À la Busserine, un parc sportif pour retrouver “une vraie vie de quartier”
En chantier depuis 2020, la Plaine des sports et des loisirs est accessible depuis fin octobre 2024. Les habitants de la Busserine s'approprient déjà les lieux, pour que l'équipement reste préservé et puisse devenir un espace aux usages multiples, dans un quartier qui en manque cruellement.
La plaine des sports de la Busserine (14e) a été inaugurée mercredi 23 octobre 2024. (Photo : CM)
Sur la Plaine des sports, dans le quartier de la Busserine (14e), une cinquante de joyeux marmots, boostés au sucre des barbes à papa, des glaces et des popcorns, gambadent dans tous les sens. Certains s’élancent sur une tyrolienne, d’autres enchaînent les tours de toboggan. Au milieu du parc, entre les stands des associations organisatrices de la fête de quartier, une petite foule d’habitants de tous âges reproduit attentivement les pas de danse d’une prof de zumba. Quelques mètres plus loin, en face du centre social l’Agora, une petite équipe d’adolescents, en chasubles colorées, joue au basket sur un terrain aux peintures intactes. Cet après-midi du mercredi 23 octobre, rien ne perturbe les sourires des habitants de ce quartier du nord de Marseille, heureux de pouvoir, enfin, se réunir dans un parc extérieur flambant neuf. Rien, pas même la pluie abondante qui rafraichit les joues des enfants essoufflés.
“Ce parc était très attendu par la population”, déclare Benoît Payan, maire de Marseille, venu ce mercredi avec le préfet de région, Christophe Mirmand, inaugurer l’équipement. Et pour cause. Dans les cartons de la Ville depuis une dizaine d’années, le complexe sportif, prévu pour désenclaver ces quartiers coupés par la L2, devait initialement sortir de terre en 2021. Il a connu plusieurs aléas, comme ceux liés à la construction du talus sur lequel est installé le parc et à l’enfouissement d’un tuyau, largement documentés par Marsactu. “Jamais en aussi peu de temps un parc ne sera sorti de terre, autant d’argent n’aura été investi”, tente d’atténuer le maire, tout sourire sous son parapluie, entre deux selfies avec les jeunes du quartier. L’édile se félicite de ce projet à “11 millions d’euros”, partagés entre la Ville (7 millions), l’État (3 millions) et la métropole (quelques centaines de milliers d’euros), qui permet aux habitants d’oublier ces années de vie passées entre bitume et gravats.
“Le quartier respire enfin !”
Dans la bouche des habitants de ce quartier prioritaire, la même mélodie, teintée de reconnaissance et d’apaisement, se répète. “On se sent considéré”, “Enfin, on pense à nous”, “C’est rare, un parc comme cela dans les quartiers Nord”, déclarent jeunes et moins jeunes au milieu du tumulte festif. De fait, le large espace public faisait défaut, entre la cité de la Busserine, le Merlan et Font-Vert, où la Plaine se loge désormais. “Avant, on n’avait pas de jeux en bas de chez nous, les enfants s’amusaient devant les bâtiments. Il y a juste un stade de foot un peu plus loin, mais c’est plus pour les ados”, racontent Anita et Stella, deux jeunes filles de 17 ans, bénévoles à la fête de quartier.
L’évènement du jour draine du monde, mais le parc était déjà investi depuis quelques semaines par les habitants. Certains aménagements sont accessibles depuis juillet. “Cet été, on venait tous les jours, on se retrouvait entre amis, on accompagnait nos nièces”, développe Anita, la voie enjouée, en gardant un œil attentif sur les enfants qui courent autour d’elle. “Il y en a vraiment pour tous les âges, c’est un lieu très familial”, abondent Myriam et Rachida, mères d’adolescents, en énumérant les différents équipements : mini-parc pour les tout-petits, machines de musculation, zones d’herbe sur lesquelles on peut s’asseoir… “Avec tout cela, le quartier respire enfin !”, s’exclame Rachida, en pointant du doigt la foule animée autour d’elle.
L’arrivée de skateurs
Le lendemain des festivités, le parc retrouve une ambiance plus calme. Les habitants des alentours, venus en nombre la veille, ont laissé la place à des familles, débarquées d’autres quartiers de Marseille. “Je suis née dans le 14e mais j’habite dans le 10e, explique Cyrine, jeune femme aux cheveux bruns, venue avec sa fille Léna, son amie Awa et son fils Cameron. On cherchait que faire pendant les vacances et on a entendu parler de ce parc, alors on a voulu venir voir.” Elle s’interrompt pour réceptionner sa petite, qui s’élance sur la tyrolienne en riant. “C’est vraiment chouette, on n’avait pas ça quand on était petites !”, s’exclame-t-elle.
Mohamed, coordinateur du social et du local à l’Agora, l’assure : “Le parc attire déjà beaucoup de gens du 1er, du 3e, du 15e.” Dans son bureau du centre social, situé à l’entrée de la Plaine des sports, le grand gaillard, fatigué mais ravi de la fête de la veille, ne tarit pas d’éloges sur ce nouveau parc. Il est persuadé qu’il favorisera la mixité sociale. “On voit déjà des jeunes skateurs qui ne sont pas du tout du quartier. Les petits d’ici sont impressionnés, ils reproduisent leurs figures et les grands les coachent.”
