A la porte d'Aix, Jean-Claude Gaudin inaugure un chantier

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Benoît Gilles
18 Avr 2013 4

Retour vers le futur : la campagne pour les élections municipales bouche tout horizon. Nous sommes en 2007 et, au détour d'une réunion publique, le candidat de la gauche unie, Jean-Noël Guérini, critique vertement le projet d'aménagement qui doit remplacer le bout d'autoroute A7 appelé à disparaître. Le lendemain, son adversaire, Jean-Claude Gaudin lui emboîte aussitôt le pas. Oubliées les années de concertation et d'études, une fois les élections passées, Euroméditerranée relance la réflexion avec un vrai parc d'un hectare autour de la porte d'Aix

Cinq ans plus tard, le gagnant de 2008 et probable candidat à sa succession, Jean-Claude Gaudin inaugure ce vendredi "les aménagements d'entrée de ville de l'autoroute A7". Si la cérémonie a l'avantage d'offrir au maire une nouvelle occasion de couper du ruban, ce dernier va surtout inaugurer un chantier en cours. Certes, après le foudroyage de l'autoroute A7 en août 2010, les aménagements urbains ont avancé : une passerelle enjambe les deux sorties d'autoroute et relie la butte Saint-Charles à la place Marceau.

Un escalier vers rien

Côté Saint-Charles, un escalier monumental a été construit. Il débouche sur une passerelle piétonne et donne sur le vide. "On réfléchit encore sur l'équipement qui l'accompagnera et dont la Ville sera le maître d'ouvrage. On parle d'un gymnase mais rien n'est encore tranché, indique-t-on du côté de l'établissement public Euroméditerranée. En attendant, il est prévu que l'on crée une butte en terre dans le prolongement de l'escalier le temps que les projets s'éclaircissent"

Côté place Marceau, le projet d'hôtel japonais Toyoko Inn est durablement embourbé dans les recours déposés par les "riverains". Cet hôtel d'environ 200 chambres doit jouxter l'entrée du parc mais les travaux sont encore repoussés après que la SCI Karous, à l'origine du recours, s'est pourvu en conseil d'État après avoir perdu en première instance et devant la cour administrative d'appel. Cet hôtel formera le coin de nouvel îlot comprenant des logements et une école.

Au centre, doit s'ouvrir le futur parc urbain qui sera fini à un horizon mal défini. "On parle d'un début des travaux en début d'année 2014 pour une livraison probable en 2015", commente-t-on à Euromed. Mais les travaux paysagers proprement dits ne commenceront qu'une fois terminé le bassin de rétention dont la communauté urbaine vient de démarrer le chantier. Quant aux aménagements provisoires prévus en 2013 pour accompagner l'année capitale, ils sont abandonnés du fait des travaux sur le bassin.

Une fois ce dernier terminé, la mise en route du parc dépendra également de l'avancée des travaux des immeubles jouxtant l'espace vert. Il paraît effectivement compliqué de planter des arbres dans une zone de chantier. Si la commercialisation de ces immeubles est indispensable à l'équilibre financier de toute l'opération, elle n'est pas du goût de tous les habitants. "Au départ, ils voulaient même construire des bâtiments sur les pentes à proximité des immeubles de la rue de Turenne, au Racati, se souvient Mohamed Ben Aoun, le président du Comité d'intérêt de quartier. Ils ont finalement abandonné le projet même s'il reste un bâtiment prévu entre les bâtiments et l'actuelle place de la porte d'Aix contre lequel se battent les locataires".

Bel Horizon attend sa rénovation

Mohamed Ben Aoun suit de près les évolutions du chantier. Il vit dans l'immeuble Bel horizon dont il préside le conseil syndical. Cette copropriété aux façades dégradées est sise à quelques mètres de la nouvelle passerelle. "On est situé dans une enclave du périmètre Euroméditerranée, reprend le locataire. Dans le cadre d'une opération programmée d'amélioration de l'habitat on a pu financer les travaux à l'intérieur des appartements et dans les parties communes. Maintenant il reste à financer les travaux des façades pour que notre immeuble porte enfin bien son nom". Du haut de sa tour, le président a également vu certains projets fondre comme neige au soleil. "Lors des premières réunions de concertation, Renaud Muselier [président d'Euroméditerranée à l'époque, ndlr] avait parlé d'un parking de 800 places à proximité immédiate de l'autoroute et du métro mais on n'en a jamais plus entendu parler". À ce sujet, l'établissement public renvoie la balle à la communauté urbaine qui dément tout projet et renvoie la balle… à Euromed.

Il faut dire qu'en matière de parking, le quartier a de mauvais souvenirs. A l'été 2011, La Provence fait sa manchette sur le parking de la place Jules-Guesde accaparé par une bande de margoulins qui gère le parking en lieu et place de Vinci Park, le concessionnaire. La nouvelle tombe en pleine langueur médiatique et l'ensemble de la presse se rue sur le sujet. Lequel fait réagir jusqu'au sommet du gouvernement Sarkozy. Le préfet dépêche 80 CRS qui sécurise la place. La porte d'Aix se retrouve entourée de barrières destinées à empêcher les familles Roms et les amateurs de sieste de squatter le gazon. Dans la foulée, le ministre de l'intérieur Claude Guéant débarque le préfet et se rend lui-même sur place pour installer le nouveau chef de la police, Alain Gardère.

Parking volé

C'est à cette même époque, que les sociologues de Repérage urbain, associés au cabinet d'urbanisme Alfred Peter viennent à Marseille poser un premier diagnostic dans le cadre du concours d'urbanisme. "C'est vrai que nous avons débarqué dans une situation très complexe, admet Kamel Bentahar, socio-géographe associé à Eric Hamelin, lui-même sociologue. La place était entouré de CRS. Des Tunisiens venaient de débarquer d'Italie. Tout le monde était tendu avec une image très dégradé du quartier". Dans la foulée de la désignation d'Alfred Peter pour dessiner le nouveau parc, les deux chercheurs suivent une bonne partie des réunions de concertation. Et, au lieu de raser l'existant même dérangeant, d'un coup de gomme, il plaide pour une espace aménageable au fil du temps.

"Nous avons proposé à Euroméditerranée et à la Ville de mettre en place un marché des biffins sur la partie minérale du projet, là où justement il y avait le parking, explique le géographe. L'idée est de gérer ce marché de la pauvreté présent sur le lieu plutôt que de se laisser déborder. Cela se fait à Paris, porte de Montreuil, avec un certain succès". La même méthode par étapes sera mise en oeuvre pour le parc lui-même où des parties seront laissées vierges d'aménagement.  "On pourrra y réaliser plus tard des aires de jeux pour les enfants par exemple comme le souhaitent les habitants".

En revanche, la fermeture du parc était une revendication unanime des riverains. "Mais je crois que cette volonté ne peut être dissociée du contexte particulier dans lequel la concertation a été lancée", estime Eric Hamelin. L'équipe de Repérage urbain a mené sa réflexion bien au-delà du parc et de ses abords en menant une réflexion notamment sur l'aspect oriental du quartier ou la rénovation du bâti. "Par exemple, on ne peut se contenter de faire de la démolition/reconstruction. Il faut aussi un vrai plan d'éradication de l'habitat indigne, plaide le sociologue. Un projet d'urbanisme ne peut pas suffire à penser et d'aménager l'espace public". Voilà un conseil qui pourrait enrichir la façon de rénover Marseille, bien au-delà de la découpe de ruban.

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