À Marseille, les législatives bousculent les stratégies pour les municipales 2026

Décryptage
le 10 Juil 2024
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La nouvelle donne politique née des législatives perturbe les équilibres et les certitudes dans tous les camps. Rivalité Payan-Delogu à gauche, difficulté de trouver une incarnation à droite et au centre, mystère Ravier à l'extrême droite : à deux ans du scrutin, chaque camp doit encore se mettre en ordre de marche.

À Marseille, les législatives bousculent les stratégies pour les municipales 2026
À Marseille, les législatives bousculent les stratégies pour les municipales 2026

À Marseille, les législatives bousculent les stratégies pour les municipales 2026

À Marseille, les européennes étaient regardées avec distance par beaucoup de formations politiques. Hors de la France insoumise et du RN, la date qui importait le plus semblait être le 10 juin. Au lendemain du scrutin, les écuries allaient pouvoir vite se tourner vers le suivant : celui des élections municipales de 2026. Le non-cumul des mandats a largement cloisonné les carrières politiques entre parcours national et expérience locale. Mais la dissolution surprise de l’Assemblée nationale a obligé chacune et chacun à différer les préparatifs. La réforme du mode de scrutin, lié à la loi PLM – Paris Lyon Marseille – a été mise en sommeil faute d’assemblée. Et la nouvelle carte politique née des législatives a fait naître des questions dans tous les camps. Revue des enjeux.

À gauche, Benoît Payan face à la concurrence insoumise

Si la gauche est arrivée assez largement en tête du premier tour des législatives à Marseille, avec plus de 40 % des voix, si elle compte un quatrième député (sur 7), elle n’est pas exempte de difficultés. Encore plus qu’aux européennes, la France insoumise a démontré son implantation dans la ville. Porté par son succès sur les réseaux sociaux, Sébastien Delogu est en train de se construire une équation personnelle dans les quartiers nord. Si celle-ci menace très clairement Samia Ghali dans les 15e et 16e arrondissements de la ville, elle peut aussi inquiéter le maire sortant, Benoît Payan dont la majorité municipale ne comprend pas la France insoumise.

Ce dernier a largement mené campagne depuis un mois pour diminuer le poids des Insoumis et de Jean-Luc Mélenchon au sein du Nouveau front populaire. “Benoît Payan est monté à Paris, il a cassé notre dynamique et filé la troisième circonscription [dans le nord de Marseille, ndlr] aux écolos. C’est sûr qu’après tout ce qui s’est passé, on ne peut pas faire un accord avec lui”, assure-t-on dans les rangs insoumis. Le maire n’y compte pas davantage : “Les élections locales, c’est pas les élections nationales”, explique-t-il à Marsactu. “Si M. Delogu veut être candidat à la mairie de Marseille, il est le bienvenu. Je ne pense pas qu’il veuille être dans une liste d’union.”  Et l’édile de déjà peaufiner ses formules : “Je suis obligé d’acter le manque d’aplomb et de calme chez certains. On ne peut pas gouverner Marseille avec une partie de la ville contre l’autre. La ville a besoin d’être rassemblée, pas d’être découpée en segments.” Le match est lancé.

À droite, l’union cherche un chef

Sa candidature aux municipales se préparait de plus en plus visiblement. Une de ses conseillères, Sandra Blanchard, œuvrait activement au sein de Génération pour Marseille, un parti de jeunesse local unissant la droite et le centre présidé par le directeur de cabinet de Renaud Muselier, Romain Simmarano. Une association politique était enregistrée en préfecture. Son rôle de “ministre de Marseille” lui donnait une forte visibilité. Mais Sabrina Agresti Roubache, arrivée troisième des législatives, s’est retirée après le premier tour des législatives anticipées, soudainement par celui qui l’a amenée à la politique, Emmanuel Macron.

Désormais, l’avenir politique de l’ancienne secrétaire d’État à la Ville s’est obscurci sans être saboté pour autant : qualifiée au second tour, elle a su rapidement se désister et faire front républicain. Malgré la victoire finale de Monique Griseti pour le Rassemblement national, sa sortie a été largement saluée. La suite de son parcours pourrait pourtant s’inscrire loin des échéances électorales. La droite et le centre vont vraisemblablement devoir se trouver une candidature sans la membre du gouvernement pour s’opposer à la majorité sortante.

