Chez Gemalto, un document lève le voile sur la réalité des conseils en ressources humaines

Actualité
le 19 Fév 2018
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Le direction de Gemalto, leader de la sécurité numérique en plein plan social, a envoyé aux syndicats des informations pour le moins embarrassantes. En pièce-jointe d'un mail, ces derniers ont découvert l'éventail des prestations du cabinet de conseil choisi par Gemalto. Au programme "neutralisation des institutions" et "pilotage resserré".

Chez Gemalto, un document lève le voile sur la réalité des conseils en ressources humaines
Chez Gemalto, un document lève le voile sur la réalité des conseils en ressources humaines

Chez Gemalto, un document lève le voile sur la réalité des conseils en ressources humaines

Il suffit parfois d’un clic pour mettre de l’huile sur le feu. C’est ce qui s’est produit la semaine dernière chez Gemalto, leader mondial de la sécurité numérique, pour lequel travaillent 1700 personnes à la Ciotat et Gémenos. Alors qu’elle est en train de procéder à un plan social qui vise plus de 200 personnes dans le département, la direction a envoyé aux syndicats un courriel qui risque fort d’envenimer le dialogue social déjà tendu, comme l’a révélé La Marseillaise.

“Après le conseil du comité d’entreprise, nous avons demandé à la direction des clarifications sur la performance du cabinet qui doit reclasser un nombre important de personnes. Sauf que l’on ne s’attendait pas à ça”, raconte Stéphane Schirar, délégué central UNSA. Dans la pièce-jointe d’un mail envoyé par la direction, les syndicats découvrent ainsi une plaquette de présentation de prestations proposées à Gemalto par Altedia, un cabinet de conseil en ressources humaines dont les compétences sont beaucoup plus vastes que l’aide au reclassement.

La brochure transmise par mégarde aux syndicats est une véritable plongée dans les stratégies mises en place par ce type de cabinet pour réussir un plan social sans faire de vagues. Le document énumère ainsi “les facteurs clés du succès des réorganisations” parmi lesquels notamment le “lobbying institutionnel”, “l’embarquement dans le projet des partenaires sociaux, de l’administration, des managers et des salariés” ou encore l’“anticipation” des réactions des représentants du personnel (IRP).

Et les conseils en la matière d’Altedia sont très loin de ce que l’on pourrait appeler la transparence. Le cabinet préconise en effet de “neutraliser les autorités politiques et administratives susceptibles d’interférer dans sa mise en œuvre et dans son calendrier, au niveau national comme des 3 sites et des 2 bassins d’emploi concernés”, ou encore de “limiter la couverture médiatique du projet”.

Lobbying institutionnel

“Quand ils se sont présentés, les membres d’Altedia nous ont expliqué qu’ils étaient là uniquement pour nous aider dans les démarches de reclassement. Á aucun moment ils nous ont parlé d’une quelconque mission de lobbying”, s’étonne encore Anthony Vella, secrétaire du comité d’entreprise de Gémenos et délégué syndical CFE-CGC. Du côté de Gemalto, on maintient pourtant que cet envoi a été effectué “de façon volontaire à l’expert et aux organisations syndicales, à leurs demandes.”

Gemalto répond également à Marsactu qu’“Altedia a été retenu par Gemalto pour une partie seulement de l’offre de services qui lui a été présentée, principalement pour la préparation du livre CHSCT et la mise en place et l’animation de l’Espace Information Conseil, ainsi que d’une plateforme d’information”. Les syndicats n’en sont pas plus rassurés.

“Ce cabinet a pour mission de neutraliser toutes actions revendicatives au plan social et en même temps, on doit leur faire confiance sur le reclassement, s’inquiète le secrétaire du comité d’entreprise de Gémenos. Tous cela créait une dualité gênante qui est dépourvue de déontologie.” La stratégie sociale proposée par le cabinet Altedia à Gemalto semble effectivement bien ficelée et concerne l’ensemble des acteurs susceptibles de mettre des bâtons dans les roues au bon déroulement de ce plan social qui vise 10 % des effectifs.

Première cible, “l’administration du travail” dont “le rôle sera clef dans la réussite du projet”, peut-on lire dans le brochure. L’administration du travail, ou la DIRECCTE – pour direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi- l’organisme inhérent au ministère du travail qui doit contrôler le respect des règles du droit du travail lors d’un plan social. Altedia propose donc de garantir auprès d’elle “la compréhension du projet et son acceptabilité sociale”“Dans une logique d’influence, les types de populations suivantes seront travaillés : acteurs institutionnels, éventuellement acteurs économiques et sociaux”, précise également la plaquette.

“Choisir un motif économique”

Mais point de plan social sans motif économique. Après la partie “relations institutionnelles”, vient ensuite celle intitulée “argumentaire économique”. Si l’objectif de Gemalto est de “choisir, élaborer et solidifier un motif économique”, avance la présentation, Altedia propose de “construire la justification et l’argumentaire organisationnel du projet” et d’“anticiper les critiques susceptibles d’être soulevées par les IRP ou par un expert désigné par ces dernières.”

