À Fos, le projet de ligne à très haute tension menace d’extinction une petite perdrix

Info Marsactu
le 24 Nov 2025
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Marsactu révèle l'existence d'un courrier de l'État pointant le risque d'extinction de plusieurs espèces menacées si le projet de ligne à très haute tension vers Fos est maintenu. Du côté de RTE, on pointe un risque "très faible".

Lignes et pylônes électriques au niveau du lotissement du clos des Santolines à Port-de-Bouc, le 7 février 2024. (Photo : RB)
Lignes et pylônes électriques au niveau du lotissement du clos des Santolines à Port-de-Bouc, le 7 février 2024. (Photo : RB)

Lignes et pylônes électriques au niveau du lotissement du clos des Santolines à Port-de-Bouc, le 7 février 2024. (Photo : RB)

C’est un oiseau qui ressemble fortement à une perdrix, mais aux couleurs orangées, et qui porte le joli nom de ganga cata. Les plus chanceux peuvent le rencontrer dans le nord-ouest de l’Afrique, en Turquie, en Israël, au Kazakhstan ou encore en Inde, mais aussi dans la plaine de la Crau. Du moins, pour le moment. Car le ganga cata est classé en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Et un projet en cours pourrait bien finir d’achever cette petite bête à plumes sur le territoire. Dans un courrier daté du 6 novembre, les services de l’État reviennent sur les conséquences que pourraient avoir sur plusieurs espèces d’oiseaux le projet de ligne à très haute tension censé relier ...
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La réponse de RTE dans son intégralité

  • Sur la question des espèces protégées et notamment du Ganga Cata.

RTE a fait réaliser des études de nature à dissiper tout doute scientifique raisonnable quant aux effets des travaux envisagés sur les espèces protégées dans leurs aires de répartition naturelle.

Les effets résiduels, après prise en compte des mesures d’évitement et de réduction, s’étagent entre très faible et faible pour les cinq espèces d’avifaune menacés faisant l’objet d’un Plan national d’actions. L’impact résiduel global a été maximisé dans l’attente des résultats des mesures de compensation engagées et à venir. 

RTE propose différentes mesures de compensation visant à maintenir les différentes espèces dans un état de conservation favorable.

Le renforcement de l’état général des connaissances scientifiques pour le comportement écologique de certaines espèces peut permettre de mieux évaluer les impacts du projet et les effets de mesures d’évitement et de réduction (RTE retenant à ce stade des hypothèses conservatrices, c’est-à-dire maximalistes en termes d’impacts résiduels). Dans ce cadre,

  • une étude spécifique est engagée par RTE afin de caractériser au mieux les habitudes des espèces sensibles (Ganga cata, Outarde canepetière, Faucon crécerellette) à proximité de la RN568. Cette démarche se poursuivra également après l’implantation de l’ouvrage (mesure de suivi).
  • l’exploitation de la synthèse Migralion publiée en octobre 2025 (étude visant à caractériser la fréquentation du Golfe du Lion par l’avifaune migratrice et marine) ainsi que les données complémentaires disponibles par la suite permettront d’affiner la compréhension des migrations et de l’utilisation de l’espace par l’avifaune à l’échelle du projet.

 L’élaboration d’un plan de balisage détaillé et intégrant le développement de dispositifs de balisage innovants vise à adapter les différents dispositifs aux espèces avifaune rencontrées :

  • Définition et adaptation des caractéristiques techniques des balises (dimensions, formes, couleurs, espacement etc…) pour les différents tronçons de la nouvelle ligne en fonction des espèces cibles ;
  • Intégration des résultats du programme SafeLines4Birds (qui seront publiés début 2026) pour optimiser le positionnement des balises ACAS (Avian Collision System Avoidance), qui utilisent une lumière UV sur les lignes électriques pour les rendre plus visibles par les oiseaux la nuit. Des résultats de nouvelles expérimentations sont d’ores et déjà disponibles, notamment dans le cadre du LIFE, sur l’efficacité du dispositif ACAS et des balises Firefly ;
  • Développement, qualification de nouvelles balises avifaune diurnes et nocturnes recommandées par les dernières études internationales et validation de leur efficacité et optimisation de leur positionnement.

La réalisation d’un programme d’enfouissement des lignes HTA et HTB les plus accidentogènes et impactantes en fonction des espèces concernées. Un travail de recensement a d’ores et déjà été effectué par les associations régionales (LPO, GCP). Cette démarche s’intègre dans la stratégie globale d’aménagement du réseau électrique dans le Gard et les Bouches-du-Rhône, qui prévoit que, dans ces deux départements, pour un nouveau pylône très haute tension implanté, trois pylônes de tension inférieure seront enlevés d’ici 2035.

La contribution aux actions concrètes s’appuyant sur les priorités identifiées dans le cadre des différents PNA concernant les espèces présentes sur l’aire d’étude, notamment le Plan national d’actions en faveur du Ganga cata et de l’Alouette calandre 2025-2034 en cours de finalisation.

