À Félix-Pyat, la tour B doit tomber

Actualité
le 9 Mar 2022
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Ce mercredi les élus marseillais défendent le second volet des projets de rénovation urbaine. Le plus abouti concerne le grand centre-ville et, en son sein, la grande copropriété du parc Bellevue. La plus haute de ses tours est appelée à disparaître.

La tour B est la plus proche du parc qui doit voir le jour. Elle est aussi collée à un autre bâtiment. (Photo : B.G.)

La tour B est la plus proche du parc qui doit voir le jour. Elle est aussi collée à un autre bâtiment. (Photo : B.G.)

Ce mercredi, l’agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) voit débarquer une adresse marseillaise emblématique, celle du parc Bellevue, 143, rue Félix-Pyat. Pour cette deuxième session après celle de février, la métropole et la Ville doivent présenter le gros dossier du centre-ville, élargi jusqu’au 14e arrondissement. “600 millions d’euros de cofinancements au total dont 350 à 360 millions de subventions demandés à l’ANRU”, rappelle Mathilde Chaboche, adjointe au maire déléguée à l’urbanisme. Parmi les priorités du dossier figurent trois grandes copropriétés : Bel-horizon, Maison-blanche et le parc Bellevue.

La cité de la rue Félix-Pyat va de nouveau voir ses barres tomber. 20 ans après les premiers travaux (voir notre encadré), l’ANRU est à nouveau sollicitée pour valider un projet de renovation qui prévoit, à terme, la démolition de la tour B.

Fin de la tour avant le parc ?

Cette tour de 23 étages domine en éperon le quartier Bougainville et le futur parc qui, pour l’heure, porte ce nom. Longtemps, elle a été la plus haute tour de Saint-Mauront. Depuis peu, l’ensemble massif des Docks libres construit à proximité ferait paraître gracile le bâtiment rectangulaire. Mais les habitants de la tour ne pourront pas jouir de la vue sur le parc qu’Euroméditerranée projette à leurs pieds et qui doit être livré en 2024.

Parc Bellevue, 143, Félix-Pyat
Derrière le nom flatteur, le parc est l’une des plus anciennes copropriétés dégradées que les pouvoirs publics tentent de redresser. Au mitan des années 90, jusqu’à 5000 personnes partagent la même adresse au 143 de la rue Félix-Pyat. À l’époque, on lui attribue les qualificatifs de “bidonville vertical”, de “cité la plus insalubre d’Europe”. En 1999, la Ville y lance son premier plan de sauvegarde : des tours sont arasées, des barres tronçonnées. Une grande partie de la copropriété est transformée en logements sociaux confiés à la Logirem et à Marseille Habitat. Les chantiers successifs des deux derniers plans de sauvegarde n’ont pas suffi. Un troisième est en cours d’élaboration dans le cadre du plan Initiatives copropriétés qui a classé priorité nationale le parc Bellevue. Des travaux d’urgence ont déjà été réalisés dans les immeubles de petite taille avec une prise en charge à 100% de l’agence nationale d’amélioration de l’habitat.

“Le projet sera présenté lors du comité national d’engagement”, confirme Audrey Gatian, la présidente (Printemps marseillais) de Marseille Habitat, propriétaire de 80 % des appartements depuis le précédent plan de sauvegarde de 2007.

Le casse-tête des IGH

Comme Bel-Horizon, la tour B est un immeuble de grande hauteur (IGH) de près de 70 mètres. Cette grande taille entraîne des prescriptions particulières en termes de gardiennage et de sécurité incendie. Réduire le risque et les coûts passe donc par une diminution de la tour. Voire une disparition de celle-ci.

