chacun sait sont les moins polluants […] et que l’urbanisation prévue sur le plateau sera strictement limitée, la grande majorité de l’espace devant être préservée en zone naturelle, grâce notamment à la réalisation d’un équipement ludique et didactique, entièrement voué à… l’environnement. » .

Alors qu’aujourd’hui la Gare TGV d’Aix en Provence connait un nombre de voyageurs peu élevé (3 297 316 en 2016 à comparer au 12 206 077 depuis la gare de Marseille, ou aux 3 678 716 depuis la Gare d’Avignon TGV, elle aussi située hors de la ville), la question des transports en commun n’est pas réglée:  que ce soit depuis la Gare TGV, qui connaît des connexions limitées avec le réseau de transport urbain desservant la zone d’activité (la liaison TGV n’étant de toute manière pas inclue dans le Pass TransMétropolitain) ou entre Aix et Marseille, la liaison SNCF Aix Marseille n’étant toujours pas rénovée (et l’électrification de ligne toujours pas prévue).

Malgré ces différentes conséquences négatives, en particulier environnementales, rien ne semble aujourd’hui pouvoir remettre en question la politique d’étalement urbain en œuvre puis le début des années 2000. En effet face au succès économique représentées par ces zones, il est tentant pour les équipes municipales de les multiplier, ainsi 8 projets de zones d »activités ont été annoncé l’année dernière.

Il est donc aujourd’hui légitime de poser la question du devenir des terrains agricoles entre Marseille et Aix en Provence. Notre métropole est elle condamnée à devenir un simple étalement urbain ponctué uniquement par les seuls parcs naturels et zones protégées ?

Djimd

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