Une “anticipation” qui repose sur la faiblesse du motif économique ? En tout cas, les syndicats le remettent effectivement en cause. “Gemalto a fini l’année avec 3 millions de bénéfices. Il n’y a pas de motif économique rationnel alors on fait une opération de communication pour justifier ce plan et l’enrober”, conteste Stéphane Schirar de l’UNSA. Fin février, les directions de Gemalto et de Thalès, dont le rachat du premier par le second a été annoncé en décembre, devront se présenter devant la justice pour rendre des comptes à l’intersyndical de Gemalto sur cette OPA a-t-on appris ce vendredi. Les dirigeants des deux géants de l’électronique vont notamment se voir enjoindre d’expliciter “l’incidence de ce projet d’acquisition sur le projet de réorganisation et de plan de sauvegarde de l’emploi actuellement présentés aux instances”.

“Pour nous racheter, Thalès a dû faire une rallonge de 500 millions par rapport à Atos [premier candidat au rachat. Ndlr], faisant passer l’offre de 4,3 milliards à 4,8 milliards, retrace Anne-Marie Chopinet de FO. Le plan social lui permettra d’économiser 30 millions ! Quand on voit les chiffres, on est en droit de se poser des questions.” 

Si Gemalto assure que le motif économique n’a pas été choisi par Altedia, du côté du cabinet, on vante les mérites des nombreuses missions susceptibles d’être commandées. “Le reclassement ne représente qu’une toute petite part de nos missions. Nous faisons aussi de l’accompagnement de transformation, de la stratégie sociale, de la communication…”, énumère à Marsactu une salariée du cabinet en question.

Neutraliser les politiques et limiter la couverture médiatique

Pour la phase préparatoire, Altedia propose l’“élaboration du plan de communication jour par jour, heure par heure, de J-30 à J+1”. Pour la phase d’annonce : une “présence sur site si nécessaire”. Pour la phase de suivi : un “conseil et support opérationnel à H+1 en cas de situations spéciales”. Une proposition qui n’a pas été retenue par la direction. Tout un programme en formulations sans langue de bois que la direction de Gemalto dit “regretter” : “Gemalto regrette qu’Altedia ait fait l’usage de formulations inappropriées dans sa proposition commerciale qui ne correspondent en aucun cas à l’esprit de notre entreprise et à l’approche qui nous guide pour mener le projet de réorganisation de Gemalto S.A.”

Une déclaration sur laquelle les syndicats, qui estiment que la confiance a été rompue, ne vont pas s’arrêter. “La direction va devoir faire face à une situation de crise. La question fera l’objet de l’ordre du jour du prochain conseil du comité d’entreprise”, annonce Anthony Vella. Les syndicats comptent ainsi demander le contrat qui lie leur direction à Altedia.

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Commentaires

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  1. Zumbi Zumbi

    On change d’époque, de vocabulaire mais au fond le fonctionnement est le même. Quand le capital veut se débarrasser de sa main d’oeuvre, variable jetable de ses avoirs, il soudoyait dans les années 70-80 ce que l’on a appelé les syndicats jaunes type CFT, les nervis des milices patronales, et quand on le prenait en flagrant délit il protestait en disant “mais non, on leur a pas dit de faire ça, ils font de l’excès de zèle”. Aujourd’hui on soudoie un” cabinet de conseil en ressources humaines” pour élaborer juridiquement et médiatiquement la violence sociale.
    Gardons en mémoire l’exemple de Gemalto : ce qu’on sert à la presse, aux travailleurs, aux pouvoirs publics, c’est un “motif économique” qu’on invente après que la décision des licenciements a été prise; Après, il n’y a plus qu’à truquer les chiffres et payer de bons communicants pour nous expliquer qu'”on ne peut échapper aux lois de l’économie”, qu'”il faut être réaliste” et j’en passe.

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  2. didier L didier L

    Et oui, JJM nous une vivons une époque merveilleuse, il faut raconter des histoires, tout mettre en scène, donner la signification qu’on a choisi au réel, faire du ” storytelling”, bref faire de la com pour emballer le paquet, qu’il s’agisse de licenciements, d’élections ou qu’il s’agisse encore de vendre une voiture ou une boisson gazeuse bourrée de sucre. Une sorte de guerre psychologique permanente dont les foules ne sortent pas indemnes.

