À Marseille, Manuel Valls prend un coup de kalach dans sa communication

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le 10 Fév 2015
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Promis. La prochaine fois qu’il viendra à Marseille, Manuel Valls fera un geste concret. Fin avril, il signera le contrat de plan État-région avec Michel Vauzelle de 800 millions d’euros. En attendant cette date, le tac-tac-tac des armes de guerre ont « obscurci » la visite des trois puis quatre ministres venus à Marseille. Car ce mardi, le premier ministre a demandé à la secrétaire d’État, déléguée à la politique de la ville, Myriam El Khomri de venir en renfort pour présenter les avancées du Nouveau plan national de rénovation urbaine (NPNRU) qui fera également l’objet d’un comité interministériel dédié à la politique de la ville encore à Marseille.

« La Castellane est un symbole de la ghettoïsation, une cité emblématique au sujet de laquelle nous venons de signer une convention de rénovation, inscrite non pas dans le deuxième plan de rénovation urbaine mais dans le premier, insiste Manuel Valls. Cela dit aussi la responsabilité de ceux qui ont pris du retard. » « Ils », « ceux », « on », cibles des critiques, ils ne sont jamais nommés même si on devine derrière les mots le profil des élus locaux. Quitte à charger leur barque outre mesure. En effet, si le projet de La Castellane est inscrit dans les crédits du premier Plan national de rénovation urbaine, c’est sur demande expresse de son prédécesseur qui avait visité la cité en décembre 2013.

« Texte conforme » sur la métropole

En exemple de ce dialogue grippé avec les élus locaux, le premier ministre pointe la métropole dont le parlement débat en ce moment. « Un compromis a été trouvé au Sénat. Sans me substituer aux parlementaires, j’aimerais que l’Assemblée vote un texte conforme. » En posant cette demande, Manuel Valls répond positivement à une demande de Jean-Claude Gaudin qui a mis son poids politique pour obtenir une validation de la loi métropole par la haute assemblée. Le gouvernement ne suivra donc pas le député Mennucci dans sa volonté de détricoter l’amendement Gaudin sur les plans locaux d’urbanisme et la mise en place d’un quasi véto des maires. En compensation, il loue le travail du député, ardent défenseur de la métropole « même contre ses propres amis politiques ».

Ceux qui censés craindre son courroux ne sont jamais nommés même si Manuel Valls cite ceux « qui sont venus accueillir Najat Vallaud-Belkacem » au coeur des quartiers Nord. Dans le viseur, le député Henri Jibrayel et la sénatrice Samia Ghali qui ne ménagent pas leurs critiques devant leur collègue socialiste. À peu de choses près les mêmes propos que cette dernière tenait face aux micros et caméras : « Moi, Manuel Valls, je ne veux plus le voir. J’en ai marre de ces responsables qui intellectualisent, qui font des réunions. Ce que je veux, ce sont des actes. »

L’implosion marseillaise

Le jour suivant, sous les lambris dorés de la préfecture, le premier ministre se pose en pédagogue de sa méthode mais ne cache pas son agacement à l’égard de la classe politique locale. Les élus régionaux pas satisfaits du contrat de plan ? « J’ai rencontré monsieur Vauzelle, il ne m’a pas fait part de son désaccord. C’est un bon contrat de plan« .  Un vrai plan Marshall pour Marseille et ses quartiers dégradés ? « Je crois qu’il faut laisser M.Marshall tranquille. Nous avons débloqué 5 miliards d’euros pour la rénovation urbaine. J’ai demandé au préfet de région d’aller plus vite. Ceux qui demandent de l’argent, demandez leur ce qu’ils ont fait pour éviter une telle dégradation ? Dans aucune autre ville, on a laissé une telle situation s’installer. Et je ne mets pas en cause Jean-Claude Gaudin, cela a commencé bien avant lui. On a cru au modèle de Marseille, ville mosaïque sans émeutes en 2005. Aujourd’hui, ce n’est pas une explosion, mais une implosion. »

Bien sûr, il met en avant ses zones de sécurité prioritaire pour contrer « les réseaux mafieux et fondamentalistes » ainsi que la rénovation urbaine pour améliorer le sort des 15 quartiers marseillais visés par les opérations engagées dans le cadre du deuxième plan national. Il passe alors la parole à Myriam El Khomri qui vante la nouvelle approche globale, la volonté d’améliorer la gestion locative par les bailleurs et la participation des habitants. « Notre projet prévoit de mettre en place des conseils citoyens mais, ici, c’est plus complexe qu’ailleurs. Il nous faut une vraie mobilisation des élus. » La même qui fait obstacle au relogement des habitants à une échelle plus large que celle de la commune.

L’ombre Guérini

Manuel Valls reprend alors la parole pour remettre en avant le rôle de l’État. « Ce n’est pas en remettant en cause le travail entrepris que l’on avance. Il faut que tout le monde assume sans démagogie ni populisme. » Manuel Valls ne citera personne mais l’agacement est manifeste. L’occasion idéale pour connaître sa position de chef de la majorité sur les difficultés du PS des Bouches-du-Rhône à se positionner vis-à-vis du parti de Jean-Noël Guérini. La veille, il a rendu un hommage appuyé à l’ancien juge d’instruction Charles Duchaine, aujourd’hui à la tête de l’Agrasc, après avoir « servi la République » notamment en instruisant les multiples volets de l’affaire qui porte désormais le nom du président du conseil général du fait de ses multiples mises en examen.

