À l’approche des municipales, le Rassemblement national manque de candidats crédibles

Enquête
le 31 Juil 2019
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Alors que le parti de Marine Le Pen est arrivé en tête dans 99 des 119 communes des Bouches-du-Rhône, il peine toujours à se doter de têtes de liste capables de gérer une ville.

Stéphane Ravier lors d'un débat avec Éric Zemmour en avril 2019 (Image LC)

Stéphane Ravier lors d'un débat avec Éric Zemmour en avril 2019 (Image LC)

« Premier parti de… ». Dans les Bouches-du-Rhône, aux élections européennes, le Rassemblement national a pu compléter ce slogan avec le nom de 99 communes sur 119. Une razzia inédite sur fond de décrépitude de la droite. Au sein du parti, cela a fait naître des ambitions dans plusieurs communes, de militants chevronnés comme de petits nouveaux. « Depuis les européennes, ça bouge. Il y a des gens qui ont vu les scores et qui sont décidés à se lancer », explique un cadre.

L’heure chez les dirigeants n’est pourtant pas à l’euphorie car le parti reste faiblement organisé au niveau local. Marseille est certes structurée autour du sénateur Stéphane Ravier, candidat incontesté pour la mairie centrale, et d’élus régionaux de la jeune génération comme Franck Allisio ou Eléonore Bez, respectivement destinés à une tête de liste dans les 11e et 12e arrondissements et dans les 9/10. Il lui faudra toutefois trouver des profils solides pour compléter les listes afin d’éviter les défections constatées dans les rangs de ses conseillers municipaux depuis 2014. Sorti de la ville principale, on retrouve encore quelques élus régionaux comme Laure Chevalier à Gignac-la-Nerthe ou Nathalie Chevillard à Aix-en-Provence.

« On a dégun »

Mais derrière, c’est le grand vide. « Fos-sur-Mer, Arles, Saintes-Maries-de-la-Mer, Saint-Chamas, Saint-Victoret… On a dégun. Miramas, c’est pas terrible non plus. Il faut trouver des ressources humaines ! », s’alarme le cadre déjà cité. Le RN aurait pu se baser sur les élus de 2014 mais une large part a depuis déserté le parti (lire notre enquête dès décembre 2015).

Parmi ceux qui ne font plus partie de la formation, on trouve Philippe Adam, exclu en 2015 car jugé trop proche de Jean-Marie Le Pen. Premier élu du Front national à rentrer dans un conseil général en 1989, ce militant historique était encore tête de liste aux municipales de Salon-de-Provence en 2014. Il est depuis lors conseiller municipal de Salon, encarté LR.

« Pas des listes pour gagner et gérer »

L’homme n’est pas un de ces ex membres qui fustige leur ancien parti à la première occasion mais il pose un constat sans concession sur sa désorganisation pour les élections locales. « Mettre un nom sur un papier, le Front a toujours su faire. Mais ils ont du mal à recruter : le banquier, le médecin, le notaire, l’architecte peuvent voter pour eux mais ils ne veulent surtout pas que ça se sache, analyse Philippe Adam. Alors, ils font avec ceux qui peuvent, avec des braves gens qui ne sont pas formés. Si, en plus, la tête de liste n’a pas une vision globale des choses, c’est compliqué. Après, si vous prenez le kit de campagne national, que vous mettez Salon à la place de Tataouine-les-bains, vous faites des voix, les voix naturelles on va dire. Mais vous ne créez pas une liste pour gagner et surtout pour gérer ! »

Conseiller municipal et future tête de liste à Martigues, Emmanuel Fouquart corrobore ces propos : « Pour les municipales, on a très souvent des candidats qui sont d’abord des citoyens qui décident de se lancer avec l’étiquette du Rassemblement national ». Pour celui qui a quitté le poste de secrétaire départemental au mois de juin, la conclusion est claire : « On cherche des personnes qui sont aptes à diriger une mairie. C’est sûr qu’on n’aura pas des listes dans chaque ville. »

« Une trentaine de communes » incontournables

Mais le département est clairement une cible prioritaire du parti. C’est d’ailleurs la principale mission qui a été confiée à Laurent Jacobelli, le nouveau secrétaire départemental, qui était déjà délégué national à la communication. Celui qui sera candidat à Allauch pour tenter de succéder à Roland Povinelli (ex PS) s’est donné pour objectif de « monter une machine de guerre parce que les résultats nous montrent que nous sommes en bonne position ». Mais celle-ci n’inclut clairement pas « des candidats partout ». « On ne va pas mettre quelqu’un pour mettre quelqu’un », annonce-t-il. Seul objectif assuré : « Être présent dans les villes de plus 20 000 habitants et sur un certain nombre d’autres. Il y en a au moins une trentaine où nous ne pouvons pas ne pas aller ». Cela signifierait que le Rassemblement national serait présent au mieux dans un tiers des communes des Bouches-du-Rhône. Les premiers candidats devraient être annoncés en septembre.

Parmi celles-ci, certaines concentreront davantage les regards. Le Rassemblement national espère faire basculer Miramas mais aussi Istres où il pense pouvoir bénéficier des affaires du maire François Bernardini, dont il vient de demander la démission. Si quatre candidats locaux se sont manifestés, dont le chef de file local Grégory Gabanou, « le national n’exclut pas un parachutage », note celui-ci. Le dernier en date, celui du médiatique Jean-Lin Lacapelle aux législatives 2017 sur la circonscription de Marignane et Vitrolles s’était pourtant soldé par un cuisant échec, le conseiller régional d’Ile-de-France étant éliminé au premier tour dans une circonscription très favorable si l’on se fie aux résultats de la présidentielle.

« Beaucoup de divers-droite nous regardent »

Dans d’autres communes revient l’envie récurrente mais jamais réalisée à ce jour dans le département de convaincre des maires sans étiquette ou de droite de coiffer l’étiquette RN. « Beaucoup de divers droite nous regardent, assure Laurent Jacobelli. On veut faire des listes de rassemblement. Mais la consigne de Marine Le Pen, dans les villes où nous sommes premiers, c’est que nous devrons avoir la tête de liste. » Dans certains cas, ce critère devrait tout de même limiter certains rapprochements. Pour les communes où le RN n’est pas leader, il aimerait à défaut installer quelques candidats sur des listes de rassemblement.

Mais dans d’autres situations, il faudra bien pour le parti miser sur des novices. « Pour les nouveaux, oui, il y a une part de risque mais il faut la limiter, notamment en demandant un projet de ville pour vérifier qu’il y a du fond », brosse Laurent Jacobelli. Ce dernier affiche sa mansuétude quant aux défections connues dans les hémicycles municipaux depuis 2014 : « Il ne faut pas en vouloir à des gens qui débutent ». Cette fois, il assure que les listes « seront solides » et que le parti mettra « l’accent sur la formation des élus ». Un discours semblable à celui que tenait Stéphane Ravier en 2014.

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