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  3. Forza Forza

    Cela m’amuse (si l’on peut dire) toujours de comparer ce que certaines organisations affichent dans leur communication et la réalité de leurs actions (cf. ci-dessous). En tout état de cause c’est bien que cette “gaffe” se soit produite mais elle en dit long sur les véritables compétences d’Altedia LHH, et j’espère que cette histoire va faire du bruit (au-delà de faire virer celui ou celle qui a appuyé sur le bouton chez Gemalto…)
    http://www.altedia.fr/nos-competences/strategie-sociale
    “Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin…
    Face à des incertitudes et des bouleversements sans précédent, ce proverbe doit plus que jamais trouver de l’écho auprès des directions générales, des managers, des salariés et de leurs représentants.
    Un dialogue social sincère constitue en effet une condition essentielle des transformations réussies. Quelle que soit la force d’un projet, l’un des principaux enjeux consiste à entrer en résonance avec les aspirations des salariés et à faire apparaître des marges de manœuvre nouvelles.

    Ainsi, nous accompagnons nos clients dans la mise en place de négociations marquées par le respect mutuel et la volonté de chercher des voies pratiquables par tous.
    Aboutir à un accord majoritaire… Sortir d’une crise par un nouveau consensus… Définir un projet socialement acceptable… Impliquer les salariés et leurs représentants dans une nouvelle étape pour l’entreprise…
    Dans tous les cas, nous plaçons l’homme au centre du processus de négociation et de transformation. “

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  4. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    C’est marrant de constater qu’à une époque ou les réseaux sociaux, les mails et autres moyens de communication électroniques permettent l’instantanéité des échanges (et des gaffes) et la visibilité de tous les dires et gestes par le plus grand nombre, certains continuent de fonctionner “comme avant”, où il n’y avait pas de sanction immédiate en cas de décalage entre la vitrine et l’arrière-boutique (et où seul le Canard Enchaîné déballait parfois le contenu de cette dernière).

    Ainsi, certains hommes politiques croient toujours que ce qu’ils disent “en privé” restera “secret”, ou qu’il est possible de promettre n’importe quoi parce que ça ne laissera “pas de traces”… Ainsi, l’école Kedge de Luminy vante sur son site internet l’excellence de la gestion “environnementale” de ses campus, au moment où elle s’apprête à massacrer une pinède. Ainsi, Altedia met en vitrine, également sur son site, sa capacité à “rassembler tous les acteurs” et à “insuffler un esprit de dialogue” tout en vendant surtout sa capacité à faire taire les critiques…

    Les moyens de communication électronique sont à la fois la meilleure et la pire des choses, mais devraient tout de même inciter tout le monde à aligner les actes sur les discours, à moins que ce ne soit l’inverse…

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    • Forza Forza

      Je partage votre étonnement. Une des raisons possibles étant que ces dirigeants d’entreprises ou politiques se sentent tellement tous puissants qu’ils prêtent rarement attention aux mises en garde, y compris à celles émanant des professionnels de leurs propres équipes. Cela étant, quand on voit la relative facilité avec laquelle ces mêmes dirigeants et politiques éclaboussés par telle ou telle affaire arrivent à se recaser on peut comprendre qu’ils continuent comme avant parce que finalement, “même pas mal !”

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  5. petitvelo petitvelo

    La bienveillance libérale, qu’elle soit présidentielle ou actionariale, reste toujours une vision positive (voire angéliste) de changements violents pour les “perdants”. Gemalto n’est pas dirigé par des anges, les salariés devaient bien s’en douter. Les”vendeurs d’armes” psychologiques, communicantes et stratégiques sont légion que ce soit en politique ou en “management”. Notre seul destin est-il de se battre entre nous avec ces armes ? ou denous armer pour dissuader ?
    Heureusement pour notre santé mentale, de temps en temps, un couac d’un M Wauquiez ou d’un M Macron (le costard qu’on obtient en bossant) vient nous rappeler qui est vraiment derrière le masque et qu’il ne s’agit pas de paranoïa ou de complotisme. Il ne faut jamais renoncer à chercher les intérêts les plus évidents dans une situation en renversant les rôles. En tant qu’actionnaire de Gemalto, je chercherais en effet à licencier au moindre coût financier et politique . Ont-ils prévu le risque de fuite sur leurs précieux algorithmes de sécurité ?

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  6. tj13 tj13

    La société ALTEDIA (https://www.societe.com/societe/altedia-411787567.html) représente plus de 600 employés et 77 millions d’euros de chiffre d’affaire si j’en crois les comptes déposés sur societe.com. En couplant ces informations et celles du site web, il semble qu’effectivement cette société, ait de l’expérience dans le reclassement. GEMALTO se fait assister par des experts, qui travaillent conformément à la loi. Les salariés font de même en se faisant assister des syndicats. Que voyez-vous là d’illégal ou de choquant ? Préférez-vous que GEMALTO qui n’est pas un coutumier du plan social ne se fasse pas assister et multiplie les erreurs dommageables in fine aussi au salarié ?
    Un exemple : pensez-vous qu’une ‘couverture médiatique’ comme il y en a eu pour certaines entreprise (blocage de site, de routes, menace de pollution de rivière, …), facilite le reclassement des salariés dans un bassin d’emploi ? Car si je comprends bien, c’est cela le but poursuivi.
    Je précise n’avoir aucun intérêt direct ou indirect dans ALTEDIA ou GEMALTO.

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