Sans surprise, le premier ministre se refuse à commenter les choix politiques de son parti. Même si en chef de la majorité, il lui est arrivé d’aller soutenir tel ou tel candidat « comme récemment dans le Doubs » et il y a un an au cours d’un déplacement en tant que ministre de l’intérieur. Il n’ira pas plus loin sur le « dossier de la rénovation du PS ici ». Mais il y va quand même d’une évocation plus générale : « Les élections municipales sont passées. Face à la montée de l’extrême droite, il faut porter un message crédible sur les valeurs de la République. Il appartient au PS d’agir ». Avant de conclure, un brin désabusé : « Maintenant, ce sont les électeurs qui choisissent leurs élus. » Lui a la chance d’avoir été nommé.

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Commentaires

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  1. Anonyme Anonyme

    il aurait mieux fait de rester à paris

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  2. Anonyme Anonyme

    Benoît, tu nous as habitué à beaucoup ,beaucoup mieux
    A te lire il semblerait que les accueils à la kalach, sont, ce qui se fait de plus normal à Marseille, en quelque sorte du folklore. Fifres et tambourins et kalachnikov.
    Et Charlie ? il est passé ou?
    Z’avez pas vu Charlie?

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  3. Trésorier Trésorier

    Plusieurs commentaires :

    – M. Valls ayant bien trafiqué les chiffres, voulait venir parader à Marseille. Les chiffres lui ont sauté à la gueule, comme les rafales de AK47;
    – on peut dépenser autant d’argent qu’on veut en réhabilitation, en destruction-reconstruction, quand on entasse des milliers de personnes pauvres, sans emplois, immigrées dans un même lieu, il ne faut s’étonner qu’un contexte de trafics divers se développent, avec la complicité plus ou moins grande de tout ou partie de cette population. Il faut bien vivre. C’est alors étonnant qu’une premier ministre ayant parlé à juste titre d' »apartheid » (sic) réforme une métropole pas encore née pour redonner l’urbanisme à la compétence des maires, qui ont justement permis et développé cet apartheid : les pauvres et les immigrés à Marseille, les riches et les entreprises chez nous ;
    – encore une fois, des discours larmoyants et des actions complètement inverse.

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  4. Marséillé Marséillé

    Mr Valls n’a pas de chance, après la coupure d’électricité, voilà des tirs, décidément, il faut qu’il change de stratégie….

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  5. leravidemilo leravidemilo

    Bon, et bien pour une fois, les adeptes de la kalachnikov n’ont pas fait de victime (hors la langue de bois) et ont même généré un effet collatéral, et strictement involontaire, positif. Contraint de jeter à la corbeille les discours préparés par ses communicants, et de contenir ses réflexes pavloviens de coups de mentons, sa communication « brouillée » et embrouillée, voila-t-il pas que Valls s’est obligé à réfléchir et, miracle, y est arrivé; ce qui donne les déclarations suivantes; cramponnez vous : « Dans quelle ville on aurait pu accepter une telle situation dans les cités »; mieux encore : « ça remonte à très très loin, je n’accuse pas JC Gaudin en particulier… ». Là, bingo, j’y ai cru, ma parole il va nous parler du deffèrrisme, des responsabilités communes du P » »S » » marseillais et de la droite locale… Mais non dommage, il s’arrête au milieu; ça sera peut être pour la prochaine fois, à son retour annoncé pour la mi avril, ne désespérons pas… D’autant que la mise en bouche continue : » La tâche est immense à accomplir. Ce sera long, il faudra une génération pour en sortir ». Du jamais vu quoi; Valls venant à marseille, et voyant plus loin que le bout de son nez et que la première séance du futur conseil de métropole, parlant de génération (bon, une seule?), acceptant de jeter un coup d’oeil dans le rétro, s’apercevant que cette ville a une histoire quelque peu particulière, très spécifique, chargée, lourde, bref qu’on n’est pas rendus… Peut être dans la foulée, va-t-il nous sortir la prochaine fois, qu’à situation si spécifique, voire exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles, un approche spécifiques et non pas un discours « généraliste » sur la métropolisation que c’est comme ça point et qu’en plus c’est l’avenir… Non mais là je m’emballe un peu, il faut pas trop rêver… Dommage quand même qu’il n’ait pas emmené la Débranchu, l’effet aurai pu être contagieux, ne serait ce qu’un instant, pour un instant seul’ment. En tous cas, à la place des Christiani, Gaby Charroux et autres Joissains… je lui ferai subito un joli courrier, avant qu’il se ressaisisse dans ses travers ou que ses communicants ne reprennent la main; un courrier lui rappelant ses propos, lui indiquant quels échos ils avaient suscités chez eux, lui rappelant que la mariée vraiment n’est pas très belle, et pour tout dire, dans un sale état, lui rappelant que les mariages forcés ne sont plus d’époque et n’aboutissent le plus souvent qu’à des déchirements, lui vantant les mérites de « l’union libre » et les mérites comparés d’une métropole de projet, en tous cas pour commencer. Sait-on jamais !

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