À la SAS des Baumettes, les détenus préparent leur sortie un pied dedans, un pas dehors

Reportage
le 3 Mar 2020
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Destinée aux courtes peines, la structure d’accompagnement à la sortie, lancée en juin 2018, aide pendant plusieurs mois ces blessés de la vie à préparer au mieux leur libération. Alors que la prison est encore décrite comme une machine à récidiver, la SAS ambitionne de faire reculer les chiffres en donnant du sens à la peine.

Un des couloirs de la SAS. Photo : Fériel Alouti
Un des couloirs de la SAS. Photo : Fériel Alouti

Un des couloirs de la SAS. Photo : Fériel Alouti

"Je ne veux pas que mes enfants deviennent comme moi", explique Hakim (1), 43 ans, assis face à une conseillère pôle emploi qui le reçoit dans un préfabriqué arrosé d’un soleil d’hiver. Ce matin-là, malgré ses traits tirés, il semble rempli de bonnes volontés. Après trois condamnations pour violences et quinze ans dans le deal, il se met à rêver d’une autre vie. Pour lui, pour sa compagne mais surtout pour ses deux fils, âgés de 10 et 13 ans. "Pour reprendre goût au travail", Hakim aimerait commencer par un mi-temps. Il s’imagine bien tailleur de pierre ou jardinier. Mais il ne sera plus vendeur de cannabis en bas d’une tour HLM décrépie. "Ils me disent : « quand tu reviens, on te donne 1 500 euros par semaine », mais y’a trop de morts…" 

Alors pour rebondir, la conseillère lui propose d’intégrer à sa sortie de prison un chantier d’insertion. Les 20 heures par semaine, dont six heures d’accompagnement professionnel, seront payées au Smic. "Pendant le chantier, vous pouvez vous inscrire au permis en passant par une auto-école solidaire, et trouver un appartement. Trois belles étapes", lui fait remarquer la jeune femme tout en lui détaillant le programme des prochaines semaines. D’abord, organiser des entretiens individuels pour apprendre à parler de son projet, ensuite planifier une rencontre avec l’association qui gère le chantier. "Au recruteur, il faut lui parler du futur, pas de ce qu’il s’est passé auparavant. Ça, vous le balayez en une seule phrase", lui conseille-t-elle.

Trois Sas en Provence
Le gouvernement a pour projet de créer 2 500 places en SAS - dont les trois quarts vont sortir de terre - d’ici la fin du quinquennat. En PACA, trois établissements doivent voir le jour : à Avignon (120 places), Toulon (180 places) et Aix-en-Provence (80 places). Depuis l’ouverture de la SAS des Baumettes, deux autres ont ouvert à Metz et à Villejuif. Pour le reste, « rien ne se fera avant les municipales », dit-on à l’administration pénitentiaire, de nombreux élus étant réticents à accueillir dans leur centre-ville ce type d’établissement.

Hakim est arrivé à la SAS il y a près d’un mois après avoir réanimé son codétenu qui tentait de se suicider. "Ici, on t’aide pour tout. Même les dents on va me les refaire alors que les autres fois, on me laissait sortir comme un chien", relève-t-il, laissant apparaître un sourire abîmé. Située dans l’ancienne maison d’arrêt pour femmes, la structure d’accompagnement à la sortie (SAS) tente de prévenir la récidive des courte peines, "les oubliées de la prise en charge", relève Aurore Cayssials, directrice de la SAS depuis son ouverture à titre . . .

Feriel Alouti

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