Cette hypothèse a été confirmée comme la plus probable au collectif des habitants de Félix-Pyat, lors d’une réunion technique organisée par les techniciens de la métropole, chargés de la politique de la ville et de la rénovation urbaine. “Jusqu’à présent, nous avions écrit à l’ensemble des partenaires du projet mais nos courriers étaient restés sans réponse, raconte Nazim Belgat, un des porte-parole du collectif. Les seuls à nous avoir répondu étaient les responsables d’Euroméditerranée. Ils avaient mentionné l’hypothèse de la démolition comme la plus probable mais sans confirmation de la métropole.” C’est désormais chose faite même si l’institution intercommunale n’a pas répondu à nos sollicitations.

Vice-président du conseil de territoire délégué à la rénovation urbaine, Denis Rossi confirme que la démolition fait partie du scénario présenté à l’ANRU ce mercredi. “La démolition est un principe acté”, confirme l’élu à Marsactu.

Pourtant, cette opération n’est pas techniquement des plus simples. En effet, une des tours est toujours accolée au bâtiment B. Certains appartements ont donc une pièce qui déborde dans le bâtiment voisin, propriété de Logirem. Il faudra donc opérer la démolition tout en préservant la tour voisine, réhabilitée à grand frais lors du premier projet de renouvellement urbain. “Cela fait partie des difficultés”, reconnaît Audrey Gatian. Pour elle, “plusieurs hypothèses sont sur la table dont celle d’un écrêtement de la tour tout en maintenant les habitants sur place”. Une solution qui ne lui semble pas “acceptable” en raison des nuisances qui seraient imposées aux locataires.

Démolir pour reconstruire où ?

L’autre, plus lancinante, est l’éternelle question de la reconstitution de l’offre. En effet, l’agence de rénovation urbaine impose que chaque appartement démoli dans le cadre des projets qu’elle valide doit être reconstruit soit sur site, soit ailleurs dans la ville, hors des quartiers de politique de la ville. La démolition du bâtiment entraînera donc le relogement des 70 familles, locataires de Marseille habitat. La puissance publique aura également la charge de racheter à l’amiable ou d’exproprier les propriétaires restant.

“C’est notre défi aujourd’hui, reconnaît Denis Rossi. On ne construit pas, en tout cas pas assez pour loger toutes les familles qui en ont besoin. Or, avec les projets de rénovation urbaine, on va démolir à nouveau. Il faudra donc prouver à l’agence nationale que nous sommes en capacité de reconstituer ces logements dans un contexte très tendu”.

En face d’eux, ils trouveront des habitants qui n’entendent pas s’en laisser conter. Le collectif nouvellement créé s’est constitué avec la deuxième génération des habitants de Félix-Pyat. Si beaucoup ne vivent plus sur place, ils ont à cœur de défendre les intérêts de leurs parents qui vivent toujours dans les petits bâtiments visés par le nouveau plan de sauvegarde ou dans la tour appelée à disparaître. “Jusqu’à présent la métropole comme l’administrateur provisoire nous ont tenu à l’écart des décisions prises, constate Nazim Belgat. À l’issue de la réunion, les représentants de la métropole ont promis qu’on serait intégrés au comité de maîtrise d’usage du projet partenarial d’aménagement du centre-ville.“. La question des relogements est d’ores et déjà un des sujets brûlants posés sur la table des négociations.

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Commentaires

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  1. Lacoste P. Lacoste P.

    Détruire, dites vous ?

    « Détruire, dit elle pour mieux reconstruire ? ». C’est pas si simple, signait Marguerite Duras en 1969.

    Donc dans les dossiers Marseille présentés aujourd’hui au Comité d’engagement de l ANRU, on découvre des projets de démolitions (tour B de Félix Pyat) qui n’ont jamais été débattus avec les premiers concernes : les habitants locataires et propriétaires.

    Pas plus qu’à Air Bel, ou les pouvoirs publics annoncent 380 logements sociaux à détruire, sans jamais avoir réuni les habitants.

    Et ce CNE de L’ANRU se réunit en présence des Conseils Citoyens concernés, qui sont censés avoir participé à la concertation préalable.