L’Agora met à disposition gratuitement des skates pour les jeunes. (Photo : Camille Margerit)
L’homme espère aussi que le parc aidera à pacifier un quartier régulièrement en proie à des affrontements liés au trafic de drogue. “Ces derniers temps, les gens ne sortaient plus, car ils avaient peur, observe-t-il, la voix lasse. Comme les gens ne se rencontrent pas, ça alimente les rivalités entre les petits des différentes cités. On se passerait bien de ce climat-là.” Depuis l’ouverture du parc, il a le sentiment que la situation s’améliore. “Avec le centre social, on y organise des animations et les gens s’y réunissent aussi d’eux-mêmes. Cet été, ils partageaient des repas ! Dans ce parc, on peut créer une vraie vie de quartier.”
Il faut à tout prix qu’il y ait plus de rondes de police et un vigile le soir.
Deux mamans
Pour que le parc vive, il doit être “sécurisé”, insistent plusieurs mères d’enfants du quartier. Malgré l’ambiance détendue de la fête de ce mercredi après-midi, elles expriment leur peur que le narcotrafic ne se développe dans cet espace ouvert toute la nuit. “Il faut à tout prix qu’il y ait plus de rondes de police et un vigile le soir”, estiment Myriam et Rachida, les mamans d’adolescents. Au centre social l’Agora, Mohamed se veut rassurant. Pourtant, la cohabitation n’est pas toujours évidente : des incidents préoccupants sont déjà survenus. “La sécurité a été renforcée cet été, après qu’un individu est entré dans le parc en scooter et a percuté une petite fille. Il y a les médiateurs qui passent trois jours par semaine entre 10 h et 20 h et la police qui fait des rondes. C’est une petite présence, mais c’est déjà ça”, témoigne le coordinateur social. Des barrières ont aussi été installées aux entrées du parc pour que les véhicules motorisés ne puissent y pénétrer.
Groupe de veille
“Les assos, mais aussi les habitants, on se sent tous concernés par le parc et on est très vigilant à ce qu’il soit bien entretenu”, poursuit Mohamed, adossé au mur beige de son bureau. À la moindre détérioration du matériel, il la signale à la Ville, pour qu’elle fasse les réparations nécessaires. “On a la chance d’avoir un groupe de veille, fait d’acteurs sociaux et d’habitants, très puissant dans le quartier et écouté politiquement”, assure-t-il.
Luisa et Rayan jouent régulièrement au basket depuis cet été sur ce terrain. (Photo : CM)
Ce jeudi 24 octobre, en fin de matinée, la Plaine est déjà remplie de vie. Luisa, petite brune de 17 ans, s’entraine au basket sous les conseils de son cousin Rayan, âgé de 20 ans. “J’en ai fait pendant longtemps et depuis que j’ai découvert ce terrain il y a deux mois, je m’y suis remis”, se réjouit le jeune homme, qui envisage d’être coach sportif. À quelques mètres d’eux, un jeune Aixois, casquette et jean large, roule sur sa planche de skate et tente des figures sur la rampe colorée. Il n’était jamais venu à la Plaine avant aujourd’hui. Ni à la Busserine d’ailleurs, “un quartier où l’on n’a pas souvent l’occasion de se rendre”, détaille le garçon aux cheveux châtains. Il reviendra très vite, c’est certain. Preuve qu’avec cet équipement, le quartier pourrait connaître un brassage social, dont il était jusqu’à présent dépourvu.
Commentaires
L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.
Vous avez un compte ?
Mot de passe oublié ?Ajouter un compte Facebook ?
Nouveau sur Marsactu ?
S'inscrire
Bravo, à multiplier partout et protéger du cancer narco.
Se connecter pour écrire un commentaire.
Quand on circule au-dessus de la 507, la différence entre le nord (en gros du MIN jusqu’à Frais Vallon) et le sud (entre Montolivet et St Jean du Désert) est criante. Au sud jardins ombragés, allées reposantes, bassins et jets d’eau, au nord des dalles de béton avec des talus qui empêchent la continuité. Je pense que cet équipement sera le seul de la 507 dans cette section nord. Il y a vraiment une discrimination flagrante. La partie sud de la 507 a été inaugurée en 2016 le parc de la Moline en 2005 (si, si.) La partie nord date de 2018 donc 6 ans pour créer cet équipement à la Busserine. Presque 20 ans séparent les deux équipements……..
Se connecter pour écrire un commentaire.
Recoudre la ville sera une oeuvre de longue haleine. Encore faudrait-il que tout le monde le veuille. On n’en prend guère le chemin quand on doit tordre le bras de Mme Vassal pour que les projets de transport concernent aussi le nord, et quand le projet de restructuration du réseau de bus est mis à la poubelle.
Comme les magistrats de la Chambre régionale des comptes l’ont remarqué lors de leur examen du plan Marseille en Grand, « bien que la position de l’État en faveur d’un désenclavement prioritaire des quartiers nord ait été clairement exprimée, les 15 projets retenus n’entretiennent pas nécessairement de lien avec cette priorité. »
Se connecter pour écrire un commentaire.
Prévoir des visites chaque année pour vérifier l’entretien et notamment les celui des plantations… nos élus sont-ils capables de ne pas se contenter des inaugurations…c’est la suite qui compte ! Utilisation et respect des équipements et entretien de l’ensemble
Se connecter pour écrire un commentaire.