Le camp de la droite et du centre est sorti des législatives particulièrement déplumé. Il n’y avait plus de député LR depuis les législatives 2022, il n’y a désormais plus non plus de parlementaires du camp Macron. Une situation qui renforce les velléités d’union : “Si on voit chacun combien nous pesons sur nos segments politiques, il faudra un élan large pour gagner cette ville sur la base d’un projet et d’une envie commune”, constate Laure-Agnès Caradec, la présidente départementale du parti Les Républicains. Une réunion qui devait se tenir avant l’été se tiendra finalement à la rentrée sur le modèle des précédentes organisées sous la houlette du président de région Renaud Muselier et de son homologue du département Martine Vassal. “Il faut qu’on se dise les conneries qu’on a pu faire, qu’on se parle franchement et qu’on avance”, illustre un conseiller municipal.

La question de l’incarnation reste centrale dans ce camp. Martine Vassal, qui organisera sa réunion de rentrée à Cuges-les-Pins, répète à qui veut l’entendre se concentrer sur sa reconduction à la tête de la métropole. En position lui aussi, Renaud Muselier a dit plusieurs fois ne pas vouloir y aller. Mais plusieurs élus sont convaincus qu’il est un des rares ou le seul à pouvoir s’aligner pour gagner. La gauche en a fait sa cible favorite et insiste fortement sur son soutien entêté à Anne-Laurence Petel, députée sortante dont le maintien au deuxième tour à Aix a permis l’élection d’un député RN.

L’extrême droite et l’énigme Ravier

Stéphane Ravier a regardé passer l’élection sans y participer : comme Marion Maréchal, il n’a pas soutenu les candidats de son parti, Reconquête, et a apporté son soutien aux candidats présentés par le RN. Figure de l’extrême droite locale depuis une quinzaine d’années, le sénateur reste le trouble-fête de l’élection municipale dans son camp. S’il n’est pas arrêté par les affaires – il a fait appel d’une peine d’inéligibilité pour l’embauche de son fils en mairie de secteur – jusqu’où sa notoriété peut-elle le porter ? Nulle part, pense-t-on au RN local où toute réconciliation est exclue. Les étiquettes reprendront leur droit, veut croire Franck Allisio, le délégué départemental du parti qui a réalisé 33 % des voix au premier tour et obtenu trois députés à Marseille.

Après avoir hésité à candidater à Marseille, celui-ci a été réélu dès le premier tour sur la côte bleue. Cela ne l’empêche pas de se préparer à une candidature dans la ville centre, à la demande du siège de son parti. Avant les européennes, les bandeaux “avec Franck Allisio” ont commencé à fleurir sur les panneaux d’affichage électoraux. Stéphane Ravier, qui le dépeint en conseiller parisien, lui opposera son manque d’ancrage local. Avec le maintien du scrutin par secteurs, la bataille s’annonce rude, notamment dans les 13e et 14e arrondissements, dont Stéphane Ravier a été maire et où il pourrait affronter un ancien proche, le conseiller municipal et départemental Cédric Dudieuzère, revenu au sein du parti à la flamme. Mais ici comme ailleurs, les mois de trouble politique qui s’annoncent peuvent rebattre les cartes, et même plusieurs fois.

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Un pronostic à 4 têtes d’affiche donc : Delogu -Payan – Muselier – Alisio.
    Ça laisse songeur.

    Mais bon, il faudrait que l’ensemble du marigot politique réponde déjà aux attentes des électeurs, à tous les échelons. Le temps et l’énergie passés dans les tractations de sièges, de postes, sont perdus pour les administrés. Il reste 2 ans pour finir les projets et réaliser les promesses.

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    • Moaàa Moaàa

      Plutot bompard à la mairie centrale et delogu à la mairie du 15 et 16, ghali à de gros soucis à se faire.

