Les paniers paysans veulent faire sauter les barrières sociales

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Clara Martot
27 Avr 2018 0

Un système de dons va permettre à une trentaine de familles suivies par le Secours Populaire de bénéficier des paniers marseillais biologiques pour 3 euros par semaine. Après une levée de fonds auprès des entreprises, les particuliers sont mis à contribution lors d'une soirée nommée "Adopte un panier" le mercredi 2 mai.

Panier marseillais d'Endoume-Lices

Panier marseillais d'Endoume-Lices

Le projet naît d’une conviction qui gagne du terrain : le bio ne devrait pas être réservé aux plus riches. Pour Philippe Cahn, président des Paniers marseillais, c’est un « regret : nous sommes partenaires avec des producteurs d’AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Et l’objectif des AMAP, c’est, via des circuits courts, de produire pour tout le monde. Car la dimension solidaire doit se retrouver des deux côtés. » Or, pour l’heure, le bio et les circuits courts semblent encore réserver à une élite éclairée, plus rarement au milieu populaire, pour des raisons économiques et culturelles.

Côté producteur, le prix d’un panier marseillais doit garantir une rémunération juste, et la pérennité de l’exploitation. Côté acheteur, ce même prix doit rester à la portée des budgets modestes. Or, 15 euros par semaine pour un panier de légumes certes bien garni, ce n’est pas rien quand on peine à boucler les fins de mois. Impensable pour autant de brader les prix des produits, les producteurs en souffriraient. Option restante pour rendre le panier accessibles aux foyers les modestes : le faire financer par des « mécènes », pour ne laisser que 3 euros hebdomadaires à la charge du bénéficiaire. Le 15 mai, 26 familles recevront leur premier panier hebdomadaire.

Les paniers marseillais sont peu implantés dans les quartiers Nord / Capture d’écran du site Les paniers marseillais

Des familles du Secours Populaire en demande de bio

Le projet est le fruit d’une rencontre entre deux associations : les Paniers marseillais, et le Secours Populaire. Pour cette dernière association, le projet est porté par Hélène Veyron, chargée de l’aide alimentaire dans les Bouches-du-Rhône. Selon une demande initialement formulée par le public qu’elle suit, explique-t-elle : « lors des ateliers « Santé-Nutrition » que nous animons depuis deux ans, des mères de familles du Secours Populaire ont évoqué les AMAP. Sans savoir ce que c’était, persuadées que cela n’était pas fait pour elles. »

Les familles suivies présentent des profils différents, mais toutes sont soumises à la contrainte d’un budget serré excluant le bio. Avec parfois des problématiques sérieuses, comme des situations de diabète ou de surpoids : « leur prise de conscience nous a convaincu de mettre en place un projet, poursuit Hélène Veyron. Mais nous ne pouvions le financer. Jusqu’à la rencontre avec Philippe Cahn. »

« Adopte un panier »

Élu à la tête des paniers marseillais en 2017, « Philippe Cahn s’est tout de suite montré déterminé à démocratiser le concept des paniers », rapporte Agnès Kenedi Haincaud, animatrice du réseau des Paniers marseillais. Aujourd’hui, 1 400 paniers sont distribués chaque semaine dans une trentaine de points. Une opération au vocabulaire précis : on ne dit pas « consommateurs » mais « consom’acteurs », on ne parle pas de « vente », mais de « distribution ». Car contrairement à un marché de légumes classique, ici, l’argent ne circule pas de main en main. Les « consom’acteurs » ne payent pas leurs paniers, ils financent plusieurs mois en amont la production du maraîcher.

Pour les paniers solidaires, le même principe a été appliqué mais en tapant d’abord les entreprises. L’association est d’abord allée lever des fonds de grosses entreprises comme AG2R La Mondiale et la MAIF pour permettre de financer les paniers des premiers bénéficiaires. Une démarche encouragée par la réduction fiscale de 60% permises par les dons. Désormais le réseau d’AMAP s’attaque à une nouvelle étape, celle des donateurs particuliers avec l’opération « Adopte un panier » le mercredi 2 mai à la Casa Consolat« À ce stade, nous avons récolté les fonds nécessaires pour assurer la distribution d’une trentaine de paniers hebdomadaires pendant six mois, précise Philippe Cahn. Mobiliser des particuliers contribuera à poursuivre le projet sur l’année suivante. »

Se déplacer au seul point de distribution

A quelques semaines de la première distribution, « une certaine ébullition » gagne le Secours Populaire, rapporte Hélène Veyron. Le 15 mai, 26 familles recevront leur premier panier. Les mois précédant cet aboutissement ont été nourris de réunions d’information. « Il a fallu leur expliquer qu’il y aura un point de distribution, où le maraîcher viendrait rencontrer les consom’acteurs. Que ces derniers devront l’aider à décharger les produits du camions, être dans une participation active », développe Hélène Veyron.

Les Paniers marseillais classiques n’ont que quatre points de distribution dans les quartiers Nord. Pour les paniers solidaires, le rendez-vous hebdomadaire est fixé au siège marseillais de la fédération, 169 chemin de Gibbes (14e). De quoi soulever un problème de mobilité pour les familles venant de loin. Pour y remédier, le Secours populaire compte mobiliser les responsables de chaque antenne locale : « ils ont pris un engagement fort, et sont des intermédiaires indispensables. Si, une fois, une famille ne peut pas se déplacer, c’est son responsable d’antenne qui ira chercher son panier. » Agnès Kenedi Haincaud des Paniers marseillais précise cependant que « l’idée n’est pas de faire une distribution au pied des immeubles. On y perdrait l’intérêt de la démarche. »

Ateliers de recettes pour lever les « freins gustatifs »

Malgré le bas prix du panier, des familles n’ont pas pu régler les produits à l’avance, et se sont vu avancer la somme par ces mêmes responsables d’antenne. Le Secours Populaire se prépare aussi à répondre à « certains freins gustatifs », explique Agnès Kenedi Haincaud, face à des légumes peu répandus. D’où la mise en place d’ateliers de recettes de cuisine, pour « éviter à tout prix que des produits soient jetés », prévient Philippe Cahn.

Dernier défi du projet pilote : motiver la venue d’un maraîcher sur le long terme. « Un maraîcher se déplace pour 40 paniers. En-dessous, c’est plus délicat, détaille Hélène Veyron. C’est pourquoi nous voudrions rapidement pouvoir greffer des commandes de paniers classiques à celles des paniers solidaires ». En attendant de mettre en place ce système, le Secours Populaire précise tenir une longue liste d’attente de familles volontaires.

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