    Soyons clairs sur cette farce : des diapos ont défilé à toute allure il y a 3 semaines dans une visio conférence, mais JAMAIS le texte présenté aujourd’hui à Paris n’à été communiqué aux associations et aux Conseils citoyens. AUCUN des projets de démolition n’a été clairement présenté aux intéressés.

    Il y a clairement un problème transparence et de pseudo concertation : ca ne peut pas continuer comme ça.

    Pour ce qui est des démolitions, il faudrait démontrer aux habitants cas par cas, quelle est la raison technique, urbanistique ou sociale,ou écologique de leur nécessité ! Et donc pourquoi il n’est pas possible de les réhabiliter, ce qui est moins cher et moins traumatisant pour les habitants.

    Il faut une «mise à plat » des projets de démolitions, car comment se permettre d’envisager 4 500 démolitions dans ce NPNRU : on les met ou ces 6 ou 7 000 personnes déplacées?

    Et dans quels types de logements , alors que l’an dernier la Métropole Aix-Marseille à agréé le chiffre ridicule de 870 logements sociaux sur Marseille ?
    Patrick LACOSTE

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    • Louise LM Louise LM

      Merci de ces précisions d’intérêt public

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  2. Mars, et yeah. Mars, et yeah.

    Explication du fonctionnement des programmes ANRU, le vrai fonctionnement.

    Des quartiers à l’abandon et qui n’ont plus de rentabilité pour les bailleurs qui les possèdent et qui sont, historiquement, également propriétaires des espaces publics qu’ils ne savent pas entretenir (il faut que ce n’est pas leur métier par essence). Solution ? Sous couvert d’action sociale et sociétale, l’état (l’ANRU, et MRU – la Métropole – à Marseille) débloque des fonds colossaux pour “rénover”, fonds dont le montant est estimé au doigt mouillé au regard d’études urbanistiques menées de manière parfaitement théorique par des prestataires aux tarifs exhorbitants.

    1 : MRU compte les habitants pour évaluer le strict minimum à construire en termes de logements, indépendamment des fonds débloqués.

    2 : MRU et les bailleurs (qui ne boudent pas leur intérêt) font le ménage, en faisant partir ceux à qui on peut trouver une solution ailleurs (cf action 1)

    3 : MRU (la Métropole) mandate un urbaniste (très couteux) pour concevoir un plan d’ensemble, en général depuis Paris (plus pratique pour se défausser ensuite).

    4 : on acte que les espaces publics vont devoir (et c’est logique) être gérés par la collectivité; cette dernière, en direct ou via un proxy (tel que la SOLEAM ou l’EPF PACA), se voit confier la mission de travailler à la requalification de ces espaces sur la base du plan de l’urbaniste de MRU (aucune capacité à proposer : ils doivent obéir). Si un proxy intervient (et c’est quasi-systématique), charge à lui, sur ordre, de servir de “passe-plat” pour tout le foncier : celui des espaces publics et celui des bâtiments (anciens comme futurs)

    5 : MRU va chercher des promoteurs à qui le proxy (SOLEAM ou EPF Paca) est contraint, sans capacité de proposition, de vendre les terrains au prix qui leur sera indiqué; là on rigole : des terrains prévus à des prix “normaux” (celui des Domaines) se retrouvent vendus à l’euro symbolique, sur ordre de MRU

    6 : MRU ordonne les démolitions à réaliser par le ou les bailleurs des sites; ces démolitions se font exclusivement sur des fonds subventionnés (aucune dépense d’investissement)

    7 : les promoteurs choisis par MRU construisent, sans contrôle ni coercition sur le respect ni des Règles de l’Art ni des objectifs affichés publiquement; en gros, ils construisent à très moindre coût : s’agirait pas de dépenser autant qu’on est subventionné quand même…

    8 : terrains mal vendus sur ordre de MRU, constructions nouvelles défaillantes (légionellose mon amour, façades qui pèlent en 2 ans, etc.) et dont il faut pallier les défaillances = budget écorné pour les espaces publics et pour le programme dans son ensemble; pas grave : c’est compensé avec nos impôts (au titre de l’espace public local, c’est de la voirie).