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  2. Jack Jack

    « Il faut qu’on se dise les conneries qu’on a pu faire, qu’on se parle franchement et qu’on avance”, illustre un conseiller municipal. » … comment dire ? En vrac , au choix et non exhaustif : absence de renouvellement depuis la fin de Gaudin , absence de rôle constructif dans l’opposition depuis trois ans , maintien de Vassal et Muselière que plus personne ne veut voir , absence de vision . La liste est longue , ce sont de enfants gâtés que l’ancien maire a placés et qui sont désormais orphelins mais toujours aussi paresseux . Quant à la gauche , beaucoup de promesses qui ne seront jamais tenues , un matraquage systémique de ce qui a été fait avant comme fonds de commerce permanent ( ça marche pourquoi se priver ) sans plus de vision prospective , une majorité divisée, restée au stade du militantisme sans avoir fait la bascule d’élus responsables de politiques publiques … Et après Monsieur Payan en appelle à ne pas diviser . Vaste blague , pauvre de nous mais on a les élus qu’on mérite …

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  3. Tyresias Tyresias

    Assez national tout ça, finalement ?

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  4. Alceste. Alceste.

    Quand une municipalité n’est même pas capable d’installer une dizaine ou une vingtaine de sanisettes ( toilettes publiques) dans une ville afin que ses habitants puissent avoir un minimum d’hygiène en 4 ou 5 années.
    Quand une municipalité n’est pas capable de répondre au besoins minimum de sa population, il ne reste qu’une solution les virer.
    Tout le reste n’est que baratin

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    • jacques jacques

      Des problèmes de vessie ?

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      Ah, tiens donc! Notre cher Alceste ouvre un nouveau front: Marseille-Clochemerle . J’attends l’ouverture du prochain avec impatience.

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  5. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    Dans une interview à La Provence il y a quelques mois, M. Delogu avait donné sa vision des prochaines élections municipales. L’union de la gauche, OK, mais à condition que ce soit en rangs par deux et au garde-à-vous derrière LFI. La soumission aux “insoumis”, donc. Une curieuse définition de l’union, très éloignée de la démarche qui avait permis l’émergence du Printemps marseillais. Je ne suis pas sûr que ça marchera.

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Le macronisme se délite et le clivage droite gauche va se réinstaller lentement. A Marseille la gauche modérée gouvernera avec la bourgeoisie de droite pour éviter les rouges. Tout va redevenir comme avant.

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  6. Alceste. Alceste.

    Non Jacques, la présence d’estrons dans les cages d’escaliers notamment celles des parkings entre autres.
    Les beaux discours enveloppes d’envoyer lyriques c’est bien.Nettoyer la merde c’est mieux.Administrer une ville c’est celà aussi.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Devinez qui gère les parkings et donc leur nettoyage. Indice : ce n’est pas la mairie

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    • Tasogare Tasogare

      C’est sans compter les sociétés gestionnaires des parkings, qui laissent souvent les lieux en sous-effectifs…

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  7. BRASILIA8 BRASILIA8

    Mr Payant qui semble oublier qu’il a été élu en se cachant derrière Mme Rubirola se sent pousser des ailes: il se voit premier ministre, il gère le recrutement de l’OM ….il serait temps qu’il se souvienne qu’il est maire de Marseille et que l’argument c’est moi ou Martine Vassal ne sera pas suffisant pour une ré élection
    vu son bilan actuel

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    • Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

      Quand Payan exprime son aversion pour le recrutement par l’OM d’un joueur condamné pour provocation à la haine ou d’un autre accusé de violences conjugales et d’agression sexuelle, je suis de son côté. On sait que depuis longtemps, le foot n’est plus un sport mais le royaume du fric. Mais même si l’argent n’a pas d’odeur, il y a des limites à l’indécence.

      L’image de Marseille et celle de l’OM sont liées, il est normal que le maire de la ville s’exprime quand ces limites sont franchies.

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  8. Miraflor Miraflor

    après le titre “à droite l’union cherche un chef” il doit manquer une phrase introductive car ça commence par “sa candidature… ” de quelle candidature parlez vous? celle de Sabrina agresti roubache???

