À Vitrolles, ville à nouveau tentée par le FN, Bernard Cazeneuve rappelle le passif

Actualité
Jean-Marie Leforestier
14 mars 2017 1

Sous les atours d'un déplacement officiel, le premier ministre Bernard Cazeneuve s'est rendu ce lundi à Vitrolles dans un but politique précis : combattre le Front national. Un message électoral dans une ancienne municipalité FN et une circonscription qui pourrait bien élire un député d'extrême-droite en juin.

Bernard Cazeneuve devant Loïc Gachon. A droite, légèrement masqué, le préfet Stéphane Bouillon. A gauche, Isabelle Rovarino, la candidate PS aux législatives.

On peut difficilement faire plus clair comme symbole. Ce lundi, le premier ministre Bernard Cazeneuve a choisi la médiathèque La Passerelle de Vitrolles pour sa nouvelle charge contre le Front national. Après les ouvriers de Lorraine, l’ancienne ville FN. Dans un déplacement sans annonce particulière, le socialiste s’est offert une tribune politique dans le majestueux bâtiment flambant neuf situé dans le quartier populaire et bigarré des Pins, récemment rénové grâce – ça tombe bien – à un programme de rénovation urbaine financé par l’État. « Un quartier ignoré », dira Loïc Gachon, l’actuel maire socialiste, sous la municipalité FN puis MNR de Catherine Mégret (1997-2002).

« En d’autres temps avait été menée une politique brutale, sectaire, recroquevillée contre les institutions culturelles et leurs responsables dans cette ville, a posément dénoncé Bernard Cazeneuve. La fermeture du Sous-marin qui avait ému la France toute entière, celle du cinéma municipal d’art et essai après le licenciement de sa directrice coupable d’avoir présenté un film où l’on évoquait le drame du SIDA ou encore la mise en place d’un comité de censure dans les médiathèques, tout cela avait placé cette ville de Vitrolles face à des comportements, une étroitesse d’esprit, un abaissement médiocre dont les Provençaux avaient honte. »

Une circonscription ciblée par le Front

Ces rappels s’adressent à la ville comme au pays. Car Vitrolles, vingt ans plus tard, est à nouveau tentée par le Front national. 46,66 % des électeurs qui se sont déplacés  aux régionales 2015 ont choisi Marion Maréchal-Le Pen dès le premier tour. Sur la 12e circonscription (qui comprend aussi Marignane et la Côte-bleue), la candidate frontiste a même dépassé les 50 % dès le premier tour, faisant de ce territoire une des dix cibles prioritaires du parti d’extrême-droite. Conscient de son statut de favori, celui-ci réfléchit même à y parachuter un cadre national.

Face à cela, Bernard Cazeneuve convoque l’histoire pour mieux expliquer le présent. « La situation n’est pas très différente à Fréjus », dira-t-il pour établir une passerelle temporelle avec la municipalité varoise conquise par le Front national il y a trois ans. En y ajoutant les valeurs – il répètera régulièrement les mots « fraternité » et « solidarité – le premier ministre a joué sur le registre double de l’analyse et de la diabolisation, se tenant sur la ligne de crête entre deux cultures de lutte contre le FN.

« La diabolisation du FN n’a pas marché »

S’exprimant avant lui, Loïc Gachon rappelle « la douleur » de voir sa ville associée à l’extrême-droite et prend soin d’écarter tout discours moralisateur. « Cette histoire n’est pas celle des bons contre les méchants, pas celle du bien contre le mal. Peut-être faut-il considérer que ce n’est pas 33 % ou même 52 % des gens qui votent FN mais une part de nous, peut-être même de chacun d’entre nous. Est en nous cette petite voix qui chuchote des horreurs à l’oreille, cette petite voix qui nous raconte une histoire si confortable à croire : que nous sommes victimes des autres. » Il ajoutera encore plus clair : « La diabolisation du Front national n’a pas marché à Vitrolles en 97 car l’histoire était crédible, palpable, qui se calquait sur les fragilités d’une ville nouvelle passée en quelques années de 5000 à 40 000 habitants. […] L’urbanisme fragmenté de Vitrolles a permis de jouer à fond la fracturation d’une ville et d’une population. » Lui oppose des « politiques publiques », « l’action sur toutes les dimensions des politiques d’une ville ».

Au premier rang pour écouter les discours, dans les pas du maire et du premier ministre toute la journée, Isabelle Rovarino applaudit avec enthousiasme. La conseillère municipale déléguée à l’économie, peu connue des habitants de la circonscription, est la candidate socialiste aux législatives de juin. Pour cette quinqua arrivée à Vitrolles après l’époque Mégret, cette venue de Bernard Cazeneuve vaut feuille de mission : « Je ne veux pas habiter une ville dont le député est Front national. Je suis là pour gagner », assure-t-elle. Elle voit ce déplacement comme un coup de pouce : « J’ai besoin d’aide pour gagner en notoriété. Je l’ai fait savoir. Il s’est plié volontiers aux photos », se satisfait celle qui lancera officiellement sa campagne samedi.

Le FN dénonce « un conflit d’intérêts »

En disant cela, elle permet de s’interroger davantage sur la nature de ce déplacement sur fonds publics orchestré par Matignon tant le discours du premier ministre s’est concentré sur le seul objectif électoral. Avant même les discours, le seul conseiller départemental FN Jean-Marie Verani avait fustigé dans un communiqué une « tournée anti-Marine », dénonçant « un conflit d’intérêts » et demandant de manière surprenante d' »imputer les dépenses au compte de campagne d’Emmanuel Macron » quand bien même Cazeneuve a apporté son soutien à Benoît Hamon. Il ne s’est pas risqué en revanche à assumer l’héritage de l’ancien laboratoire dont le bilan est aujourd’hui jugé bien encombrant pour un parti en quête de crédibilité.

Un ton en dessous, sa collègue LR du département Sandra Dalbin, présente pour écouter le premier ministre, critique « une opération de communication à quelques jours de la présidentielle qui arrive de toute façon bien trop tard pour convaincre les électeurs de ne pas choisir le FN ». Mais Bernard Cazeneuve n’en a cure : pour lui, il s’agit « de faire en sorte que la France demeure telle qu’en elle-même » par la voie de l’action publique et des valeurs de la République. Force est pourtant de constater que la politique gouvernementale à laquelle il a contribué pendant cinq ans n’a pas fait reculer le Front national.

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commentaires

  1. Pitxitxi Pitxitxi

    Très belle conclusion même si, hélas, l’inefficacité des gouvernements successifs ne peuvent justifier le repli sur soi et les envies de FN dans notre si belle région.

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