S’agissant plus particulièrement du Ganga cata, le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel de la région PACA dans son avis sur le PNA recommande la réalisation d’une « étude de faisabilité visant à renforcer la population reproductrice de ganga cata de la Crau afin de rétablir un flux génique avec les populations espagnoles dans l’objectif de restaurer au moins partiellement la variabilité génétique de cette population et de renverser la tendance actuelle vers une dépression consanguine accrue, dont les conséquences probables sont, ou seront, une érosion de la fertilité des adultes reproducteurs avec comme conséquences délétères un effondrement rapide de la population ». A la suite de cette étude de faisabilité, RTE s’engage à contribuer à un éventuel programme de renforcement des populations de Ganga cata pour permettre de maintenir l’espèce dans un état de conservation favorable.

  • Sur la question de l’enfouissement partiel :

Comme pour l’ensemble de ses activités, RTE a mis en œuvre une démarche générale d’optimisation de son projet et de minimisation de son empreinte environnementale. 

Afin de répondre aux besoins de restructuration de l’alimentation en électricité de la zone industrialo-portuaire de Fos et du Sud-Est de la France, RTE a étudié 14 stratégies fonctionnelles. Seule la stratégie de création d’une ligne aérienne à deux circuits 400kV entre les postes de Feuillane et Jonquières permet de répondre au besoin de capacités de transit supplémentaire et de sécurisation de l’alimentation électrique de la zone, compatible avec le cahier des charges de l’Etat. Une synthèse de ces 14 stratégies est disponible sur le lien https://assets.rte-france.com/prod/public/2025-11/Projet-Fos-synthese-strategies-etudiees-2025_2.pdf.

Sur la base de cette solution technique, la prise en compte des conclusions de la concertation préalable qui s’est déroulée entre le 12 février et le 7 avril 2024 et des rencontres entre RTE et les parties prenantes du territoire a permis d’intercomparer six fuseaux optimisés pour examiner des solutions de substitution raisonnables et établir le fuseau de moindre impact.

  • En complément, vous trouverez ci-dessous des éléments de contexte :

Le fuseau de moindre impact a été retenu en réunion plénière de concertation Fontaine le 27 septembre 2024 puis validé par la Direction Générale de l’Environnement et du Climat le 3 décembre 2024.

Dans une logique de poursuite de l’optimisation du projet et de son empreinte environnementale, la mise au point du tracé de la ligne (bande d’environ 100 mètres de large) au sein du fuseau de moindre impact s’appuie également sur l’examen de variantes techniques. Les variantes retenues sont celles de moindre impact qui présentent, de plus, la moindre sensibilité environnementale.

Cette démarche sera poursuivie à l’occasion des études de détails qui vont consister à définir les emplacements précis de chaque pylône dans la continuité de la démarche d’évitement et de réduction des impacts.

Le projet de RTE répond à plusieurs objectifs d’intérêt général

La réalisation de ce projet est une des conditions de l’atteinte des objectifs français et européens en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre : il répond à lui seul à environ 40% des émissions de CO2 à éviter d’ici 2030 avec des émissions réduites et évitées d’environ 7,35 MtéqCO2/an.

Ce projet permet notamment la décarbonation des industries existantes de la zone industrialo-portuaire de Fos et le développement de nouvelles industries dans des secteurs innovants et stratégiques.

Il contribue à la souveraineté industrielle et énergétique nationale et européenne, tout en améliorant la qualité de l’air notamment de la zone de Fos-sur-Mer. Il sécurise l’alimentation électrique du Sud-est de la France et a un impact favorable sur l’économie et l’emploi.

Violette Artaud

Commentaires

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  1. Patafanari Patafanari

    La vie est une question de choix. Soit on éteint la perdrix, soit on éteint la lumière.

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  2. Didier Aurelle Didier Aurelle

    Seule réponse encore une fois, la compensation. Mais on ne peut pas tout compenser…

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  3. spiritofcanebiere spiritofcanebiere

    Et le réchauffement climatique, quel impact a t-il sur le Ganga Cata ? Car en ralentissant l’électrification, ce sont les énergies fossiles que nous encourageons… Passer une ligne de 400 kV en souterrain ce n’est pas “juste” mettre des câbles dans un trou. Ça coute extrêmement cher et génère des pertes en ligne importantes. Pour des considérations essentiellement esthétiques dans une zone déjà massacrée par l’industrie, on accepte donc de gaspiller de l’énergie et de dépenser énormément d’argent (le nôtre, que nous payons chaque mois sur nos factures d’électricité).

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    • habitant du 1er habitant du 1er

      C’est a peu près n’importe quoi! Vous confondez l’électrification et la production d’énergie. C’est pas parce que les lignes sont en place que l’électricité n’est pas produire de manière carbonée 🙂

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    • Pascal L Pascal L

      Habitant du 1er a tout a fait raison. Une des solutions que personne n’envisage serait de construire une centrale nucléaire sur le site de Fos. Pourquoi pas ???