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  9. kukulkan kukulkan

    100% pour Delogu qui pourrait enfin amener du changement radical à la Mairie de Marseille, plutôt que Payan qui installe un commissariat sur la Canebière à 100m d’un déjà existant par exemple, dans un local exceptionnel…

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Cool on finira tous sur TikTok avec Maeva Ghennam

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    • Moaàa Moaàa

      Dans tous les cas, je reste certain que payan va partir aux oubliettes et ne sera pas réélu, tout comme ses équipes et samia ghali

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  10. Alceste. Alceste.

    Kukulkan , où puis je trouver le programme de Delogu concernant la mairie de marseille .
    Trés curieux de le parcourir

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    • Patafanari Patafanari

      Programme ! Programme ! Est-ce que j’ai une gueule de programme ?

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  11. Richard Mouren Richard Mouren

    Ca fait bien longtemps que Mr Ravier n’est plus une énigme pour les marseillais. Otez-moi d’un doute: au cours de ces législatives, il a bien soutenu Mme Maréchal contre Mr Zemmour, non? Donc la seule énigme est: où se situe Mr Ravier?

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    • Moaàa Moaàa

      Au fond du trou

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Dans les Limbes judiciaires

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  12. Alceste. Alceste.

    Cher Richard ,
    Clochemerle et oui et vous pouvez aussi rajouter un deuxième livre de chevet pour notre ” bon maire” les “Ronds de cuir” et son célèbre Mr Soupe.
    Pour que soyez plus instruit ce soir que ce matin
    Lyon 226 toilettes publiques
    Nantes 133
    Rennes 122
    Toulouse 106
    Marseille 88 pour 900 000 habitants et Montpelier 86 pour 280 000 .
    A jamais les derniers.

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      Cher Alceste, pourriez-vous me donner mon nom complet lors d’une prochaine adresse? Je n’autorise l’utilisation de mon prénom seul qu’à mes femmes et à mes chevaux.

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Ok Philinte 😉

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  13. Alceste. Alceste.

    Excusez moi Cher Richard ,faute de frappe ,Marseille c’est 38 et non pas 88.
    Ri.di.cu.les.
    Vraiment les derniers

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  14. Alceste. Alceste.

    La Métropole ruedelapaixmarcelpaul , ce qui démontre le poids du maire actuel qui n’est même pas capable d’obtenir auprès de l’institution métropolitaine.
    Donc il ne sert à RIEN , à j’oubliais il inaugure les plaques.

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    • vékiya vékiya

      que cela doit être dur de ne rien trouver de positif autour de soi

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  15. Alceste. Alceste.

    Marseille est sale.
    Marseille est violente, encore un assassinat aujourd’hui.
    Marseille, les transports sont pourris.
    Le niveau des politiques est nul quand ils ne sont pas en difficultés avec la justice.
    L’école est à la dérive.
    Le communautarisme est trop présent.
    Marseille est polluée.
    La culture à Marseille est à la dérive.
    L’administration municipale est inexistante.
    La mouche du clientelisme à changé d’ânes,mais toujours là.
    Le système FO continue.
    Les promesses non tenues sont légions.
    Le port est en chute libre.
    Marseille est complètement en dehors des routes commerciales.
    Nous en sommes à chercher l’inspiration à Alger,c’est dire.
    Mais ,nous avons le soleil, les boules, les cagoles,le pastaga, les “tombés du camion”,l’OM.
    Voilà du positif au pays du One Again a Fly.

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    • julijo julijo

      c ‘est marseille bébé !

      Et nous heureusement qu’on a alceste…..

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    • vékiya vékiya

      ouf, heureusement que j’habite genève

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      Je vois que vous commencez à comprendre le besoin urgent qu”ont les migrants de fuir leur pays subsaharien.

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  16. Alceste. Alceste.

    Et Delogu ,qui malgré tout n’arrive pas à la cheville de feu le “Chien saucisse”.

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  17. Alceste. Alceste.

    Vekiya, mon cher professeur de latin , vous qui êtes loin, nous serinait face aux latinistes que nous étions : Tu qui secura procedis mente, parumper siste gradum quaeso verbaque pauca lege”. Désolé, je ne pratique pas le rap.
    Tout ceci pour dire prenez quelques instants pour vous pencher sur nos maux.

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