    Résultat : des bâtiments neufs honteux, minables, des promoteurs et bailleurs qui dépensent moins que les subventions dont ils ont bénéficié, donc un trou budgétaire compensé par nos impôts. Et au milieu, des habitants qui vivent entre 4 et 10 ans au milieu des travaux et à qui on impose parfois jusqu’à 3 déménagements.

    Ces programmes ANRU sont des escroqueries absolues, couvertes par la pseudo-intention sociale, au bénéfice de promoteurs et bailleurs sans scrupules, et organisées soigneusement par la Métropole qui parvient même à aveugler leur interlocuteurs à la Ville, qui ne luttent pas spécialement tant ils y voient tous leur intérêt politique d’affichage et de petit clientélisme local.

    Glorieux.

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    • Assedix Assedix

      Merci pour cette présentation implacable de ce système vérolé.

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    • Mars, et yeah. Mars, et yeah.

      Ce qui est terrifiant, c’est le fait que ces opérations n’honorent pas leurs engagements envers les habitants ET servent à engraisser une noria de parasites (urbanistes, prestataires de services inutiles et petits promoteurs foireux notamment) ET servent à cacher l’incurie des bailleurs historiques (tout en limitant au maximum leurs dépenses).

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    • diasdominique diasdominique

      Merci pour ce qui est une “explication du fonctionnement des programmes ANRU” mais bien à MARSEILLE tout particulièrement, n’est-ce pas ?
      Pour faire partie des concepteur urbains de tels projet dans d’autre villes, il faut préciser que ce sombre tableau n’est pas du tout généralisé. Il y a beaucoup de villes qui savent profiter bien mieux des programmes ANRU, et avec souvent même des démolitions moins brutales, mieux justifiées, et même bien acceptées.
      Quand le renouvellement urbain est la vraie finalité et que la possibilité de démolitions n’est qu’un moyen parmi d’autres, et non un objectif en soi, ça se passe bien.
      Je précise que, bien que Marseillais je n’ai jamais pu travailler pour un projet ANRU local.

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    • Mars, et yeah. Mars, et yeah.

      Je décris effectivement le fonctionnement des projets ANRU à Marseille et non en général : je ne les ai pratiqué qu’ici, je ne me permettrai certainement pas de généraliser et je garde d’ailleurs l’espoir (naïf ? tant pis j’assume) que cela se déroule plus normalement ailleurs.

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  3. GENIA GENIA

    Le parc Bellevue est un exemple type d’un gouffre financier sans fin. Depuis 50 ans, on rénove……Combien a-t-il coûté en travaux, jusque-là ? Déjà un gros morceau de supprimé, mais la proximité de l’ensemble de NEXITY haut de gamme, n’y serait-il pas pour quelque chose ? Il y avait la promesse aux futurs acheteurs d’une vue sur un parc ? Celle de ce voisinage peu attrayant doit tout de même faire débat ?
    Vous avez bien mentionné les particularités des organismes liés à l’urbanisme de cette ville. C’est depuis toujours un système local mafieux, mais qui en plus s’incruste dans les moindres méandres de l’activité économique. Le système juridique qui devrait être le seul à protéger le citoyen, est lui-même pollué par le copinage, jusqu’aux juges eux-mêmes qui ne cherchent même pas à s’éloigner des manipulations exercées par les représentants agissant en force contre tous ceux qui leur résistent. On a plein de petits ” Poutine” ici, simplement ils sont travestis en bons Samaritains …..

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    • Forza Forza

      “Nexity haut de gamme” ?… Vous allez faire rire (jaune) les propriétaires et locataires (y compris sociaux) des Docks Libres… A l’heure qu’il est ils se battent tous comme des braves pour essayer de sortir leur résidence du cercle infernal (et oui, déjà…)

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