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    • Marc13016 Marc13016

      Une centrale nucléaire sur le site de Fos, ça déjà été envisagé, par notre Président de la République lui même. (lors d’une de ses virées à Marseille et alentours, il y a 2 ou 3 ans).
      Problème : c’est long. Beaucoup plus long que de tirer une ligne vers les centrales nucléaires de la Vallée du Rhône, qui tournent encore vaillamment semble-il.
      En attendant, les habitants du bassin de Fos aimeraient bien respirer un air meilleur. Tout comme ceux du 1er.
      Dans le film “des perdrix et des hommes”, on doit pouvoir éviter l’extinction des deux …

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  4. Malleus Maleficarum Malleus Maleficarum

    Alors choisissons : une perdrix ou le développement de notre territoire ?

    Car l’enjeu est là : cette ligne a vocation à permettre de poursuivre le développement du territoire. Logements, data, maillage pour les nouveaux besoins en énergies (recharge électrique du parc automobile), sécurisation globale de l’alimentation électrique, etc.

    Alors oui, il faut faire ça correctement (les mesures ERC, c’est pas pour rien). Mais il s’agirait quand même à un moment donné de ne pas oublier que dans le terme “écologie” il faut inclure les besoins humains.

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    • habitant du 1er habitant du 1er

      J’adore les ultimatums présentés ainsi. On pourrait aussi le présenter autrement : voulez vous donner la mort et faire des économies, ou voulez vous préserver la vie et payer plus cher? Car c’est la seule question. Le reste est une vaste mauvaise foi, dont la vôtre.

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    • Assedix Assedix

      @Malleus Maleficarum:
      si votre commentaire montre une chose, c’est qu’il faut absolument que Marsactu aille mettre son nez dans cette opération qu’on nous vend comme la plus grosse opération de décarbonation/réindustrialisation de France (et de Navarre) pour voir quels projets concrets se cachent derrière les promesses d’avenir radieux.
      Apparemment, 120 dirigeants d’industries rassemblés sous la bannière “Provence Fabrique des Possibles” ont lancé un appel en forme d’ultimatum à l’Etat pour plaider l’extrême urgence cette électrification. Cela a un certain poids, non ? Et pourtant, quand on regarde un peu les “entreprises” (car il y a aussi des institutions) représentées sous cet étendard on trouve :
      – Le Delta Festival
      – La Compagnie Fruitière
      – Action Logement
      – Aix-Marseille Université
      – La CCI
      – La Poste
      – La Caisse d’Epargne
      – Orange Business
      – Rougerie + Tangram
      – …
      et de nombreux autres acteurs tout à fait respectables mais qui n’ont aucune expertise en rapport avec l’avenir industriel de Fos-sur-mer et/ou la décarbonation.
      https://www.provence-fabrique-des-possibles.com/entreprises-engagees

      Alors bien sûr que quand on nous parle d’indépendance énergétique, de réindustrialisation, etc. tout le monde a envie d’y croire, mais à un moment donné il faut aussi savoir garder les pieds sur terre et ne pas croire le premier bonimenteur venu. Et c’est exactement pour ça que Marsactu est indispensable.

      @Marsactu: Julien Vinzent a-t-il des trucs prévus pour les semaines à venir? 😀 😀 😀

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    • Malleus Maleficarum Malleus Maleficarum

      @Habitant du 1er

      Comme d’autres dans de telles situations, vous n’avez lu de mon commentaire que la partie qui vous intéresse : je parle bien des mesures ERC à mettre en œuvre pour un tel projet, et de la nécessité de les exécuter convenablement (traduction : conformément au cadre légal).

      Je ne crois accessoirement pas avoir le pouvoir de lancer quelque ultimatum que ce soit, n’en déplaise à votre intention gênante de me faire passer pour l’indigne représentant du côté obscur.

      Quant à la prétendue mauvaise foi dont vous m’affublez, ce n’est rien d’autre que l’invective excessive usuelle de ceux qui n’ont pas d’argument à porter au débat, ce que montre votre intervention.

      Cette ligne est un gros sujet, et oui, il y a lieu d’évaluer clairement d’une part la destination de cette électrification et surtout les modalités de sa mise en œuvre.

      Mais les faits sont têtus :
      – il faut remédier aux défaillance de l’alimentation électrique de l’est de notre région
      – il faut électrifier le parc automobile, et les puissances en place sont insuffisantes
      – il faut également de la puissance électrique supplémentaire car oui, la température monte et les anciens modèles (écoles sans clim, tradition locale) ne marchent plus : pour survivre il va falloir rafraîchir, et non les solutions à l’ancienne (colonnes fraîches, etc.) ne résolvent pas tout (même si elles restent bonnes à utiliser, en mix)

      Si c’est cela la mauvaise foi et l’ultimatum, souffrez-en. “La lucidité est la blessure la plus proche du soleil.” (René Char)

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