À une semaine de la rentrée, les élèves du cours Julien apprennent que leur école a déménagé

Actualité
le 27 Août 2019
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Les parents d'élèves de l'école du cours Julien ont découvert à une semaine de la rentrée que celle-ci se ferait au Rouet. Les travaux sur la toiture nécessitent la délocalisation de l'école pendant un an. Quitte à mettre à mal l'organisation de l'enseignement musical, dispensé dans cette école.

La dernière rentrée de l’ère Gaudin ne pouvait pas se tenir sans une ultime fausse note. Le couac concerne l’école du cours Julien (6e) dont les parents d’élèves sont pourtant rodés aux disharmonies. En effet, cette école est la seule à Marseille à offrir un enseignement musical intégré au temps scolaire. Or, comme l’a évoqué La Marseillaise, la Ville vient d’informer les 89 familles qu’elles devraient envoyer leurs minots faire du violon ailleurs.

La nouvelle est tombée au courrier du 22 août, à quelques jours de la rentrée de septembre qui aura lieu dans l’école Charles-Allé au Rouet, flambant neuve. « À la suite de difficultés techniques imprévisibles, les travaux ont pris du retard, leur explique Danièle Casanova, l’adjointe à l’éducation. Leur état d’avancement ne permet pas d’assurer une rentrée scolaire dans des conditions optimales pour le bien-être des élèves« . Plus loin, l’élue LR envoie le coup de cymbale : la délocalisation se fera pour l’ensemble de l’année scolaire 2019-2020 « afin de ne pas perturber les projets pédagogiques et les élèves ». Une situation qui suscite incompréhension et colère chez les parents d’élèves contraints de bouleverser leur organisation familiale à quelques jours de la rentrée.

« Le compte n’y est pas »

Le fils d’Emmanuelle, Sena, 8 ans, entre en CM1. Il étudie le basson. Son petit frère, 3 ans, entre en petite section de maternelle aux Bergers, la plus proche du cours Julien. Comme pour cette famille, cela va obliger les parents de fratrie à jongler entre les garderies et les transports en commun pour assurer une rentrée sans encombre à leur progéniture.

Pour Séverine, dont le fils entre en CE1 après avoir réussi les sélections au printemps, « le compte n’y est pas ». « Je viens de déménager au cours Julien pour être plus proche de l’école de mon fils et voilà qu’on me parle d’un trajet quotidien d’un quart d’heure en métro jusqu’au Rouet. Pour un enfant de cet âge, ce n’est absolument pas la même chose ». Elle souligne également la grande différence de « proposition » entre une école à taille humaine où « tous les élèves se connaissent » et une école qui devrait compte plusieurs centaines d’élèves. Sans compter le flou sur la durée de la délocalisation et son origine.

Elle espère donc que les parents d’élèves vont se mobiliser comme ils ont su le faire au lendemain des effondrements de la rue d’Aubagne pour demander une expertise de la cour de l’école qui repose sur des locaux vétustes.

« 18 familles du 6e »

Jointe par Marsactu, Danièle Casanova minimise les difficultés subies par des familles qui « viennent d’un peu partout à Marseille« . « Ils ne sont que 18 à venir du 6e. Certains habitent le 4e, le 9e le 12e et viennent en voiture« , souligne-t-elle tout en reconnaissant qu’ils sont tout de même 21 à habiter le 1er.

En passant, elle lâche un peu la clarté sur la nature des « difficultés imprévisibles » rencontrées par le prestataire en charge des travaux de toiture. « L’école du cours Julien est une des trois écoles des 6e et 8e arrondissements pour lesquelles nous avions pris la décision de rénover la toiture. Début août, notre prestataire nous a informés que les travaux prendraient plus de temps que les deux mois des vacances d’été. La semaine du 15 août, j’ai donc pris la décision de fermer l’école entière plutôt que fermer les deux classes sous les toits tout en laissant les élèves dans une école en travaux. »

Refaire la façade

L’élue met également en avant les longs mois de relance du marché que nécessitent ces travaux supplémentaires et l’opportunité d’y mener d’autres chantiers dans des locaux vides. « C’est une école dans son jus, juge Danièle Casanova. Ce délai va nous permettre d’installer un self dans la cantine et de reprendre la façade très abîmée par les tags ».

Quant aux enseignements, ils ne souffriront pas, dit-elle, de la délocalisation dans « quatre classes neuves de l’école du Rouet qui vient tout juste d’être livrée ». D’ailleurs, les instruments sont en cours de déménagement pour assurer les cours d’enseignement musical dès la rentrée.

Pas si simple. Pour les parents d’élèves comme pour les professeurs, on est loin des lignes droites du papier à musique. En effet, la particularité de l’enseignement collectif en classe à horaires aménagés musique (Cham) est qu’il nécessite de nombreuses salles pour assurer des heures de cours en demi-groupe. « Chaque classe a deux matinées d’enseignement musical suivie alternativement par 12 élèves, explique une enseignante sous couvert d’anonymat. Sans compter les cours dispensés pour chaque instrument. C’est la spécificité de notre enseignement : assurer un apprentissage collectif de la musique tout en permettant aux élèves de suivre les cours généraux en demi-groupe, pour qu’ils ne perdent rien du programme« . Du basson à la mandoline, ce sont treize profs différents qui assurent ainsi un enseignement en petits groupes.

12 salles nécessaires, sept proposées

En tout, douze salles et huit pianos seraient nécessaires pour faire tourner l’école musicale sans perdre en qualité. Un compte qui n’y est pas. À l’heure où nous écrivons, les enseignants du conservatoire qui assurent les cours n’ont toujours pas été officiellement informés du déménagement du site par leur employeur. En revanche, Danièle Casanova assure que la direction académique a validé le projet de déménagement sans barguigner plus avant sur une dégradation de la qualité.

Un point de vue que confirme Dominique Truant, adjointe à l’inspecteur d’académie en charge du 1er degré, sûre que des vocations musicales pourraient naître de ce rapprochement. Depuis la semaine dernière, elle a visité les deux sites avant de se ranger à l’avis de la mairie. « Assurer les deux mois de travaux en site occupé est juste impossible, explique-t-elle. J’ai visité les deux sites pour trouver la solution la plus appropriée. Il y a trois salles en plus qui doivent permettre les cours de pupitre en plus des salles nécessaires à l’enseignement général. Le travail plus fin sur la répartition des salles se fera au moment de la construction des emplois du temps« .

À la Ville, les services de la direction des affaires culturelles et du conservatoire tentent de trouver des solutions adéquates pour éviter de revoir à la baisse la qualité des cours dispensés. Le nouveau directeur du conservatoire, le jazzman Raphaël Imbert, entre en poste le 2 septembre avec un vrai baptême du feu. La Ville a bien fait de choisir un musicien qui n’a pas peur d’improviser.

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